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CRITIQUES DE CONCERTS 09 juillet 2020

Première à l’Opéra du Rhin de la Bohème de Puccini mise en scène par Robert Carsen, sous la direction de Stefano Ranzani.

L’enfance poétique
© Alain Kaiser

De mĂŞme que le cycle Janáček de Robert Carsen, que l’OpĂ©ra du Rhin reprend et complète, sa mise en scène de la Bohème a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e Ă  l’OpĂ©ra de Flandre dans les annĂ©es 1990. Et porte dĂ©jĂ  sa signature, plus Ă©purĂ©e et surtout poĂ©tique que dans ses rĂ©alisations rĂ©centes. En accord parfait, la direction de Stefano Ranzani parvient Ă  pallier les faiblesses du plateau.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 30/10/2011
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Du plateau, rien Ă  sauver. Ou du moins trop peu. Le BenoĂ®t, l’Alcidoro sympathiquement replets de RenĂ© Schirrer, le Colline sans grands airs de basse profonde, si simplement rĂ©confortant de Dimitri Pkhaladze, valent certes plus que des comprimarii. Yuriy Tsiple surtout, Schaunard enjouĂ© et percutant, qui dès son entrĂ©e fait de l’ombre au Marcello au mieux exotique de Thomas Oliemans, bon diseur et fin musicien, mais dont le baryton au grain serrĂ© et mat a tendance, soit Ă  remonter dans le nez, soit Ă  s’étouffer.

    Cela fait d’autant moins une Bohème qu’Agnieszka Slawinska piaille sa Musetta, ou l’enfle pour lui donner consistance au IV. Et puis on a rarement entendu couple plus avare de séduction, de jeunesse même, que celui formé par Enrique Ferrer et Virginia Tola.

    Lui a pour Rodolfo un certain éclat dans le médium, qu’il se garde d’ailleurs d’assombrir, mais l’émission s’avère rapidement trop chaotique pour que l’aigu ne vire pas à la tôle ondulée, incolore et forcé. Elle, touchante lorsqu’une dynamique sensible contient les irrégularités du vibrato, n’est qu’une Mimi prématurément fanée, stridente à plein régime, et plafonnant à peine moins qu’une Tebaldi en fin de carrière.

    Pourtant, cette Bohème atteint son but. Grâce d’abord à Stefano Ranzani, dont la direction preste, millimétrée et idiomatique par le soin porté au naturel de la prosodie, évite toute complaisance pseudo-pucinienne, sans pour autant tomber dans une démonstration objective de musique pure. Car c’est bien de théâtre qu’il s’agit, sous-tendu par des climats variés et superbement caractérisés, où l’Orchestre symphonique de Mulhouse révèle, concentré et réactif, des textures, sinon une luxuriance, qui contrastent avec son habituelle sécheresse.

    © Alain Kaiser

    Grâce aussi Ă  la mise en scène de Robert Carsen, importĂ©e, Ă  l’instar du cycle Janáček que Marc ClĂ©meur reprend et poursuit Ă  l’OpĂ©ra du Rhin, de l’OpĂ©ra de Flandre, d’oĂą le Canadien conquit l’Europe. Souvenir d’une Ă©poque oĂą l’illusionniste, l’habile, le brillant faiseur que les plus grands théâtres dĂ©sormais s’arrachent, parce qu’il est synonyme de modernitĂ© chic – et de plus en plus souvent toc –, Ă©tait encore poète. Et il faut avoir l’âme artiste pour prĂ©server la Bohème du clichĂ©.

    Idée lumineuse pour le premier acte, et les trois suivants qui en découlent : libérer l’espace de tout naturalisme, qui conduit souvent à dilater la mansarde sur des plateaux trop vastes, en un fatras d’accessoire – le penthouse de Jonathan Miller à l’Opéra Bastille, pour ne rien dire de Zeffirelli ou de ses épigones –, pour mieux concentrer l’attention sur un carré exigu, où tiennent à peine un piano, un lit, une table, un poêle. Autour, le vide de pages blanches amoncelées.

    Pour le Café Momus, Carsen le remplit, en démultipliant la mansarde : fourmilière d’artistes, réchauffée aux couleurs de Toulouse-Lautrec, recréées par les lumières de Jean Kalman. Déjà s’y déployait une armée de figurants, pour en mieux déshabiller les éphèbes les plus musculeux – facilité devenue procédé –, quand d’un Quando me n’vò Musetta érotise l’assemblée. La Barrière d’Enfer ensuite se dépouille, de sa foule mal réveillée dans un matin glacé, pour une nuit avinée où les voix font cruellement défaut, dès lors que la scène mise à nu expose leurs carences.

    Pour la mansarde du IV, les feuilles blanches ont laissé la place à des milliers de jonquille, retour de l’insouciance avec le printemps. Le lit, le piano ont été vendus, brûlés peut-être. Nos bohèmes sont moins artistes qu’enfants. Par la mort de Mimi, la réalité s’immisce, brutale. C’est ce qu’il leur fallait pour devenir adultes, quitter ce nid exigu. Expérience fondatrice, dans laquelle Rodolfo, poète jusqu’alors autoproclamé, peut tremper sa plume.




    Prochaines représentations :
    À Strasbourg les 2, 4 et 8 novembre, à Mulhouse les 18 et 20 novembre




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 30/10/2011
    Mehdi MAHDAVI

    Première à l’Opéra du Rhin de la Bohème de Puccini mise en scène par Robert Carsen, sous la direction de Stefano Ranzani.
    Giacomo Puccini (1858-1924)
    La Bohème, opéra en quatre tableaux (1896)
    Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après le roman Scènes de la vie de bohème de Henry Mürger

    Chœurs et Maîtrise de l’Opéra national du Rhin
    Orchestre symphonique de Mulhouse
    direction : Stefano Ranzani
    mise en scène : Robert Carsen, remontée par Frans de Haas
    décors et costumes : Michael Levine
    Ă©clairages : Jean Kalman

    Avec :
    Virginia Tola (Mimi), Enrique Ferrer (Rodolfo), Agnieszka Slawinska (Musetta), Thomas Oliemans (Marcello), Yuriy Tsiple (Schaunard), Dimitri Pkhaladze (Colline), René Schirrer (Benoît, Alcindoro), Seung Bum Park (Parpignol), Mario Brazitzov (Sergente dei doganieri), Jaesun Ko (un Doganieri).

     



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