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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Première à l’Opéra Comique des Brigands de Jacques Offenbach dans la mise en scène de Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps, sous la direction de François-Xavier Roth.

Sacrés Brigands !
© Pierre Grosbois

Un mois après le réveil de son Atys mythique, l’Opéra Comique reprend les Brigands d’Offenbach dans la production de Macha Makeïef et Jérôme Deschamps créée à l’Opéra Bastille en 1993. Plaisir sans mélange d’une œuvre plus subversive peut-être que ne le laissent paraître les toiles peintes, et qui voit triompher l’esprit de troupe.
 

Opéra Comique - Salle Favart, Paris
Le 22/06/2011
Mehdi MAHDAVI
 



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  • À la création de ses Brigands le 10 décembre 1869 au Théâtre des Variétés, Offenbach est au faîte de sa gloire. Quelques mois plus tard, la France entre en guerre contre la Prusse, et le « bruit de bottes, de bottes, de bottes » des carabiniers de l’opéra-bouffe devient réalité. Les origines du Mozart des Champs-Élysées le rendent alors suspect, à l’instar de son statut d’amuseur du Second Empire. La Troisième République ne tarde cependant pas à lui succomber, et revoici les Brigands sur le devant de la scène, jusqu’à leur entrée au répertoire de l’Opéra Comique en 1931.

    En même temps qu’ils font leur baptême lyrique à la Bastille en 1993, Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps redonnent vie à un ouvrage éclipsé par la Vie parisienne, la Périchole ou la Belle Hélène. Parce que le portrait de la société y est moins flagrant, ou que l’intrigue, à force de rebondissements, invraisemblances et autres travestissements, peine à soutenir l’attention. Si la compagnie à laquelle ils ont donné leur nom s’en empare en 2007, les Brigands retrouvent la scène de la salle Favart dans la mise en scène du maître des lieux, dont la savoureuse pagaille ne peut que profiter d’un plateau bien plus exigu que celui où elle fut créée.

    C’est qu’il grouille de monde, d’hommes et de femmes travestis dans tous les sens, d’Espagnols, vrais et faux, et même d’animaux, morts ou vifs, un âne, un basset, qui ponctue le dernier acte de ses aboiements, et des poulets impavides – l’un d’entre eux n’en finira pas moins dans la fosse d’orchestre, une contrebasse même. Une troupe en somme, mêlant joyeusement comédiens et chanteurs, capables d’endosser tour à tour plusieurs rôles. Des trognes, des silhouettes au bagou insensé, loufoque, de véritables branquignols, qu’ils soient princes, brigands, militaires ou marmitons. Sans doute la subversion présumée de l’œuvre passe-t-elle un peu à la trappe entre ces châssis au parfum désuet, mais ne s’agit-il pas d’abord de rire aux éclats ?

    D’une distribution pléthorique, on retiendra d’abord l’élan collectif, avant de citer des protagonistes judicieusement appariés. Les Espagnols vont même par trois : la princesse de Grenade de Michèle Lagrange, rescapée de la production originale, dont elle était la fraîche héroïne, Marc Molomot, son page zézayant, et l’hilarant hidalgo de Philippe Talbot. Flanqué du chef de carabiniers long comme un jour sans pain de Fernand Bernadi, Francis Dudziak fait un baron de Campo-Tasso idéalement précieux et dégoûté. Loïc Felix est le caissier bondissant du duc de Mantoue éclatant de blondeur suspecte de Martial Defontaine.

    Parmi les brigands, saluons leur chef Falsacappa : Éric Huchet en a la carrure truculente de colosse bedonnant et infiniment sympathique, un peu moins la voix, ténor trop grave pour être tout à fait de caractère. Mais il y a surtout Pietro, son confident, qui en deux mots, à peine deux notes, impose un personnage irrésistible de crasse poétique. Et puis les jeunes premiers, ou bien plutôt premières. Mezzo aux sombres rondeurs, Julie Boulianne assume jusqu’à l’ambiguïté le travesti de Fragoletto, trépidant lutin prêt à toutes les truanderies pour les yeux de la belle Fiorella, fine mouche rêveuse qui inspire à Daphné Touchais ses grâces un peu rustaudes.

    Renouvelant l’expérience de Mignon, mais avec les Siècles cette fois, François-Xavier Roth tient orchestre et plateau à égale distance. Par-delà la caution musicologique, cette disposition – chef au milieu de la fosse, dos à ses musiciens, qui dès lors regardent la scène plutôt que la salle – favorise l’alacrité d’un face à face étincelant, feu d’artifice musical et théâtral qui culmine dans la finale avec l’éruption festive d’un volcan de carton-pâte. Il est des divertissements plus subtils sans doute, mais ces Brigands qui par leurs balourdises rendent l’humeur légère, procurent décidément un plaisir sans mélange.




    Opéra Comique - Salle Favart, Paris
    Le 22/06/2011
    Mehdi MAHDAVI

    Première à l’Opéra Comique des Brigands de Jacques Offenbach dans la mise en scène de Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps, sous la direction de François-Xavier Roth.
    Jacques Offenbach (1819-1881)
    Les Brigands, opéra-bouffe en trois actes (1869)
    Livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy

    Chœurs de l’Opéra de Toulon
    Orchestre Les Siècles
    direction : François-Xavier Roth
    mise en scène : Macha Makeïeff & Jérôme Deschamps
    costumes : Macha Makeïeff
    éclairages : Marie-Christine Soma

    Avec :
    Éric Huchet (Falsacappa), Julie Boulianne (Fragoletto), Daphné Touchais (Fiorella), Franck Leguérinel (Pietro), Philippe Talbot (le Comte de Gloria Cassis), Francis Dudziak (le Baron de Campo Tasso), Martial Delafontaine (le Prince), Fernand Bernadi (le chef des Carabiniers), Loïc Felix (Antonio), Léonard Pezzino (Carmagnola), Thomas Morris (Domino), Antoine Garcin (Barbavano), Jean-Marc Martinez (Pipo), Marc Molomot (Adolphe de Valladolid), Michèle Lagrange (Princesse de Grenade), Christine Rigaud (Zerlina), Ronan Debois (le Précepteur).

     



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