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CRITIQUES DE CONCERTS 26 septembre 2020

Version de concert des Arts Florissants et des Plaisirs de Versailles de Marc-Antoine Charpentier sous la direction de Patrick Cohën-Akenine dans le cadre du Midsummer Festival.

Pépins irréguliers
© RĂ©mi Vimont

Deuxième édition du Midsummer Festival, passerelle musicale jetée sur la Manche aux portes du Château d’Hardelot, cette étrange folie néo-tudor bâtie sur les ruines d’une forteresse du XIIIe siècle. À l’heure françoise, comme il se doit, Patrick Cohën-Akenine et son ensemble présentait deux opéras miniatures de Charpentier avec les jeunes pousses de la Pépinière des Voix.
 

Château d'Hardelot, Condette
Le 13/06/2011
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Sur le modèle du Jardin des Voix de William Christie, dont elle fut l’égĂ©rie dans les annĂ©es 1980, et avec la bĂ©nĂ©diction du pape de la musique baroque française, Agnès Mellon a crĂ©Ă© sa PĂ©pinière en 2008. Formation prĂ©professionnelle destinĂ©e aux jeunes chanteurs, elle connaĂ®t cette annĂ©e un premier aboutissement en s’associant aux Folies Françoises de Patrick CohĂ«n-Akenine et Ă  la chorĂ©graphe Natalie van Parys pour la production scĂ©nique de deux petits opĂ©ras de Marc-Antoine Charpentier, les Arts florissants et les Plaisirs de Versailles.

    Passage de relais en somme, puisque dans l’un des enregistrements fondateurs de l’ensemble qui porte depuis maintenant plus de trente ans le nom de la première, Agnès Mellon tenait le rôle de la Musique. Génération pionnière, pour ainsi dire spontanée, qui transmet son savoir à ceux qui désirent s’engouffrer dans une brèche d’autant moins expérimentale aujourd’hui qu’elle est quasiment devenue un passage obligé pour les talents en devenir.

    Ici huit graines de chanteurs, aux mérites hétéroclites. Pour filer perfidement la métaphore, nous dirions que cette Pépinière des Voix compte une jolie fleur, quelques pousses prometteuses, mais aussi des mauvaises herbes. À entendre des instruments sans tenue ni charme, parfois même à peine éclos, il n’est pas défendu de s’interroger sur la qualité de l’enseignement de la technique vocale dans nos augustes conservatoires, sans pour autant généraliser… Mais là n’est pas notre sujet, et revenons à Charpentier.

    Idyle en musique allĂ©gorique, dont l’action ne dĂ©roge Ă  la Paix des Arts qu’à l’irruption de la Discorde et des Furies, rapidement renvoyĂ©es « dans le fond de l’Enfer Â», les Arts Florissants ont Ă©tĂ© composĂ©s pour l’ensemble d’instrumentistes et de chanteurs de Marie de Lorraine. Sans doute y faut-il, pour soutenir absolument l’intĂ©rĂŞt, marquer une forme de prĂ©ciositĂ© laudative par une dĂ©clamation Ă  la grâce emphatique et une fantaisie ornementale Ă  la limite de la surcharge, peut-ĂŞtre, dont la pratique exaltĂ©e de la gestuelle baroque serait le prolongement naturel autant que nĂ©cessaire.

    Le théâtre élisabéthain éphémère du Midsummer Festival, cette Tour Vagabonde à l’exiguïté singulière, et partant redoutable par la proximité entre les artistes et le public, ne pouvait malheureusement contenir la mise en scène de Natalie van Parys, tout au plus une mise en espace. De quoi déstabiliser de jeunes interprètes qui ont œuvré, en un temps record, à allier le geste au chant. Privés de repères corporels, le souffle, le son se cherchent. À peine si l’on remarque, au milieu des Arts, la Peinture de François Pagot, parce que son contre-ténor agréablement timbré siérait davantage à Purcell et Haendel qu’à cette partie de haute-contre, de ténor aigu donc.

    Plus encore que Julien ClĂ©ment, Discorde au verbe tranchant mais au chant dĂ©braillĂ©, c’est la Paix d’Adèle Carlier qui attire l’attention, soprano Ă  la rondeur artificielle certes, mais Ă  la couleur lumineuse, dont le style et le tempĂ©rament s’épanouissent davantage encore dans les Plaisirs de Versailles, oĂą lui revient d’évidence le rĂ´le de la Musique. L’œuvre elle-mĂŞme, qui met en scène la querelle entre cette dernière et la Conversation, est plus enjouĂ©e, voire comique, et se satisfait d’une malicieuse jactance. « Babillarde divinitĂ© Â», Emmanuelle Campana y Ă©panche, voix aride et poses convenues, un sympathique dĂ©sir de chocolat.

    Si, dans l’ensemble, le travail sur le texte, le style est patent, il n’est pas certain que l’association de ces pépins – pour reprendre le terme, non sans équivoque malgré les guillemets, employé par Patrick Cohën-Akenine dans sa note d’intention – avec l’élite chambriste des Folies Françoises soit des plus fécondes. C’est creuser d’emblée un fossé trop profond entre des voix incertaines, en devenir, et des instrumentistes au faîte de leur virtuosité et de leur pouvoir d’évocation, soutien infaillible bien sûr, mais trop lumineux pour ne pas laisser la Pépinière dans l’ombre.




    Château d'Hardelot, Condette
    Le 13/06/2011
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert des Arts Florissants et des Plaisirs de Versailles de Marc-Antoine Charpentier sous la direction de Patrick Cohën-Akenine dans le cadre du Midsummer Festival.
    Marc-Antoine Charpentier (1643-1704)
    Les Arts Florissants, H.487 (1685)

    Emmanuelle Campana (la Poésie)
    Adèle Carlier (la Paix)
    Élodie Calloud (la Musique)
    Elena Rakova (l’Architecture)
    François Pagot (la Peinture)
    Julien Clément (la Discorde)

    Les Plaisirs de Versailles, H.480 (1682)
    Emmanuelle Campana (la Conversation)
    Adèle Carlier (la Musique)
    Christian Ploix (le Jeu)Jean Ballereau (Comus)

    La Pépinière des Voix
    préparation des chanteurs : Agnès Mellon
    Les Folies Françoises
    direction : Patrick Cohën-Akenine

     


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