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CRITIQUES DE CONCERTS 24 octobre 2021

Création mondiale de l’opéra la Nuit de Gutenberg de Philippe Manoury dans une mise en scène de Yoshi Oida et sous la direction de Daniel Klajner à l’Opéra du Rhin, en partenariat avec le festival Musica.

Un opéra qui ne fait pas impression
© Alain Kaiser

Fidèle à la création, l’Opéra du Rhin propose la Nuit de Gutenberg de Philippe Manoury. Le spectacle se voulait une réflexion sur le signe écrit et Internet à partir de la figure du découvreur de l’imprimerie. Bien accueillie par le public strasbourgeois, l'œuvre n’est qu’un opéra inabouti, à l’action bancale mais zébré de fulgurances électroniques.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 24/09/2011
Laurent VILAREM
 



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  • Philippe Manoury a le goût des incompris. Ou plutôt des héros plongés dans une situation qui les dépasse. Joseph K…, le héros de son ouvrage lyrique le plus célèbre (créé en 2001 à la Bastille), s’achevait comme dans Kafka par un assassinat injustifié. Le rôle-titre de son nouvel opéra, la Nuit de Gutenberg, est le célèbre découvreur de l’imprimerie, mais télétransporté dans un café Internet du vingtième-et-unième siècle.

    On sait gré au compositeur et à son librettiste, l’écrivain Jean-Pierre Milovanoff, pour cette première très attendue à l’Opéra du Rhin, de ne pas avoir plongé l’auditeur dans le Strasbourg du XVe siècle. On songe à Mathis le Peintre d’Hindemith qui mettait en musique la vie d’une autre figure alsacienne, le peintre médiéval Matthias Grünewald, sur près de quatre heures, mais le véritable modèle de Manoury paraît ici bien être davantage le Schoenberg édifiant de Moïse et Aaron.

    Au programme donc, à partir de cette ingénieuse idée de la venue de Gutenberg à notre époque, une réflexion sur le signe écrit sous toutes ses formes, depuis l’écriture cunéiforme d’il y a quatre mille ans au signe de l’imprimerie en passant par l’écriture virtuelle.

    Hélas, les illusions d’un grand ouvrage réflexif et moderne tombent dès le lever de rideau. Quatre scribes qu’on dirait tout droit sortis du film le Cinquième élément babillent dans un langage lourd de symboles, avant que Gutenberg lui-même (crânement défendu par le baryton Nicolas Cavallier) n’apparaisse hirsute dans une ville d’aujourd’hui.

    On peut filer la métaphore cavalière d’avec le film de Luc Besson : Gutenberg errera bientôt comme la Leeloo jouée par Milla Jovovich et découvrira l’abjection de notre époque : l’industrie du loisir, l’incommunicabilité et le flicage policier de notre société.

    Le livret pose pourtant les bonnes questions, Gutenberg étant en quelque sorte l’un des ancêtres d’Internet, et ose d’intéressants parallélismes (des scribes de Mésopotamie à l’autodafé voulu par les Nazis), mais le ton employé est d’une telle abstraction et regarde notre époque avec une telle autorité morale qu’au final, on aurait préféré un opéra profondément réactionnaire (comme à leur création les Carmélites de Poulenc) plutôt que ces raccourcis qui n’osent pas dire leur nom – les iPods, iPads et autres gadgets apparaissant bientôt comme des instruments du diable.

    Que les dialogues soient aussi datés et entraînent une action aussi figée est d’autant plus regrettable que la musique pétille de son côté de trouvailles orchestrales et électroniques. À l’exception de parties chorales très maladroites ou mal préparées, l’écriture vocale se soucie avant tout d’intelligibilité, tandis que la partie orchestrale adopte le ton résolument violent de notre époque zapping. Mais cette démesure, fort bien rendue par l’Orchestre philharmonique de Strasbourg dirigé par Daniel Klajner, finit par se retourner contre elle-même.

    Alors que la mise en scène de Yoshi Oida fleurait bon l’artisanat et la débrouille malgré ses allures high-tech, le ton de la dernière scène change brusquement. Gutenberg meurt sur un banc dans la neige et le personnage féminin (attachante Ève-Maud Hubeaux) chante une aria apaisée accompagnée de l’orchestre seul.

    Et c’est une nouvelle fois un souvenir de la scène finale de Mathis le Peintre qui passe (J'ouvris les bras pour saisir ces paroles tourbillonnantes ; Je voulais les retenir et les garder). Comme si Manoury avait utilisé tout l’arsenal technologique de l’IRCAM (les parties électroniques sont ce qu’il y a de plus impressionnant dans la partition) pour finalement signer le retour au grand opéra, dans ce qu’il a de plus académique.

    Le genre de l’opéra attend toujours sa rencontre avec l’électronique et le monde virtuel.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 24/09/2011
    Laurent VILAREM

    Création mondiale de l’opéra la Nuit de Gutenberg de Philippe Manoury dans une mise en scène de Yoshi Oida et sous la direction de Daniel Klajner à l’Opéra du Rhin, en partenariat avec le festival Musica.
    Philippe Manoury (*1952)
    La Nuit de Gutenberg, opéra en un prologue et douze tableaux
    Livret de Jean-Pierre Milovanoff

    Chœurs de l’Opéra du Rhin
    Orchestre philharmonique de Strasbourg
    direction : Daniel Klajner
    mise en scène : Yoshi Oida
    décors : Tom Schenk
    costumes : Richard Hudson
    éclairages : Pascal Merat
    informatique IRCAM : Serge Lemouton

    Avec :
    Nicolas Cavallier (Gutenberg), Ève-Maud Hubeaux (Folia), Mélanie Boisvert (l’hôtesse), Young-Min Suk (un juge), Christophe de Ray-Lassaigne (un notable).

     



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