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CRITIQUES DE CONCERTS 15 août 2018

Reprise de Così fan tutte de Mozart dans la mise en scène d’Ezio Toffolutti, sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra national de Paris.

Ombres et lumières
© Agathe Poupeney

Pour la troisième reprise de cette deuxième production de Così fan tutte réalisée par Ezio Toffolutti, la très attendue Elza van den Heever est bien décevante en Fiordiligi alors que les deux francophones Karine Deshayes et Anne-Catherine Gillet s’imposent magistralement, aux côtés du chef Philippe Jordan et de l’Orchestre de l’Opéra de Paris.
 

Palais Garnier, Paris
Le 16/06/2011
Gérard MANNONI
 



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  • Impossible d’imaginer deux approches de Mozart plus opposées que celle d’Idoménée signée Stéphane Braunschweig vue mercredi au Théâtre des Champs-Élysées et celle de Così fan tutte signée Ezio Toffolutti vue le lendemain au Palais Garnier.

    D’un côté, une tentative ratée pour une lecture moderne n’aboutissant qu’à une vision terne, uniforme, sans impact, du drame lyrique à l’antique, de l’autre un traitement totalement figuratif et décoratif, suivant à la lettre le moindre détail du livret avec un décor et des costumes à l’italienne on ne peut plus XVIIIe siècle.

    Et il faut bien reconnaître que si le spectacle est moins contraire à la musique avec Toffolutti, l’imagination n’est guère davantage au rendez-vous. La mise en place est précise, animée, mais sans la moindre idée permettant une distance, même légère, avec le théâtralement correct.

    Du charme, oui, du comique, certes, mais tout cela au premier degré, prévisible, tel que tout un chacun peut l’imaginer en écoutant un enregistrement. Que l’on songe seulement à ce que le génial Strehler fit avec les Noces de Figaro ou avec la Villégiature de Goldoni ! La lettre, oui, mais avec l’imaginaire et l’invention inimitable d’un grand homme de théâtre.

    Restait alors, pour sortir d’une routine jolie et bien séante, à découvrir en Fiordiligi celle que l’on présente comme la nouvelle merveille du chant verdien, voire straussien. Ses réussites récentes dans le Trouvère comme dans le Compositeur d’Ariane à Naxos ne sont pas discutables, mais qui est Léonore n’est pas forcément Fiordiligi, même si la tradition germanique a souvent confié les deux rôles au même type de voix.

    Alors, pourquoi Elza Van Den Heever a-t-elle déçu ? Elle a pourtant une voix de belle qualité, avec un aigu puissant et qui peut certainement se déployer somptueusement dans un certain répertoire. Mais ici, l’absence totale de grave ne permet ni de rendre justice aux deux grands airs de Fiordiligi qui s’y promènent abondamment, ni à la volonté de Mozart de parodier les écarts exagérément employés dans l’opera seria de son temps, car tout disparaît dès le bas-médium.

    Seuls surgissent les aigus, avec une violence disproportionnée, qui coupe la ligne de chant et nuit totalement à l’approche stylistique. La comédienne est habile, mais la chanteuse est ici hors de son emploi, même si le rôle figure déjà à son répertoire. Nul doute qu’en Elsa, en Agathe voire en Donna Anna, dont la tessiture n’a rien à voir avec celle de Fiordiligi, elle soit infiniment plus à son affaire.

    En revanche, quel bonheur de voir deux cantatrices francophones Karine Deshayes et Anne-Catherine Gillet chanter Mozart à pareil niveau ! La première est une Dorabella idéale, voix parfaite pour cette partie il est vrai moins acrobatique que celle de Fiordiligi, jeu scénique très fin, sans excès, vraiment drôle, musicalité permanente. Tout comme Anne-Catherine Gillet est à tous égards une Despina d’anthologie, que l’on regrette presque de ne pas entendre en Fiordiligi.

    Côté messieurs, William Shimell est l’autre déception de la soirée. S’il incarne un Alfonso très philosophe des Lumières, la voix est absente. Il parle plus qu’il ne chante le rôle. L’Américain Matthew Polenzani campe un solide Ferrando à la voix un peu claironnante pour Mozart, mais capable de belles nuances, avec des aigus faciles et maîtrisés. Paulo Szot, bon physique et présence très vivante, chante Guglielmo avec un timbre agréable et le joue efficacement.

    Et Philippe Jordan, qui décidément aime prendre son temps et ne force jamais les tempi, bien au contraire, distille cette musique magique avec, comme Jérémie Rhorer la veille dans Idoménée, une élégance, un instinct et ici une ironie complètement dans l’esprit de l’œuvre, vraiment gratifiants.

    L’orchestre, dans une fosse habilement remontée, est un enchantement, les vents en particulier, surmontant les mille difficultés de leur partie avec une aisance et un brio épatants. Ombres et lumières d’une soirée qui a semblé bien plaire au public !




    Palais Garnier, Paris
    Le 16/06/2011
    Gérard MANNONI

    Reprise de Così fan tutte de Mozart dans la mise en scène d’Ezio Toffolutti, sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra national de Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Così fan tutte, opéra buffa en deux actes
    Livret de Lorenzo Da Ponte

    Chœur et Orchestre et de l’Opéra national de Paris
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène, décors, costumes : Ezio Toffolutti
    éclairages : André Diot
    préparation des chœurs : Patrick Marie Aubert
    Avec :
    Elza Van Den Heever (Fiordiligi), Karine Deshayes (Dorabella), Matthew Polenzani (Ferrando), Paulo Szot (Guglielmo), Anne-Catherine Gillet (Despina), William Shimmel (Don Alfonso).

     


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