altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 20 janvier 2020

Nouvelle production de la Femme sans ombre de Strauss dans une mise en scène de Christof Loy et sous la direction de Christian Thielemann au festival de Salzbourg 2011.

Salzbourg 2011 (5) :
Vienne Ă©ternelle

© Monika Rittershaus

Hommage aux années de l’après-guerre musical dans la Femme sans ombre située par Christof Loy dans la Sofiensaal de Vienne. Au moins autant que sur scène, le spectacle se déroule dans la fosse où les glorieux Wiener Philharmoniker rivalisent de magnificence, galvanisés par un Christian Thielemann inspiré comme jamais. Une soirée d’anthologie.

 

GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
Le 17/08/2011
Yannick MILLON
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Biennale Quatuors 2020 (2) : Les Modernes

  • Biennale Quatuors 2020 (1) : Les Patrons

  • Musique des sphères

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Chaque production de la Femme sans ombre, l’opĂ©ra le plus gigantesque de Strauss, Ă  mi-chemin du chambrisme d’Ariane et des cataclysmes d’Elektra, est appelĂ©e Ă  faire date, notamment Ă  Salzbourg oĂą l’ouvrage, relativement rare – quatre productions sur un siècle – a toujours Ă©tĂ© servi par des monstres sacrĂ©s.

    Rendons grâce en premier lieu à Christian Thielemann, héraut de la tradition, qui ne cède jamais à une débauche de décibels tentante, et réserve les éclats paroxystiques aux passages à découvert. Loin des fulgurances électriques d’un Solti, dans le sillage des masses plus grasses d’un Keilberth, mais avec une variabilité de la texture et une réserve de puissance infinies, il délivre sans doute sa plus incontestable interprétation lyrique à ce jour.

    D’emblée, ni mur sonore ni effets fracassants, mais un art de la gradation – qui plus est dans la version intégralissime de la partition – et un cantabile touchant au sublime, une force tranquille dignes des chefs de légende. Les moments de tension n’en prennent que plus de relief – retour à la Fauconnerie, conclusion du II apocalyptique, arrachée des tréfonds de l’abîme. Le plus bel hommage possible à l’heure du trentième anniversaire de la mort de Karl Böhm.

    D’autant que nous avons en fosse les plus belles couleurs du monde, celles d’un Philharmonique de Vienne ovationné dès le début de chaque acte, transcendant de bout en bout, d’un raffinement coloriste – la petite harmonie, la percussion, le Glasharmonica – d’une expressivité des soli – le violoncelle de Robert Nagy –, d’une qualité de legato des cordes, d’une profondeur de champ ahurissants – l’orgue, les contrebasses, les timbales, les Tuben.

    Confier l’Impératrice à Anne Schwanewilms, une Elsa chantant encore la Comtesse de Figaro, était une gageure dans la vastitude du Großes Festspielhaus. Mais la voix, certes trop fine, a le mérite de l’intégrité, d’une radiance et d’une apesanteur irréelle dignes des Quatre derniers Lieder, d’une expressivité de Maréchale et de quelques aigus magnifiquement concentrés – Du taugst nicht zu mir, ou encore mein Richter hervor.

    Et malgré quelques fragilités dans l’endurance et un haut-médium où ne semble exister qu’une voyelle, on n’est pas près de réentendre une Femme sans ombre phraser comme dans un rêve, sur un souffle d’aussi douce compassion, un Falke warum weinst du ?, un Vater, bist du’s ? aussi ineffables.

    Stephen Gould n’en paraît que plus puissamment monochrome, Empereur large et sonore, un peu raide dans la gestion du troisième registre – le sib final de la Fauconnerie à peine tenté –, auquel un timbre légèrement voilé confère la douceur nécessaire à cet être céleste.

