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CRITIQUES DE CONCERTS 24 septembre 2020

Reprise de la Médée de Cherubini mise en scène par Krzysztof Warlikowski, sous la direction de Christophe Rousset au Théâtre de la Monnaie, Bruxelles.

Resserrée, épurée, déchaînée

En 2008, Christophe Rousset et Krzysztof Warlikowski avait révélé le vrai visage de Médée, en livrant à la Monnaie de Bruxelles une lecture coup de poing de la version originale de l’opéra de Cherubini. Dramaturgie resserrée, scénographie épurée, orchestre déchaîné, Nadja Michael y retrouve un personnage taillé à la démesure de son soprano de boue et de sang.
 

Théâtre royal de la Monnaie, Bruxelles
Le 22/09/2011
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Soigneusement, MĂ©dĂ©e range les pyjamas maculĂ©s du sang de ses fils. Elle allume une cigarette, et sort de scène, alors que son visage se projette sur le rideau de fer. Une porte claque, dans le silence. Cette sĂ©quence nous avait longtemps hantĂ©, Ă  la crĂ©ation de la mise en scène de Krzysztof Warlikowski en 2008 au Théâtre de la Monnaie. Comme une suspension, une apnĂ©e nĂ©cessaires Ă  l’accomplissement de la catharsis. Elle frappe d’autant plus dans cette reprise que le Polonais a resserrĂ©, Ă©purĂ© son travail.

    Les dialogues parlĂ©s, qui dĂ©jĂ  abandonnaient les alexandrins de François-BenoĂ®t Hoffman au profit d’une prose crue, ont Ă©tĂ© rĂ©Ă©crits, plus concis encore, toujours actuels, et concentrent la dramaturgie sur MĂ©dĂ©e, moins cette fois comme figure de l’étrangère, que comme la victime d’une trahison. DĂ©lestĂ© de ses symboles les plus obscurs et de ses gradins, le dĂ©cor rĂ©vèle dĂ©sormais la quintessence de l’art scĂ©nographique de Malgorzata Szcześniak, espace clinique, ouvert et oppressant, terrain de l’effroyable destruction d’une femme par son homme, d’un homme par la mère de ses enfants. Combat Ă  mains et mots nus.

    À l’opéra, Warlikowski a été plus poète, sans doute, puisant plus profondément aux sources de l’hybris, multipliant les références, les suspensions du sens. Mais a-t-il jamais été plus vrai, plus violent ? La performance de Nadja Michael vaut absolument celle d’Isabelle Huppert dans Un Tramway. Elle la dépasse même, car la soprano allemande est bien au-delà de la démonstration, de l’exercice.

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    Bien au-delà du chant aussi. Sur cet ambitus sans limite, à l’aigu plus percutant qu’en 2008, nulle ligne, mais une déclamation tendue, incisive, même lorsque le paroxysme neutralise les consonnes. Ce n’est plus une voix, c’est un cri, de la boue mêlée de sang, un crachat, du venin, une plaie béante. L’accusation d’académisme portée contre Cherubini tombe. Ne s’en plaindront que les garants d’un belcantisme tardif, qui ne sert ici, à travers Dircé, que de repoussoir. L’angoisse heurte néanmoins jusqu’à l’écriture fleurie de Hymen ! Viens dissiper une vaine frayeur.

    Agile mais pointue, anodine en vérité, Hendrickje Van Kerckhove, fait à l’instar de tous les nouveaux venus, exception faite de la servante galbée, pulpeuse de Gaëlle Arquez, regretter la première distribution. Sans clarté pour compenser le manque de profondeur, Christianne Stotijn indiffère, ce qui s’avère fatal à l’air de Néris. Incapable de chanter en mesure, Vincent Le Texier fait, émission épaisse, brutale et sourde, un Créon exécrable, mauvais acteur de surcroît, ânonnant son texte d’une voix lasse.

    Kurt Streit en revanche demeure, Jason châtié jusque dans les pièges d’une tessiture héritée de la haute-contre à la française, et seul à posséder une certaine idée du style requis – là n’est pas le propos, certes, d’une production qui n’en a pas moins recours à la version originale d’une œuvre malmenée, défigurée par le XIXe siècle.

    D’autant que Christophe Rousset, baroqueux pointilleux et pointilliste, se déchaîne, à présent maître d’un langage qu’il éclaire de sa connaissance du répertoire antérieur, tant en exaltant ses élans les plus visionnaires. Vents furieux et cordes impétueuses, les Talens Lyriques se jettent à corps perdus sur une partition hérissée de griffes, et resserrent l’étau autour d’un drame dont l’économie ne cesse de surprendre, étreignant la voix de l’infernale vengeance.




    Théâtre royal de la Monnaie, Bruxelles
    Le 22/09/2011
    Mehdi MAHDAVI

    Reprise de la Médée de Cherubini mise en scène par Krzysztof Warlikowski, sous la direction de Christophe Rousset au Théâtre de la Monnaie, Bruxelles.
    Luigi Cherubini (1760-1842)
    Médée, opéra-comique en trois actes (1797)
    Livret de François-Benoît Hoffmann, dialogues parlés réécrits par Krzysztof Warlikowski et Christian Longchamp

    Chœurs de la Monnaie
    Les Talens Lyriques
    direction : Christophe Rousset
    mise en scène : Krzysztof Warlikowski
    dĂ©cors et costumes : Malgorzata Szcześniak
    Ă©clairages : Felice Ross
    dramaturgie : Christian Longchamp et Miron Hakenbeck
    vidéo : Denis Guéguin

    Avec :
    Nadja Michael (Médée), Kurt Streit (Jason), Christianne Stotijn (Néris), Vincent Le Texier (Créon), Hendrickje Van Kerckhove (Dircé), Gaëlle Arquez (première servante), Anne-Fleur Inizan (deuxième servante).

     



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