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CRITIQUES DE CONCERTS 20 octobre 2018

Concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Jukka-Pekka Saraste, avec la participation de la soprano Christine Schäffer à la salle Pleyel, Paris.

Terne sagesse, irrésistible révolte

Un programme magnifique, servi de manière irrégulière par le Philharmonique de Radio France et Jukka-Pekka Saraste : si les trop rares Illuminations de Britten sur les poèmes de Rimbaud demeurent plutôt ternes, y compris chez une Christine Schäfer très uniforme, la Huitième Symphonie de Chostakovitch connaît un dramatisme poignant et révolté.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 04/11/2011
Claude HELLEU
 



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  • Triomphe pour Jukka-Pekka Saraste et l’Orchestre philharmonique de Radio France à l’issue de leur interprétation de la Symphonie n° 8 de Chostakovitch. D’emblée, les musiciens s’engagent dans le drame de l’impressionnant Adagio initial. Liés aux violoncelles, les huit contrebasses ont pris l’ampleur qui manquait aux quatre présentes dans les Illuminations de Britten précédemment jouées.

    Les alti, seconds et premiers violons se désolent d’une même voix, leurs couleurs respectives parfaitement distinctes. Les cuivres graves, les flûtes, agressives juxtaposent leurs timbres, exacerbant le sinistre climat. Soliste de cette musique désolée, le cor anglais en exalte l’âme.

    D’une battue sobre et précise, Jukka-Pekka Saraste portera à son incandescence la Huitième Symphonie, bouleversant oratorio sans paroles sous cette expressivité cruelle. Inspiré par les horreurs de la guerre à Chostakovitch en 1943, le chef ressuscite pleinement ce soir ses évocations dantesques.

    Conduite inexorable de la marche hallucinée des instruments jusqu’au chaos d’un climax orchestral terrifiant, demeuré magistralement clair, éclats des cuivres soudains et effrayants, déchirures sèches, suffocantes, stridences du piccolo, accélération fatidique des événements jumellent le pessimisme et la précision des sonorités et des rythmes.

    Course à l’abîme de l’Allegretto martelé, sorte de danse infernale qu’une flûte sarcastique commente sur un ostinato pesant, bientôt rejointe par des cuivres guerriers. Allegro non troppo infernal, les groupes de cordes s’entrechoquent, les bois crient, tous et chacun s’impliquent dans le paroxysme de cette violence parfaitement maîtrisée.

    Tension sans la moindre faille, fièvre contagieuse habiteront de même le temps suspendu d’un Largo découragé, le Finale de mort aux accents tragiques. Si l’écriture de la symphonie – l’œuvre de Chostakovitch que Sviatoslav Richter estimait sa page la plus magistrale – permet à ses interprètes de donner leur pleine mesure et même de se dépasser, Saraste et le Philhar en transcendent en outre le témoignage bouleversant.

    Auparavant, la sage interprétation des Illuminations de Britten ne les avait guère… illuminées. Christine Schäfer et l’orchestre de cordes récitent plus qu’ils n’interprètent les dix mélodies inspirées au compositeur par Arthur Rimbaud, les privant de leurs subtilités entrelacées, contrastes et images effacés.

    La soprano, au joli timbre dans les aigus, se banalise dans le médium et ne s’entend plus dans les graves. Désinences avalées, les évocations uniformes se succèdent. L’homogénéité des cordes laisse à désirer, contrebasses et violoncelles sans profondeur. Dans ses soli, le premier violon n’affirme pas assez sa sensibilité.

    Le premier moment de poésie visionnaire nous est donné par le solo du premier alto, grâce auquel nous échappons à la fadeur d’un cycle où Villes et Marine se ressemblent. Et pourtant, quelle belle occasion de découvrir un répertoire à tort méconnu, dont la sensualité et la densité s’allient à une transparence de la polyphonie au raffinement exemplaire !




    Salle Pleyel, Paris
    Le 04/11/2011
    Claude HELLEU

    Concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Jukka-Pekka Saraste, avec la participation de la soprano Christine Schäffer à la salle Pleyel, Paris.
    Benjamin Britten (1913-1976)
    Les Illuminations pour soprano et orchestre à cordes op. 18 (1939)
    Textes d’Arthur Rimbaud
    Christine Schäfer, soprano
    Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
    Symphonie n° 8 en ut mineur op. 65 (1943)
    Orchestre philharmonique de Radio France
    direction : Jukka-Pekka Saraste

     


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