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CRITIQUES DE CONCERTS 19 octobre 2018

Nouvelle production de Tannhäuser de Wagner dans une mise en scène de Sebastian Baumgarten et sous la direction de Peter Tilling au festival de Bayreuth 2011.

Bayreuth 2011 (1) :
Néant excrémentiel

© Bayreuther Festspiele GmbH / Enrico Nawrath

Les labos et autres usines ont décidément la cote à Bayreuth, où après les rats de Neuenfels dans Lohengrin, c’est le tour d’une usine de biogaz pour Tannhäuser. Une nouvelle installation conceptuelle, d’un intellectualisme branchouille complètement hors des clous où l’excrément recyclé se veut le nouveau Soleil vert. Exécution musicale guère palpitante en prime.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 13/08/2011
Yannick MILLON
 



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  • Nous avons déjà évoqué la piètre impression laissée par le nouveau Tannhäuser de Bayreuth lors de la retransmission radio de la première. Sur le vif, la Vénus de Stefanie Friede demeure une honte pure et simple, de nouveau huée aux saluts, puis raillée lorsqu’elle revient saluer opportunément appariée avec Wolfram, champion de l’applaudimètre.

    Assez beau chanteur de l’amour courtois justement que celui de Michael Nagy, délicat, physique de jeune premier, aristocratique, musicien, mais au matériau décidément sans charme et d’intonation un rien vague.

    Un domaine qui reste en salle le point faible de Camilla Nylund, Elisabeth à voix, généreuse, vibrante, somme toute indifférente, émettant tous les sons de manière mécanique. Perception sensiblement différente en revanche pour le Tannhäuser de Lars Cleveman, franc du collier mais peinant ce soir à aller au bout du III, où la voix reste coincée dans un grave nasillard et élimé.

    Maigre moisson en vérité, d’autant que Thomas Hengelbrock vient de se faire porter pâle au tout dernier moment au profit de son assistant, un certain Peter Tilling, scrupuleux, méthodique, que le public ovationnera pour avoir sauvé la soirée, et qui récite forcément la leçon, fébrilité en plus. Inutile de s’y attarder.

    Prenons donc un moment pour évoquer l’incroyable capharnaüm que présente la mise en scène de Sebastian Baumgarten, salmigondis chahuté dès la fin du I, caractéristique d’une certaine école de théâtre allemand dont est partie prenante Katharina Wagner, dans le sillage de ses propres Maîtres chanteurs, du Parsifal de Schlingensief, soit un dynamitage de l’œuvre en bonne et due forme.

    On apprend ainsi dans une note d’intention passablement fumeuse que, ne pouvant plus croire en 2011 à la gravité de la faute de Tannhäuser, tellement disproportionnée à l’heure du cybersexe et du plaisir facile, le public d’aujourd’hui ne saurait être interpellé sans expédients radicalement nouveaux. Voire.

    © Bayreuther Festspiele GmbH / Enrico Nawrath

    Le combat entre l’apollinien et le dionysiaque aura donc lieu dans une usine de production de biogaz à partir d’excréments devenant le début d’une nouvelle chaîne alimentaire – alcool inclus, c’est plus gai –, et le nouvel opium du peuple, un peu à la manière du Soleil vert de Harry Harrison. La population victime d’une nouvelle dictature écologique, voilà qui change des croix gammées !

    Le Venusberg, une grande cage sur vérins émergeant du sous-sol, abrite quant à lui une population d’hommes des cavernes sodomites, de bactéries géantes et autres spermato-trilobites se trémoussant sur les couplets de Tannhäuser, et une Vénus enceinte, mégère, véritable repoussoir à troubadour. Logique.

    Pâtre peroxydé et aviné, pèlerins de Rome lobotomisés, Elisabeth en jeune sotte, piquant une crise de jalousie lorsque Vénus, qui a assisté au tournoi, vient se frotter à son cher et tendre, chantage au suicide de la malheureuse avec stigmates dans les paumes, in fine euthanasiée par Wolfram dans une cuve – non sans que la jeune vierge ait finalement tenté de rouvrir la porte –, tout y passe, pourvu que ça mousse !

    L’ensemble dans un bien laid décor unique à étages où pullulent figurants et faux public gentiment assis, la représentation commençant avant l’arrivée des spectateurs et se poursuivant pendant les entractes – l’hymne allemand entonné par les ouvriers –, bref, un nouveau bazar ressortissant plus à l’installation absconse qu’à un vrai travail théâtral sur le genre opéra, où une direction d’acteurs se réclamant de Brecht – on croit rêver –, tient lieu d’épine dorsale.

    En comparaison, le Lohengrin de Neuenfels passerait pour un sommet de sagesse, d’autant qu’avec son spectacle entièrement à rideau ouvert, Baumgarten peine à meubler les pages orchestrales par des vidéos de cellules vues au microscope, d’os aux rayons X et de femme à poil devant les cuves de merde façon cinéma muet.

    À l’heure où la modernité d’un Stefan Herheim opère des miracles dans Parsifal, conformément à la volonté du compositeur que le festival demeure un atelier où puisse avoir lieu une véritable réflexion de fond, une vague d’iconoclastes adeptes de branlette intello-bobo continue de faire à Bayreuth des ravages à coups de sarcasmes et de provoc à quatre sous. Genug !




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 13/08/2011
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Tannhäuser de Wagner dans une mise en scène de Sebastian Baumgarten et sous la direction de Peter Tilling au festival de Bayreuth 2011.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Tannhäuser et le tournoi de chanteurs à la Wartburg, opéra romantique en trois actes (1845)
    Livret du compositeur
    Version de Dresde

    Chor und Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Peter Tilling
    mise en scène : Sebastian Baumgarten
    décors : Joep van Lieshout
    costumes : Nina von Mechow
    éclairages : Franck Evin
    vidéo : Christopher Kondek
    préparation des chœurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Günther Groissböck (Hermann, Landgraf von Thüringen), Lars Cleveman (Tannhäuser), Michael Nagy (Wolfram von Eschenbach), Lothar Odinius (Walther von der Vogelweide), Rainer Zaun (Biterolf), Arnold Bezuyen (Heinrich der Schreiber), Martin Snell (Reinmar von Zweter), Camilla Nylund (Elisabeth), Stephanie Friede (Venus), Katja Stuber (Ein junger Hirt).

     



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