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CRITIQUES DE CONCERTS 12 décembre 2019

Liederabend consacré à Kurt Weill par la soprano Angela Denoke au festival de Salzbourg 2011.

Salzbourg 2011 (6) :
De Berlin Ă  Broadway

© Wolfgang Lienbacher

Récital hors des sentiers battus à Salzbourg avec un programme admirablement conçu mettant en lumière les deux visages de Kurt Weill, l’allemand et l’américain, auquel Angela Denoke prête entre deux Affaire Makropoulos non seulement sa voix mais surtout sa personnalité musicale, avec un accompagnement instrumental à la fois minimal et idéal. Une réussite totale.
 

Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
Le 17/08/2011
Thomas COUBRONNE
 



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  • Il y a le bon Weill allemand, cabarets berlinois louches et engagement politique, et le mauvais Weill amĂ©ricain, facile et vendu au public. Loin de cette image d’Épinal, le programme de ce soir prĂ©sente un large choix de pièces balayant les deux pĂ©riodes. On s’amusera au passage du dĂ©part in medias res de quelques spectateurs : avant de rĂ©habiliter le Weill amĂ©ricain, il eĂ»t peut-ĂŞtre fallu s’assurer que le Weill germanique Ă©tait acceptable.

    La partie allemande est un enchantement à tous égards : en costume sobre et classe, Angela Denoke lit quelques extraits de la correspondance de Weill et son épouse Lotte Lenya entre chansons et extraits d’ouvrages scéniques. Le ton est détendu, intime, et l’interprétation atteint quelques sommets – Nana’s Lied tout en retenue, Und was bekam des Soldaten Weib ? qui se souvient de Mahler et Surabaya Johnny en formation de Lied classique tout en détresse – dès que pointe un véritable désespoir, une fêlure sensible.

    Accompagnée par un Robert Nagel protéiforme – saxophones alto et ténor ravageurs, clarinettes basse et mib jazzy, flûte en sol ambiguë – et un Tal Balshai insufflant à ses arrangements une rigueur étonnante – piano minimaliste et volontiers schubertien, accordéon mélancolique –, la soprano fait montre de l’engagement sans faille qu’on lui connaît.

    Trouvant dans une sorte de déclamation lourée, non soutenue – et dans les scories qu’on peut parfois lui reprocher dans le répertoire plus classique, notamment les attaques par dessous, ici tout à fait à propos –, le style populaire du cabaret, elle conserve pourtant une matière timbrée et une homogénéité très intéressante.

    S’il arrive que la tessiture problématique – Wie lange noch ? désespérément médium – bride l’efficacité dramatique purement vocale, les artistes trouvent ici un ton ambigu, là une finesse sonore captivante – petite clarinette et voix dans Ich bin eine arme Verwandte.

    Alabama Song par exemple n’est pas un modèle d’expressionnisme, mais de sensualité, la voix toujours contenue dans un érotisme peut-être trop lumineux, mais au moins très élégant. Et si Barbara Song est l’occasion de citations malicieuses de Casse-noisette – la Fée dragée et la Danse arabe –, c’est dans Nana’s Lied que la chanteuse trouve le ton le plus abouti, entre bel canto mozartien et expressivité à fleur de peau à la Barbara.

    Si la partie américaine tord le cou à quelques idées reçues en présentant des pièces d’une incontestable qualité – Lonely house, September Song, Is it him or is it me, My ship –, l’interprétation en revanche démontre la différence de style entre les deux périodes du compositeur.

    L’intelligence du texte, malgré un anglais techniquement approximatif, et surtout le swing, un certain nombre d’effets Broadway – dont la robe –, les snaps et les sifflets, tout y passe pour nous dépayser ; seulement voilà, le timbre de Denoke est trop allemand, ce médium trop concentré, et au-delà ce chant trop opératique pour qu’on y croie vraiment. Voilà la clef, peut-être, de ces deux vies de Kurt Weill : si sa musique allemande supporte les voix brutes, sa musique américaine ne supporte pas les voix lyriques.

    Alors, malgré les trésors déployés par toute l’équipe – piano tout en pudeur de September Song, flûte envoûtante de Stay well –, on n’est pas dupe : les univers sont différents, bien que certains thèmes demeurent.

    L’amour sacrificiel qui là-bas avait le goût d’une misère métaphysique – pas loin de Lulu – est ici mâtiné de narcissisme, la femme avilie de naguère est devenue pulpeuse, la guerre surtout a oublié ses canons et ses morts ; c’est sans doute le glamour qui fait la différence entre les deux périodes, glamour que Denoke peine à endosser, soit par culture – linguistique ou musicale –, soit que sa voix ne s’y prête pas.

    Trois bis enfoncent le clou : deux de la période américaine, juste impeccables, et surtout un Peter – allemand – qui pourrait bien être le sommet de la soirée.




    Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
    Le 17/08/2011
    Thomas COUBRONNE

    Liederabend consacré à Kurt Weill par la soprano Angela Denoke au festival de Salzbourg 2011.
    Kurt Weill – Two Lives to Live
    Kurt Weill (1900-1950)
    Denn wie man sich bettet
    Ich bin eine arme Verwandte
    Die Ballade von der sexuellen Hörigkeit
    Alabama Song
    Wie lange noch ?
    Barbara Song
    Nana’s Lied
    Liebeslied
    Und was bekam des Soldaten Weib ?
    Surabaya Johnny
    Der Abschiedsbrief
    One life to live
    Speak low
    That’s him
    Lonely house
    Sing me not a Ballad
    September Song
    Is it him or is it me
    Stay well
    My ship
    I am a stranger here myself
    Angela Denoke, soprano
    Tal Balshai, piano et arrangements
    Norbert Nagel, clarinette, saxophone, flûte

     


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