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CRITIQUES DE CONCERTS 20 août 2018

Reprise du Château de Barbe-Bleue de Bartók dans la mise en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser sous la direction de Daniel Kawka à Angers Nantes Opéra.

La chambre de Landru
© Jef Rabillon

Bien plus que dans la capitale, c’est à Angers Nantes Opéra qu’on ira trouver le véritable événement de ce début de saison lyrique, avec la reprise du Château de Barbe-Bleue selon Patrice Caurier et Moshe Leiser. Un spectacle de tous les extrêmes, rude pour les nerfs, transformant le conte de Perrault en l’agonie cauchemardesque de la victime d’un serial killer.
 

Le Quai, Angers
Le 04/10/2011
Yannick MILLON
 



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  • Comme elles paraissent dérisoires, après un tel choc, les meilleures lectures illustratives où tournettes et prodiges de machinerie s’efforcent de donner vie à l’exploration des sept portes du château de Barbe-Bleue, dévoilant tour à tour trésors et visions d’horreur !

    Chez Patrice Caurier et Moshe Leiser, ni fatras symboliste ni atmosphère de conte entre féérie et effroi, seulement le plus inquiétant huis-clos entre deux êtres qui s’attirent, se questionnent, s’abandonnent, se brutalisent, et une plongée effroyable dans les portes psychiques de l’âme monstrueuse d’un tueur en série, véritable Landru des temps modernes.

    À ces fins, le décor unique d’une chambre d’hôtel borgne, dont la perspective paradoxale fait sentir d’emblée le piège qui se refermera sur une Judith suivant l’homme qu’elle aime à reculons, au propre comme au figuré.

    C’est dans cet espace claustré que la jeune femme, qui sait sans doute déjà ses jours comptés, fera tout pour aider l’homme qu’elle aime, dont elle devine les odieux forfaits, se donnant corps et âme pour l’aider à ouvrir les portes verrouillées de son âme noire, parallèle saisissant avec le Mr Ripley de Patricia Highsmith.

    Et le détournement fonctionne à plein, sans hiatus avec le mot à mot du livret, notamment grâce à une direction d’acteurs n’y allant pas par quatre chemins dans l’évocation de la sexualité du couple, de l’approche sensuelle à l’agression pure et simple, sur le contre-ut de Judith à l’ouverture de la cinquième porte, qui est aussi le climax de la partition entière.

    Ces corps aimantés, qui se frôlent, s’étreignent aussi fort qu’ils se rejetteront, cet affrontement psychologique usant entre une Judith déterminée malgré sa peur et ce Barbe-Bleue tantôt inébranlable tantôt pleurant comme un gamin effrayé dans le noir rejoignent in fine l’atmosphère glauque des contes pour enfants.

    Et pour cause, au terme d’une ultime tentative d’attendrissement, la malheureuse, pieds et poings liés, abandonnée sur le lit au sadisme de son tortionnaire, finira comme les précédentes épouses du monstre exhibées sur des clichés Polaroïd : étouffée dans l’épais tissu d’un dessus de lit – un clin d’œil sans doute à la tentative d’assassinat sous les oreillers dans l’intrigue sinon dans la chorégraphie au demeurant littérale de Lucinda Childs donnée en première partie du ballet le Mandarin merveilleux.

    © Jef Rabillon

    Partant, la musique n’a qu’à porter la scène, ce qu’elle réussit à merveille grâce à la direction aiguisée comme une lame de rasoir d’un Daniel Kawka illustrant toutes les similitudes de l’accompagnement orchestral de Bartók avec les éclairages entre chien et loup de la Chute de la maison Usher de Debussy, loin de toute profusion sonore hungarisante.

    Aussi insidieuse que l’esprit de Barbe-Bleue, sa direction est d’un cauchemar éveillé, d’une tension épuisante de thriller psychologique – pianissimi impalpables, silences béants – où les éclats ne ressortent qu’avec plus de violence grimaçante – les effroyables dissonances du choral de la porte 5.

    Les mêmes qualités de dégraissage fuyant toute complaisance valaient déjà avant l’entracte dans un Mandarin d’un rare motorisme, aux soli travaillés jusqu’à l’infinitésimal, à la tête d’un Orchestre des Pays de la Loire d’une finition stupéfiante.

    Comme à l’initium en 2007, Gidon Saks et Jeanne-Michèle Charbonnet sont investis à fond dans le projet. Lui par sa stature, par cette corporalité virile d’homme protecteur et brutal à la fois, son faciès de psychopathe à la Jack Nicholson, ce timbre charbonneux à la John Tomlinson, l’ambiguïté d’un chant accidenté, entre colères tonnantes et abattement de Wozzeck recroquevillé.

    Elle par sa silhouette amincie de Desperate Housewife tout amour, son médium blindé digne d’un vrai mezzo, et ce chant incendiaire, non sans sa kyrielle de défauts, et notamment un aigu au vibrato nauséeux, mais au fond aussi jusqu’au-boutiste que son personnage. Au final un spectacle parmi les plus forts qu’on ait vus, qui n’a pas fini de hanter notre imaginaire du Château de Barbe-Bleue.




    Le Quai, Angers
    Le 04/10/2011
    Yannick MILLON

    Reprise du Château de Barbe-Bleue de Bartók dans la mise en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser sous la direction de Daniel Kawka à Angers Nantes Opéra.
    Béla Bartók (1881-1945)
    A csodálatos mandarin, op. 19, Sz. 73, ballet-pantomime en un acte (1919)
    Argument de Menyhert Legyel
    Ballet de l’Opéra national du Rhin
    Chœur d’Angers Nantes Opéra
    chorégraphie : Lucinda Childs
    scénographie et costumes : Rudy Sabounghi
    éclairages : Christophe Forey
    préparation du chœur : Sandrine Abello
    A kékszakállú herceg vára, op. 11, Sz. 48, opéra en un acte (1911)
    Livret de Béla Balázs d’après le conte de Perrault
    Orchestre national des Pays de la Loire
    direction : Daniel Kawka
    mise en scène : Patrice Caurier & Moshe Leiser
    décor : Christian Fenouillat
    costumes : Agostino Cavalca

    Avec :
    Gidon Saks (Barbe-Bleue), Jeanne-Michèle Charbonnet (Judith), Eörs Kisfaludy (récitant).

     



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