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CRITIQUES DE CONCERTS 17 novembre 2018

Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Paavo Järvi, avec la participation du violoniste Leonidas Kavakos à la salle Pleyel, Paris.

Hors des sentiers battus
© Mathias Bothor

En marge du grand répertoire mille fois rebattu, Paavo Järvi entraîne l’Orchestre de Paris dans deux œuvres méconnues, la première de son compatriote estonien Eduard Tubin, la seconde de Hans Rott, Viennois mort à 26 ans. Entre ces deux découvertes, Leonidas Kavakos offre une vision personnelle du Concerto pour violon de Tchaïkovski.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 12/10/2011
Claude HELLEU
 



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  • Remercions d’abord Paavo Järvi pour un programme novateur autour du célèbre Concerto pour violon de Tchaïkovski. L’ultime symphonie de son compatriote Eduard Tubin, laissée inachevée à sa mort en 1982 et terminée par le compositeur Kaljo Raid (1921-2005) en 1987 à la demande de Neeme Järvi, le père du directeur musical de l’Orchestre de Paris, ouvre un concert conclu sur la Symphonie en mi majeur de Hans Rott.

    Curiosité et intérêt du public ainsi sollicités connaissent des bonheurs divers. Allegro vivace, con spirito, les dix minutes du seul mouvement de la Symphonie n° 11 de Tubin pâtissent ici et là d’un manque de précision dans leur exécution. Un tutti orchestral au dynamisme entraînant annonce un souffle dévastateur.

    Brillant solo de timbales, vents et archets en alternance jouent de leurs couleurs. Mais aussi se chevauchent quelque peu. L’Orchestre de Paris n’a pas la précision réclamée par les grandes lignes de la partition. L’expressivité des mélodies s’en trouve amoindrie, leur élégance épaissie. Une absence de rigueur qui affaiblit puissance rythmique et lyrisme.

    De même, Hans Rott souffre quelque peu d’un manque d’homogénéité. Ce compositeur autrichien, dont Gustav Mahler disait le plus grand bien : « Des liens spirituels étroits nous unissaient [...] il est le fondateur de la symphonie nouvelle comme je la comprends. », mourut de sa folie hallucinatoire et de tuberculose à 26 ans.

    Il n’empêche. Si des références à Rott se trouvent dans certaines symphonies de Mahler – et sans ces mises au point, on pourrait croire à l’inverse –, qui hésiterait entre les deux musiciens ? L’heure que dure la symphonie présentée ce soir a des longueurs ignorées chez l’auteur du Chant de la terre. Composite, l’œuvre connaît de très beaux moments, d’autres si conventionnels qu’on s’en étonne.

    Mais Paavo Järvi les impose tous, sa battue large et clairement directive malaxant les grosses masses instrumentales du début, solennelles et sinistres, leur opposant ensuite rêveries et épisodes festifs et sarcastiques, les retrouvant dans un Finale hélas interminable où s’enchaînent des paroxysmes tonitruants dont aucun n’est le dernier.

    Mais dynamisme et expressivité entraînent des pupitres que la partition mettra collectivement en valeur, cuivres en tête, même si on aimerait plus de rondeur à leur justesse. Leur émergence d’un certain magma des archets dans le premier mouvement en éclaire l’épopée bruyante.

    Séduisent encore le timbalier, remarquable, les dissonances entre cuivres et cordes dans le deuxième mouvement, le déchaînement des contrebasses, prolongé par celui des violoncelles et des altos dans le troisième mouvement, les magnifiques solos des bois, rois de l’Orchestre de Paris, hautbois et flûte lumineux au début du quatrième, la fugue audacieuse entre les groupes instrumentaux.

    Entre les deux symphonies, Leonidas Kavakos a prêté au Concerto pour violon de Tchaïkovski un romantisme inhabituel de calme et de douceur. En parfaite osmose avec le chef et l’orchestre, tourné vers celui-ci, dos au public quand il ne joue pas, sa virtuosité sage se refusant à tout emportement, le violoniste se pénètre d’une interprétation dont l’intériorité s’intensifie peu à peu.

    La cadence expose mieux la profondeur des graves, les aigus effilés, purs et droits, au service d’une tendresse imprégnant leur agilité. Mais si conflit il y a dans l’accélération vertigineuse de l’orchestre et du soliste qui s’ensuit, celui-ci ne s’entend plus guère. Pour mieux réapparaître dans son duo avec les bois et le murmure de ses confidences – moment de grâce, Canzonetta au souffle léger. Puis se lancer au galop de l’Allegro final sans jamais élever le ton ni pour autant affaiblir sa fougue.

    Dans la salle Pleyel, pas un bruit ne gêne l’écoute de ce grand oiseau couleur de jais, barbe et cheveux indistincts de son costume également noirs. Leonidas Kavakos remercie le public par une sonate d’Ysaye où sa sensibilité et les sonorités de son Stradivarius Abergavenny 1724 subjuguent alors pleinement de leur personnalité.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 12/10/2011
    Claude HELLEU

    Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Paavo Järvi, avec la participation du violoniste Leonidas Kavakos à la salle Pleyel, Paris.
    Eduard Tubin (1905-1982)
    Symphonie n° 11
    Piotr Ilytch Tchaïkovski (1840-1893)
    Concerto pour violon en ré majeur op. 35
    Hans Rott (1858-1884)
    Symphonie en mi majeur
    Orchestre de Paris
    direction : Paavo Järvi

     


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