altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 20 juin 2018

Reprise du Parsifal de Wagner dans la mise en scène de Claus Guth sous la direction de Daniele Gatti à l’Opéra de Zurich.

D’une guerre à l’autre
© Suzanne Schwiertz

Après un Tristan décevant, Claus Guth retrouve le niveau de sa trilogie Mozart-Da Ponte et de son Vaisseau fantôme avec un Parsifal transposé dans un conflit familial au cœur de la Première Guerre mondiale, brisant toute idée de rédemption par la grâce dans une désillusion éblouissante d’intelligence, portée par un Daniele Gatti moins étale qu’à Bayreuth.
 

Opernhaus, Zürich
Le 09/10/2011
Yannick MILLON
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Bizarre bizarre…

  • Cheffe sans ombre

  • Beethoven au ras des notes

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • À la fin du prélude, quand les contrebasses amènent une subtile modulation par leurs impalpables trémolos, le rideau se lève sur Titurel attablé, ses deux fils face à face, dans une demeure bourgeoise où l’un des garçons, révolté, quitte la maison avec pertes et fracas, laissant son frère l’échine courbée sous un joug paternel intraitable. Tel sera le destin de Klingsor et Amfortas.

    Le sentiment de conflit de cette préquelle perdurera tout le long d’une mise en scène plongée dans les affres de la Première Guerre mondiale. On retrouve donc la même demeure réaménagée en hôpital militaire de fortune où le pasteur Gurnemanz ne ménage pas des soldats déjà profondément abîmés.

    On pense aux Fragments d’Antonin de Gabriel Le Bomin, aux désastres psychiques des gueules cassées abandonnées à une agonie mentale irréversible, que seul le récit de la blessure d’Amfortas, le soir, à leur chevet, semble apaiser un instant, avant la crise de démence d’un éclopé pendant la musique de transformation, image quasi insoutenable, à l’instar des soins médicaux prodigués au roi maudit durant la Cène.

    Au II, dans la demeure abandonnée, la nature s’est invitée en un rassurant tapis d’herbe, occasion du manège de séduction de Kundry en beauté Années folles comme dans un jardin au clair de lune, devant un Parsifal plus intéressé par une balançoire et ses flèches que par la gent féminine.

    Le dernier acte signera enfin un climax dans l’idée de la destruction, summum de déréliction et choc visuel impitoyable quand sont projetées à l’arrière-plan de l’extase du Vendredi saint des scènes familières de la Grande Guerre, écho de l’idéal naturel profané par la bêtise humaine.

    © Suzanne Schwiertz

    Très évocatrices également, ces courtes vidéos en filigrane montrant les pieds nus d’un enfant marchant dans l’herbe au I, ceux d’un adolescent sur la route au II, et enfin des bottes de soldat au III, comme si la guerre était le seul chemin que prennent en pratique les idéaux, les convictions profondes de l’homme.

    Claus Guth suggère même que la guerre trouve presque toujours sa source dans le giron familial. Le seul salut possible viendra donc de l’intérieur : c’est autour du cercueil de leur père que tenteront de se réconcilier les frères ennemis, tandis qu’au dehors Parsifal, nouveau grand célébrant du Graal, happé par une confrérie sectaire, aura revêtu pour de bon l’uniforme, Kundry faisant ses valises devant l’obstination puérile des hommes à s’entretuer.

    L’idée force du spectacle n’en possède que plus de lucide pessimisme : l’homme a beau se réclamer de la grâce, il ne sait que faire la guerre pour elle ; et inversement, dans la guerre, il ne parvient jamais tout à fait à oublier son aspiration à la grâce. Ainsi de Klingsor et Amfortas, qui voudraient s’aimer mais s’affrontent, et qui, ennemis, devraient se haïr, mais n’arrivent qu’à s’aimer.

    À l’approche du 11 novembre, cette mise en scène confondante d’intelligence et de puissance visuelle offre avec son hypnotique décor tournant des résonances troublantes avec l’Histoire, et un authentique accomplissement dans son interrogation de la dramaturgie wagnérienne, que viendra renforcer une très belle exécution musicale.

    Tempi resserrés

    Daniele Gatti, tout d’abord, a nettement resserré ses tempi de Bayreuth – 4h05 contre les 4h40 de l’abîme mystique –, pour une lecture plus immédiate et nerveuse, moins fondue, toujours ample, large et respectueuse du sacré, mais à la dynamique renforcée et aux angles plus saillants – les rythmes pointés de la fin du II.

    La distribution n’est pas en reste non plus, à commencer par un plateau de Filles-fleurs aux voix fruitées et jamais poussées. D’une belle présence, d’un timbre au noyau assez fin, Yvonne Naef pourrait être une grande Kundry si elle canalisait plus un chant souvent dur dans la pleine voix, dont les aigus assassins gagneraient à plus de rondeur. Detlef Roth, d’ordinaire habile à les masquer par de justes intentions, ne parvient plus à dépasser ses limites vocales en Amfortas constamment sous tension.

    Format de vrai Heldentenor, le Parsifal de Stuart Skelton s’acquitte sans peine des éclats du rôle-titre, avec une projection impressionnante et une couleur qui reste toujours séduisante, mais gagnerait encore à moduler une émission parfois trop uniment éclatante. Contestable dans ses Wotan, Egils Silins est ici un Klingsor proche de l’idéal, au timbre écorché, noir et puissant dans ses imprécations.

    Très sonore et d’une présence accrue en scène, Pavel Daniluk devra revoir sa prononciation de l’allemand, mais en impose en Titurel, face à un Matti Salminen qui demeure l’un des meilleurs Gurnemanz de ces cinquante dernières années, tout en onction du timbre, en compassion, en maîtrise du souffle à la manière du grand sage. Et même si à 66 ans, l’aigu s’est tendu et l’émission empâtée, comment ne pas pleurer devant la bonté de ce doyen du Graal où passe l’expérience d’une vie en scène ?




    Opernhaus, Zürich
    Le 09/10/2011
    Yannick MILLON

    Reprise du Parsifal de Wagner dans la mise en scène de Claus Guth sous la direction de Daniele Gatti à l’Opéra de Zurich.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, festival scénique sacré en trois actes (1882)
    Livret du compositeur

    Coproduction avec le Gran Teatro del Liceu de Barcelone

    Chor und Orchester der Oper Zürich
    direction : Daniele Gatti
    mise en scène : Claus Guth
    décors & costumes : Christian Schmidt
    éclairages : Jürgen Hoffmann
    vidéos : Andi A. Müller
    préparation des chœurs : Jürg Hämmerli & Lev Vernik

    Avec :
    Detlef Roth (Amfortas), Pavel Daniluk (Titurel), Matti Salminen (Gurnemanz), Stuart Skelton (Parsifal), Egils Silins (Klingsor), Yvonne Naef (Kundry), Michael Laurenz (1. Gralsritter), Andreas Hörl (2. Gralsritter), Sen Guo (1. Knappe), Katharina Peetz (2. Knappe), Andreas Winkler (3. Knappe), Boguslaw Bidzinski (4. Knappe), Eva Liebau, Teresa Seldmair, Katharina Peetz, Sen Guo, Viktorjia Bakan, Irène Friedli (Blumenmädchen), Wiebke Lehmkuhl (Stimme von oben).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com