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CRITIQUES DE CONCERTS 22 mai 2018

Nouvelle production de Ring Saga de Richard Wagner, Graham Vick et Jonathan Dove dans une mise en scène d’Antoine Gindt et sous la direction musicale de Peter Rundel à la Cité de la Musique, Paris.

Un Ring à taille humaine
© Philippe Stirnweiss

Mieux qu’une saga, le Ring resserré par Graham Vick et Jonathan Dove est une expérience, celle d’une immersion totale, en à peine quarante-huit heures, dans la mythologie wagnérienne. La nouvelle production de T&M, mise en scène avec sensibilité et cohérence par Antoine Gindt, en restitue, mieux que bien des tentatives récentes et intégrales, l’intimisme et l’humanité.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 09/10/2011
Mehdi MAHDAVI
 



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  • En 1990, Graham Vick et Jonathan Dove osaient pour le City of Birmingham Touring Opera une Tétralogie sans circonlocutions philosophiques ni résumés des épisodes précédents – ceux-là mêmes que raillaient la comédienne Anna Russell dans son hilarante analyse du cycle wagnérien –, allégée en somme de tout frein à la narration. De quoi faire hurler les gardiens du temple. Mais c’est justement pour en faire sortir le Ring que cette version, à l’origine chantée en anglais, a été conçue.

    Ring Saga n’en demeure pas moins un projet d’envergure – et il aura fallu quatre ans à T&M, structure spécialisée dans la création et la diffusion d’œuvres contemporaines, pour le mener à bien. Car le metteur en scène et le compositeur ont conservé la structure en un prologue et trois journées, mais en resserrant chaque volet de manière à les représenter en quarante-huit heures, plutôt que sur une semaine. Ainsi, l’immersion est totale, et en cela fidèle à l’idée de festival scénique.

    Passer de quinze à neuf heures ne va cependant pas sans quelques douloureux sacrifices musicaux – et de ce point de vue les ciseaux ont été maniés sans états d’âme : le duo du III de Siegfried largement amputé, plus de Nornes ni de Vassaux… Non plus que d’un orchestre de plus de cent musiciens à une formation de dix-huit solistes – et plus précisément de soixante-quatre à six cordes.

    Si les équilibres des pages les plus vertigineusement symphoniques sont mis à mal par une texture trop étique, cette réduction éclaire par une mise à nu de la trame orchestrale et motivique l’intimisme de cette œuvre-monde, et partant l’humanité de la mythologie wagnérienne.

    Sous la direction preste et svelte, mais jamais dénuée de profondeur et de vigueur dramatique de Peter Rundel, le Remix Ensemble Casa da Música de Porto, plus familier de la création contemporaine que du grand répertoire lyrique, réalise sans les maniérismes des approches soi-disant chambristes actuellement en vogue, le fantasme d’un Wagner délivré des sombres pesanteurs d’une tradition germano-mystique.

    C’est une même dynamique qui anime la conception scénique d’Antoine Gindt. Un dispositif léger, adaptable à toutes les salles coproductrices, composé d’un plateau pentu scindé en deux, qui par d’infimes modulations devient fleuve, rocher, forêt ou palais, et d’un écran où Tomek Jarolim projette, trop sporadiquement sans doute, des images nostalgiques des prémices de l’ère numérique, à l’instar des costumes de Fanny Brouste, qui paient non sans naïveté leur tribut aux séries de science-fiction des années 1980.

    Dès lors, point de lecture historico-politico-philosophico-psychanalytique – mettez-le dans l’ordre, non exhaustif, que vous voudrez –, mais une narration à hauteur d’homme, constamment sensible et cohérente, sinon fulgurante, rythmée par de vraies solutions de théâtre, simples autant que belles, principalement dans Siegfried – toute la scène de la forêt, et notamment un dragon plus judicieux que dans bien des productions intégrales, Erda surgissant nue des entrailles de la terre.

    D’un engagement sans faille, le plateau vocal tient ce qu’il ne promettait pas nécessairement. Car même réduit en longueur et en volume sonore – qui n’est pas proportionnel au nombre de musiciens –, Wagner exige des formats, une endurance héroïques.

    Certains ne valent que par la silhouette : Alexander Knop, Donner et Gunther, à peine plus audible que Donatienne Michel-Dansac, Freia et Gutrune. Lionel Peintre nourrit d’Alberich la présence insidieuse, pas le timbre sinueux, sinon noir, tandis que Fabrice Dalis s’avère plus à l’aise en Mime pernicieux qu’en Loge persifleur.

    Des Filles du Rhin à la souplesse ensorceleuse – et quel Oiseau fait Mélody Louledjian ! –, Fasolt et Hunding (Martin Blasius), Fafner et Hagen (Johannes Schmidt), taillés dans le même bloc de granit. Et des jumeaux ardents : Marc Haffner, Siegmund d’une belle matière brute, Jihye Son, Sieglinde frémissante, lumineuse, mozartienne.

    Nora Petrocenko et Louise Callinan sont dans l’absolu trop claires pour Fricka et Erda, mais l’une et l’autre tiennent en haleine. Surtout face au Wotan d’Ivan Ludlow qui pour avoir de l’allure, un bel ambitus et un phrasé superbe, peine trop souvent à projeter un timbre noble mais sans métal.

    Deux révélations enfin. L’Américain Jeff Martin, qui ailleurs chante Monsieur Triquet et Pedrillo, parfois ose Loge et Florestan, est un Siegfried au bronze vibrant, déconcertant de tenue candide.

    Quant à Cécile de Boever, sa Brünnhilde laisse simplement pantois par la pugnacité d’un aigu de braise, et le don absolu d’une Immolation suffocante d’émotion. La fascination qu’exerce Wagner tient aussi à ce dépassement de soi, cette tension de l’humain vers le mythe, dont ce Ring, peut-être mieux que beaucoup d’autres, opposant d’emblée la barrière infranchissable de leur gigantisme, rend l’essence palpable.




    Cité de la Musique, Paris
    Le 09/10/2011
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Ring Saga de Richard Wagner, Graham Vick et Jonathan Dove dans une mise en scène d’Antoine Gindt et sous la direction musicale de Peter Rundel à la Cité de la Musique, Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Ring Saga, festival scénique en un prologue et trois journées d’après Der Ring des Nibelungen (1876)
    Version de Jonathan Dove et Graham Vick (1990)

    Remix Ensemble Casa da Música
    direction : Peter Rundel
    mise en scène : Antoine Gindt
    scénographie : Elise Capdenat
    costumes : Fanny Boost
    éclairages : Daniel Levy
    création numérique : Tomek Jarolim

    Avec :
    Mélody Louledjian (Woglinde / Gerhilde / Waldvogel), Jihye Son (Wellgunde / Sieglinde), Louise Callinan (Flosshilde / Erda), Donatienne Michel-Dansac (Freia / Gutrune), Nora Petrocenko (Fricka / Helmwige), Fabrice Dalis (Loge / Mime), Lionel Peintre (Alberich), Johannes Schmidt (Fafner / Hagen), Martin Blasius (Fasolt / Hunding), Alexander Knop (Donner / Gunther), Ivan Ludlow (Wotan / Wanderer), Marc Haffner (Siegmund), Cécile De Boever (Brünnhilde), Jeff Martin (Siegfried).

     



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