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CRITIQUES DE CONCERTS 03 décembre 2020

Nouvelle production du Nez de Chostakovitch dans une mise en scène de Peter Stein et sous la direction d’Ingo Metzmacher à l’Opéra de Zurich.

Un Nez au poil
© Suzanne Schwiertz

À quelques semaines de la reprise à Lyon du Nez d'Aix-en-Provence et du Met de New-York, l'Opéra de Zurich a également choisi d'ouvrir le bal de ses nouvelles productions par le chef-d'œuvre excentrique de Chostakovitch. Une belle réussite pour ce Nez réglé au poil sous la direction efficace d'Ingo Metzmacher et la lecture inattendue de Peter Stein.
 

Opernhaus, ZĂĽrich
Le 17/09/2011
Benjamin GRENARD
 



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  • On ne se serait guère attendu Ă  voir le sage Peter Stein mettre en scène le Nez de Dimitri Chostakovitch, Ĺ“uvre ultramoderne, fantasque et complètement dĂ©jantĂ©e. Mais le metteur en scène est un excellent connaisseur de la culture russe pour laquelle il a toujours Ă©prouvĂ© un fervent enthousiasme.

    Après la production débridée mais parfois contestable de la Bastille menée par Yuri Alexandrov, Peter Stein livre ici une lecture équilibrée du Nez, entre respect scrupuleux du texte et inventivité, fantaisie inhérentes à l'œuvre. En résulte une très grande réussite, dans laquelle disparaît le carcan qui peut parfois gêner dans les visions habituelles du metteur en scène, qui s'impose ici comme le grand maître d'œuvre de la soirée.

    Intégrant habilement références au siècle de Gogol et esthétique du constructivisme russe, la scénographie séduit par son imagerie soignée, son travail sur les volumes, les perspectives et les couleurs, son habileté à rendre l'exiguïté d'un espace tout en occupant l'intégralité de la scène. Si Stein respecte scrupuleusement le livret, il est également un excellent lecteur du geste dramatique porté par la musique.

    La mise en scène des interludes, secondée par l'excellent travail chorégraphique de Lia Tsolaki, représente de ce point de vue un modèle : double-fugue pour percussions transformée en implacable poursuite policière, fugues mécaniques symboles d'une société déshumanisée s'épuisant dans le travail collectif, jeu d'acteur idéalement expressif et parfaitement réglé, la scénographie est toujours impeccablement rythmée.

    À noter que cette vision estompe quelque peu le côté cruel et humiliant de la mésaventure de Kovalev au profit d'un spectacle suscitant parfois l'hilarité. Mais il a le mérite de rendre le Major moins antipathique et de permettre au spectateur de s'identifier davantage au protagoniste principal, tout comme d'estomper le caractère excentrique de l’intrigue en la rendant finalement plus accessible.

    © Suzanne Schwiertz

    Coté orchestre, on ne peut que louer la cohérence avec la conception de la mise en scène, Ingo Metzmacher s'attachant à faire ressortir l'aspect grotesque et fantasque de la partition sans jamais forcer le trait. Cependant, on regrettera parfois un manque d'acidité ou de tranchant, voire de présence théâtrale dans les passages pianissimo et glauques du II.

    Pourtant, l'ensemble est très bien mené sitôt la machine lancée : une certaine acuité dramatique et un travail exigeant sur le timbre témoignent d'une bonne compréhension de l'ouvrage. Un travail d'autant plus remarquable que le Nez exige, en plus de son style grinçant et excentrique, une grande virtuosité de l'orchestre.

    Le plateau qui, à l'exception notable de l'efficace Leonid Bomstein (Le Nez), effectue une première prise de rôle dans cet ovni du genre de l'opéra, s'en tire plus qu'honorablement. Car, s'il est une œuvre inchantable, c'est bien celle-ci, tant Chostakovitch y joue à fond la carte de l'anti-opéra. Beaucoup de personnages éructent, vocifèrent tout leur saoul dans ce qu'il y a de moins vocal.

    Cette écriture extrême était d'abord un signe des temps : l'hystérie qui gagne l'URSS en ces années 1920 illustre la suffocation d'un peuple entraîné dans un rythme d'une frénésie infernale. Déjà parfaitement décrite dans les Démons de Dostoïevski avec ces personnages qui ne cessent de se précipiter, elle trouve son expression musicale la plus achevée avec Chostakovitch.

    Dès lors, on ne peut tenir rigueur des quelques faiblesses du plateau qui ne compte pas moins de soixante-dix personnages. Lauri Vasar, dans le sens de la mise en scène, campe un Kovalev cohérent qui s'approche davantage de Monsieur tout le monde que des incarnations bouffonnes typiquement russes, tel le Vorobianinov des deux auteurs satiriques Ilf et Petrov.

    Parmi la pléthore de chanteurs, on remarquera un plateau féminin quasi irréprochable et quelques incarnations mémorables, de l'Ivan débraillé de Michael Laurenz au Docteur de Pavel Daniluk, cependant que le Gendarme de quartier d'Alexei Sulimov, quelque peu serré et atone au I, négocie plutôt bien le III.

    En somme, l'ensemble compose un excellent spectacle, réglé au millimètre, que l'on ira apprécier en attendant la production de William Kentridge à Lyon.




    Opernhaus, ZĂĽrich
    Le 17/09/2011
    Benjamin GRENARD

    Nouvelle production du Nez de Chostakovitch dans une mise en scène de Peter Stein et sous la direction d’Ingo Metzmacher à l’Opéra de Zurich.
    Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
    Le Nez, opéra en trois actes et dix tableaux (1930)
    Livret de E. Zamiatine, G. Ionine, A. Preis et D. Chostakovitch

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Zurich
    direction : Ingo Metzmacher
    mise en scène : Peter Stein
    décors : Ferdinand Wögerbauer
    costumes : Anna Maria Heinreich
    Ă©clairages : Joachim Barth, Hans-Rudolf Kunz
    préparation des chœurs : Ernst Raffelsberger & Lev Vernik
    chorégraphie : Lia Tsolaki

    Avec :
    Lauri Vasar (Kovalev), Valery Murga (Ivan Iakovlevitch), Alexeï Sulimov (Gendarme de quartier), Michael Laurenz (Ivan, valet de Kovalev), Leonid Bomstein (Le Nez), Liliana Nikiteanu (Podtotchina), Eva Liebau (La fille Podtotchina), Cornelia Kallisch (Matrone), Liuba Chuchrova (Praskovia Ossipovna); Tomasz Slawinski (L'employé du journal), Pavel Daniluk (un docteur)…

     



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