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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Première à l’Opéra du Rhin d’Hamlet de Thomas dans la mise en scène de Vincent Boussard, sous la direction de Patrick Fournillier.

Être ou paraître
© Alain Kaiser

Si Hamlet de Thomas n’est plus tout à fait à une rareté, la question de la viabilité dramatique de l’ouvrage demeure, dès lors qu’il se trouve confronté à la source shakespearienne. Vincent Boussard ne l’élude pas. Bien au contraire, il l’exalte à travers les différentes métamorphoses du mythe. Dans le rôle-titre, Stéphane Degout résout l’impossible équation entre être et paraître.
 

La Filature / Opéra du Rhin, Mulhouse
Le 09/06/2011
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Faut-il oublier Shakespeare pour goûter, qui plus est pour mettre en scène Hamlet de Thomas ? Vincent Boussard s’ingénie plutôt à s’y rattacher, mieux encore, à réconcilier un pur produit du Second Empire avec sa source élisabéthaine. Car le livret de Barbier et Carré doit bien davantage à l’adaptation à succès d’Alexandre Dumas et Paul Meurice, elle-même précédée de la mise au goût français d’Hamlet par Jean-François Ducis dès 1769, qu’à la pièce du dramaturge anglais.

    Repris par l’Opéra du Rhin, le spectacle créé à l’Opéra de Marseille en mai dernier se fait en quelque sorte l’écho de ces métamorphoses successives. À travers le décor de Vincent Lemaire, palais à volonté en perspective d’angle du théâtre classique français, mais aux murs comme craquelés, froissés, envahis par la moisissure – il y a bel et bien quelque chose de pourri au royaume de Danemark – où les hauts-de-forme projettent les ombres menaçantes, inquisitrices d’un cinéma expressionniste. À travers les costumes de Katia Duflot donc, qui évoquent plus qu’ils ne citent la fin d’un siècle, le XIXe, vu, épuré par le début du nôtre.

    À travers le geste enfin, résolument contemporain, parcouru soudain des fulgurances poétiques d’un romantisme rêvé : Ophélie, réminiscence préraphaélite, « Willis au regard de feu » noyée dans une baignoire. Estompant le carcan nécessairement appauvrissant du grand opéra, Boussard révèle ainsi l’essence dramatique du mythe, érigé en palimpseste. Théâtre d’une beauté nue, vraie, prégnante, glaçante dans l’étreinte de la mort. Et servi par de formidables acteurs.

    D’abord un spectre acrobate, défiant la pesanteur, doublé par la voix de sépulcre de Vincent Pavesi. Son frère, meurtrier rongé par le remords, à moins que ce ne soit la terreur, a la voix plus claire, parfois creuse, les accents pitoyables de Nicolas Cavallier, et un teint de cadavre. La féminité de Gertrude n’en paraît que plus épanouie, presque obscène quand Hamlet soudain dévoile cette chair brûlante encore d’un désir, d’une étreinte qu’il exècre. Heurté, épais, presque plébéien, le chant de Marie-Ange Todorovitch n’égale cependant pas cette évidence physique.

    Dans l’opéra, Polonius n’existe qu’à peine, et Laërte n’est qu’un faire-valoir, condensé de convention que sert l’émission franche, un rien étroite peut-être, de Christophe Berry. Parce que sa folie occupe tout un acte – sans ballet ici, absolument seule –, Ophélie domine. D’autant qu’Ana Camelia Stefanescu est une révélation. Au-delà de la performance vocale, inévitable, la soprano roumaine incarne l’insaisissable légèreté de l’être, timbre de cristal enflammé, sans la moindre trace de mécanique virtuose. Simplement le sens du mot chanté, coloré, exprimé, éprouvé. Par là même, Stéphane Degout aborde le rôle-titre, en mélodiste rare, humble serviteur. Et en acteur consommé.

    Être ou paraître, là serait la différence, selon son maître Ruben Lifschitz, entre l’expression poétique de la mélodie et la posture théâtrale de l’opéra. Mais son Hamlet est, d’emblée, alors même que frémit la salle de sa démarche, son regard absorbés. D’un équilibre idéal entre le corps et la tête, l’émission restitue aux voyelles leur exacte couleur, et la ligne porte jusqu’aux inflexions les plus infinitésimales d’une déclamation distinguée. Et puis ce timbre moelleux et ferme, nourri, jeune, profond. Malgré – ou à travers – Ambroise Thomas, le baryton français résout dans ses propres termes l’équation shakespearienne.

    C’est aussi que la baguette de Patrick Fournillier vise d’abord à l’efficacité théâtrale, et à une vraisemblance tragique qui impose le suicide d’Hamlet, composé pour la reprise londonienne, plutôt que le couronnement de l’original parisien. De l’Orchestre symphonique de Mulhouse, flatté peut-être par la fosse de la Filature de Mulhouse, le chef français obtient des soli galbés et oniriques en même temps qu’il soutient la progression dramatique. Sans répit depuis le finale fulgurant du deuxième acte, jusqu’à la folie romantique d’Ophélie.




    Prochaines représentations les 19, 21, 23, 26 et 28 juin à l’Opéra de Strasbourg.




    La Filature / Opéra du Rhin, Mulhouse
    Le 09/06/2011
    Mehdi MAHDAVI

    Première à l’Opéra du Rhin d’Hamlet de Thomas dans la mise en scène de Vincent Boussard, sous la direction de Patrick Fournillier.
    Ambroise Thomas (1811-1896)
    Hamlet, opéra en cinq actes et sept tableaux (1868)
    Livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après Shakespeare

    Chœurs de l’Opéra national du Rhin
    Orchestre symphonique de Mulhouse
    direction : Patrick Fournillier
    mise en scène : Vincent Boussard
    reprise : Anneleen Jacobs
    décors : Vincent Lemaire
    costumes : Katia Duflot
    éclairages : Guido Levi

    Avec :
    Ana Camelia Stefanescu (Ophélie), Marie-Ange Todorovitch (Gertrude), Stéphane Degout (Hamlet), Nicolas Cavallier (Claudius), Christophe Berry (Laërte), Vincent Pavesi (Le Spectre du roi), Mark Van Arsdale (Marcellus), Jean-Gabriel Saint-Martin (Horatio), Dimitri Pkhaladze (Polonius), Yuriy Tsiple (premier fossoyeur), John Pumphrey (deuxième fossoyeur), Gilles Vandepuits (double du spectre).

     



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