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CRITIQUES DE CONCERTS 10 décembre 2019

Concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Christian Thielemann, avec la participation de la soprano Renée Fleming au festival de Salzbourg 2011.

Salzbourg 2011 (2) :
Le robuste randonneur

© Silvia Lelli

Après Boulez et la Seconde École de Vienne, soirée nettement plus à l’ancienne pour le deuxième programme symphonique des Wiener Philharmoniker à Salzbourg. Entre le glamour et les moires du chant crépusculaire de Renée Fleming et l’art musclé de Christian Thielemann dans l’ascension de la Symphonie alpestre, un concert Strauss séduisant en diable.
 

GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
Le 08/08/2011
Yannick MILLON
 



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  • En Autriche, l’Orchestre philharmonique de Vienne demeure, plus qu’une institution, l’une des plus hautes fiertĂ©s nationales, et il n’est pas rare, comme c’est le cas ce soir, de voir les musiciens de la DĂ©mocratie des Rois se faire longuement acclamer dès leur entrĂ©e en scène, Ă  plus forte raison lorsqu’ils finissent par prendre la pose de face.

    Après avoir passé les onze derniers étés à Bayreuth, ne s’échappant entre deux représentations qu’en 2005 le temps du concert d’ouverture de Salzbourg, Christian Thielemann profite d’une pause dans son sacerdoce wagnérien – où il reprendra du service dès l’année prochaine dans le nouveau Vaisseau fantôme – pour se faire plus présent dans la ville de Mozart, où il dirige pour cette édition 2011, outre le concert dont il est question ici, rien moins que la Femme sans ombre.

    Les accointances de RenĂ©e Fleming avec Strauss ne sont plus Ă  prouver, oĂą son soprano « double-crème Â» peut s’épancher Ă  loisir, et y faire flotter un sfumato telle une vaporeuse mousse de lait, et des finales traĂ®nantes de la plus belle nostalgie. Mais comme toute bonne diva, l’AmĂ©ricaine est assez capricieuse, et ne dĂ©livre ses dĂ©lices que lorsqu’elle se sent parfaitement choyĂ©e. Ainsi, ses Quatre derniers Lieder avec Daniel Harding, trop jeune, trop brillant Ă©lève sans doute pour elle, n’avaient pas laissĂ© un souvenir impĂ©rissable il y a quatre ans.

    Avec la complicité d’un vrai Kapellmeister à l’ancienne, aux épaules larges, à la carrure de général de l’époque Bismarck, et des vents d’un inénarrable équilibre d’intonation, la voilà en totale confiance, rassurée. Dès lors, la grande Renée offre le meilleur d’un timbre à la pulpe moirée, automnale, idéalement assombrie, avec ce regard de la femme mûre sur le temps qui passe faisant chavirer les cœurs.

    Une sélection de quatre Lieder de Strauss augmentée de la scène finale du premier acte d’Arabella, le temps de faire triompher un art de la coloration, une ligne de souffle prodigieuses – le O Glück ! terminal de Befreit, où le rubato de Thielemann lui procure le plus beau des écrins – et un haut-médium d’une richesse inépuisable – Gesang der Apollopriesterin, anticipant sur la dormition à venir de Beim Schlafengehen.

    À l’image de sa Maréchale du Théâtre des Champs-Élysées, c’est dans le syllabisme et l’art de la conversation dans le médium que la soprano patine – Winterliebe –, mais devant une telle grâce et un glamour tellement en phase avec l’écriture séduisante, parfois un peu facile de Strauss, on rend les armes.

    © Silvia Lelli

    Après la pause, Thielemann enfile ses chaussures d’escalade pour refaire l’ascension de la Symphonie alpestre qu’il avait gravie – et gravée chez DG – avec les mêmes Wiener il y a dix ans. L’occasion de remarquer une accélération sensible de la battue, une architecture globale plus serrée, histoire d’être sûr de rentrer avant la nuit, délaissant ainsi l’étirement des transitions, les cadences presque à l’arrêt qui donnaient à son interprétation une majesté infinie et une réelle audace dans ses pérégrinations hors des sentiers battus.

    On s’étonne d’ailleurs d’une nuance globale rarement contenue au-dessous du mezzo-forte, y compris dans le Nacht introductif, qu’on aurait imaginé plus ténu, et surtout plus préparé quant à la première attaque. Mais porté par l’énergie du direct, notre randonneur fait sentir une impatience d’en découdre avec la montagne, non sans prendre sincèrement le temps, le moment venu, de contempler le paysage – Auf dem Gipfel.

    Plus que par un rang de cuivres au fer rouge, transcendant de puissance mais guère avare de pains, on sera ce soir happé par le tourbillon de cordes transcendantes, capables du legato le plus infini en ne cédant pas un pouce sur la tension, avec une utilisation de tout l’archet aussi belle à voir qu’à entendre, et cette typique sonorité incandescente mais jamais dure, d’un rayonnement inouï.

    Un remake aux dépens d’un Orage qui, à l’image de celui de la Pastorale du maestro, brasse un peu trop dans les cordes et maintient sous l’étouffoir les trouvailles d’orchestration de Strauss, en une tempête presque symbolique, préparant dans une retenue savamment calculée la rentrée quelques mesures plus loin des violons dans l’aigu.

    Gageons que la vidéo réalisée par les caméras d’Unitel Classica saura retransmettre ces instants qui valent à Thielemann une longue ovation, jusqu’à revenir saluer seul devant des applaudissements persistant une fois l’orchestre sorti de scène. Et tant pis si dans l’absolu, on avait préféré les libertés de sa première Alpensinfonie.




    GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
    Le 08/08/2011
    Yannick MILLON

    Concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Christian Thielemann, avec la participation de la soprano Renée Fleming au festival de Salzbourg 2011.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Befreit, op. 39 n° 4
    Winterliebe, op. 48 n° 5
    Traum durch die Dämmerung, op. 29 n° 1
    Gesang der Apollopriesterin op. 33 n° 2
    Schlussszene aus dem ersten Aufzug der Oper Arabella, op. 79
    Renée Fleming, soprano
    Eine Alpensinfonie op. 64
    Wiener Philharmoniker
    direction : Christian Thielemann

     


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