    Sur terre, Evelyn Herlitzius n’a jamais été meilleure que dans cette Teinturière névrosée, glaciale, à l’émission coupante, à la projection dardée, son bas registre vert et ses éclats disant au mieux la frustration de celle qui ne parvient pas à enfanter, face au Barak somptueux de Wolfgang Koch, juste assez peuple, juste assez civilisé, chantant avec générosité, rondeur et une très belle flexibilité des nuances.

    D’un chant idéalement acéré, Michaela Schuster n’a pas la couleur abyssale qu’on peut préférer à la Nourrice, mais une précision maniaque du texte et des intervalles périlleux du rôle, un vibrato ardent, un aigu en furie et un quasi parlando dans le grave perfides à souhait.

    © Monika Rittershaus

    Quant à la mise en scène de Christof Loy, aussi éloignée de l’iconoclasme que de l’univers symboliste un peu hermétique du livret, elle se veut un hommage à la Vienne de l’après-guerre, en situant l’intrigue dans la Sofiensaal où furent réalisés tant d’enregistrements mythiques, avant que la salle ne soit ravagée par un incendie à l’été 2001.

    Belle évocation du milieu artistique et magnifique Impératrice que cette toute jeune soprano débarquée au milieu de gloires du monde lyrique pour une séance d’enregistrement de la Femme sans ombre, dans une Vienne encore sous occupation militaire, où le chauffage et la nourriture restent rares – la parabole du II sur la faim des enfants, pleinement convaincante.

    Anachroniques certes – d’autant que l’enregistrement évoqué, celui de Böhm pour Decca, eut lieu au Musikverein – Barak et la Teinturière rappellent les difficultés conjugales bien connues de Christa Ludwig et Walter Berry, tenants glorieux des deux rôles dans les années 1970, dans un mélange schizophrène entre la mise en abyme des prises et le pur théâtre des règlements de comptes du couple.

    Déplacements incessants des pupitres et micros, assistant partition en main, on se laisse bercer par l’évocation de cette grande époque et un certain nombre de trouvailles – l’Impératrice obsédée par la maternité au point de voir les employés du studio métamorphosés en enfants, ou le grand ensemble final à la manière d’un oratorio, figuré tel un concert de Noël un rien kitsch avec sapin, drapeaux autrichiens et Maîtrise de la Hofburg.

    Une production assez amidonnée, qui n’a pas grand-chose à voir avec le substrat de la Femme sans ombre, et qui laisse à la fosse la primauté du théâtre, sortilège parmi tant d’autres de la Vienne éternelle.




    GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
    Le 17/08/2011
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de la Femme sans ombre de Strauss dans une mise en scène de Christof Loy et sous la direction de Christian Thielemann au festival de Salzbourg 2011.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Die Frau ohne Schatten, opéra en trois actes (1919)
    Livret de Hugo von Hofmannsthal

    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Salzburger Festspiele Kinderchor
    Mitglieder der Angelika Prokopp Sommerakademie
    Wiener Philharmoniker
    direction : Christian Thielemann
    mise en scène : Christof Loy
    décors : Johannes Leiacker
    costumes : Ursula Renzenbrink
    Ă©clairages : Stefan Bollinger
    préparation des chœurs : Thomas Lang

    Avec :
    Stephen Gould (Der Kaiser), Anne Schwanewilms (Die Kaiserin), Michaela Schuster (Die Amme), Wolfgang Koch (Barak), Evelyn Herlitzius (Sein Weib), Markus BrĂĽck (Der Einäugige), Steven Humes (Der Einarmige), Andreas Conrad (Der Bucklige), Thomas Johannes Mayer (Der Geisterbote), Rachel Frenkel (Die Stimme des Falken), Peter Sonn (Erscheinung eines JĂĽnglings), Christina Landshamer (Ein HĂĽter der Schwelle des Tempels), Maria Radner (Eine Stimme von oben), Christina Landshamer (Erste Dienerin), Lenneke Ruiten (Zweite Dienerin), Martina Mikelić (Dritte Dienerin).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com