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CRITIQUES DE CONCERTS 24 février 2018

Concert du Russian National Orchestra sous la direction de Mikhail Pletnev, avec la participation du pianiste Nicolaï Luganski à la salle Pleyel, Paris.

Univers d’une soirée slave
© Harald Hoffmann

À la tête du Russian National Orchestra, premier orchestre indépendant de l’histoire de la Russie, fondé par ses soins en 1990 avec l’appui de Gorbatchev, Mikhaïl Pletnev est venu ravir la salle Pleyel des richesses slaves de son programme et de ses interprètes. Une soirée dont Nikolaï Luganski n’est guère le héros dans le légendaire Troisième Concerto de Rachmaninov.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 17/10/2011
Claude HELLEU
 



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  • Entendre enfin dans une salle parisienne le Pelléas et Mélisande de Jean Sibelius ! Nous avons eu ce moment rare grâce à l’Orchestre national de Russie et Mikhaïl Pletnev. Le brillant pianiste est devenu un chef d’orchestre dont la musicalité rayonne. Jambes jointes, concentré, sans baguette, son investissement calmement maîtrisé entraîne ses musiciens dans toutes les nuances d’une partition si belle et pleine d’expressivité.

    Gravité sinistre, encore un peu confuse Devant la porte du château, l’orchestre n’a pas encore chauffé ses archets et pèche par manque d’homogénéité, mais le climat s’instaure, volontairement uniforme, inquiétant, avant Mélisande et le chant du cor anglais solo.

    Confidences des bois, mélodies troublantes, intermèdes moins inquiétants, instabilité des atmosphères au fil des scènes et selon les pupitres tous pénétrés de leur expressivité, la respiration de l’orchestre s’impose sous une direction toujours aussi paisiblement assurée. Musique de scène, la suite de Sibelius justifie pleinement ce titre ainsi personnifiée.

    Le Concerto pour piano n° 3 de Rachmaninov s’ouvre sur une page prometteuse d’infinis émois. La cantilène du pianiste annonce un miracle. Avec le même naturel, Nikolaï Luganski fusionne aussitôt avec l’orchestre. Celui-ci, peu resté dans un rôle d’accompagnateur, l’intègre tel un de ses pupitres. Ensemble, ils partageront les élans d’une partition exaltante, et ce serait un enlacement fascinant si le soliste ne se retrouvait alors trop souvent en deçà de son rôle.

    La sonorité du pianiste n’a pas l’ampleur pour s’imposer. Les basses, certes belles, manquent de profondeur. La main gauche souvent disparaît. Nombre de traits brillantissimes émergent à peine des moments de plénitude. Les fameux accords acrobatiques se suivent mieux à la vue de l’agilité vertigineuse des mains de Luganski qu’à son écoute.

    La technique ne connaît aucune faille mais ses couleurs se perdent, d’autant qu’une pédale trop présente en brouille quelque peu les nuances. Les éblouissantes cadences, où l’on retrouve la virtuosité et la finesse du toucher mais aussi les limites de la sonorité du pianiste, en pâtissent quelque peu.

    Rétrécir les univers sonores d’un des concertos les plus romantiques du répertoire, c’est amoindrir la richesse de ses harmonies, ne pas transcender leur expressivité, la dramaturgie des univers changeants. Si le très joli toucher reprend son pouvoir mélodique dans les moments de sérénité méditative, faute de puissance, il ne rend pas pleine justice aux moments diaboliques de son lyrisme.

    Mais la précision jamais bruyante du jeu, idéale notamment dans les prouesses des martèlements du finale et la fusion de ses accélérations avec l’orchestre, relativisent ces réticences. Qui expliquent que certains n’aient pas partagé l’enthousiasme délirant du public pour cette interprétation.

    De Tchaïkovski, le Lac des Cygnes arrangé par Mikhaïl Pletnev suscite des sensations agréablement diverses au fil des morceaux, tirés essentiellement du premier acte du célèbre ballet. Comme la voix d’un chanteur qui s’épanouirait, celle du Russian National Orchestra s’est chauffée et donne sa pleine mesure, de plus en plus homogène et expressive.

    Appels de vents, tourbillons de cordes, tutti cuivrés, solo de harpe repris par le premier violon dans un duo inspiré, autres et multiples soli, de violoncelle, de flûte, de violon plus rituellement, dialogues entre cordes et bois s’épanouissent. Pletnev a repris sa baguette et toujours aussi tranquillement et clairement engagé, dirige par cœur une partition faite sur mesure pour mettre en valeur à tour de rôle tous les pupitres de son orchestre.

    Douceur, amour, orage, danse, désespoir et mort : fidèle aux mélodies et au XIXe siècle, son arrangement de la musique de Tchaïkovski pourrait en être contemporain et jamais n’agresse ni ne trahit. On regrette seulement que les vents réunis pour le dernier chant soient trop lourds : le cygne a pris du poids.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 17/10/2011
    Claude HELLEU

    Concert du Russian National Orchestra sous la direction de Mikhail Pletnev, avec la participation du pianiste Nicolaï Luganski à la salle Pleyel, Paris.
    Jean Sibelius (1865-1957)
    Pelléas et Mélisande
    Sergueï Rachmaninov (1873-1943)
    Concerto pour piano n° 3 en ré mineur
    Nikolaï Luganski, piano
    Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Le Lac des cygnes
    Suite arrangée par Mikhaïl Pletnev
    Russian National Orchestra
    direction : Mikhaïl Pletnev

     


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