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CRITIQUES DE CONCERTS 18 octobre 2018

Nouvelle production de Manon de Massenet dans une mise en scène de Coline Serreau et sous la direction d’Evelino Pidò à l’Opéra de Paris.

Massacre à la tronçonneuse
© Charles Duprat

Faute d’inspiration pour saluer le centenaire de Jules Massenet, Coline Serreau se livre à un puéril, révoltant et pathétique jeu de massacre ridiculisant la nouvelle production de Manon à la Bastille. Une soirée d’horreur(s) émaillée de copieuses coupures, où Natalie Dessay parvient à sauver l’honneur par sa dignité et où Franck Ferrari s’impose en Lescaut.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 10/01/2012
Monique BARICHELLA
 



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  • Cette nouvelle Manon affichée par l’Opéra de Paris pour commémorer le centenaire de Massenet est un bien étrange hommage au compositeur. Pendant toute la représentation, le spectacle signé par Coline Serreau qui, d’évidence, déteste et méprise l’ouvrage, nous plonge autant dans la fureur que la consternation.

    Comment peut-on accumuler autant de platitude, de bêtise, de vulgarité et de laideur pour dénaturer et ridiculiser l’une des œuvres les plus délicates de notre répertoire ? En un quasi demi-siècle de fréquentation assidue de la Grande Boutique, on n’a pas le souvenir d’un tel niveau zéro artistique.

    On a pesté sur certaines relectures trop radicales, parfois obscures, sur certains contresens choquants, et inversement sur la désuétude de productions insignifiantes, maladroites et ternes, mais cette Manon bat tous les records de nullité dans la mesure où elle ne propose strictement rien : ni concept ni la moindre idée dramatique sur des personnages totalement laissés à l’abandon. Tout y est faux, artificiel, hors de propos, des décors de Jean-Marc Stehlé et Antoine Fontaine aux costumes pour la plupart hideux d’Elsa Pavanel.

    Des costumes se référant à toutes les époques, allègrement mélangées dans un fouillis indescriptible, et qui auraient couté une somme tellement astronomique qu’on n’ose l’écrire tant elle nous semble impensable, surtout par les temps qui courent. Et ces désordres vestimentaires n’ont pas même le mérite d’être carnavalesques ou un minimum festifs : cette grotesque accumulation de laideur et de mauvais goût est pitoyablement sinistre.

    Tout comme la tenue et la coiffure punk de Lescaut et des deux gardes mêlés aux costumes d’inspiration XVIIIe ; Manon en robe traditionnelle débarquant d’un bus et enfourchant une moto pour s’enfuir avec Des Grieux, en sosie de Martine Carol dans Nana au Cours-la-Reine parmi les drag-queens et autres tenues SM, ou encore en émule de Lulu, tignasse rouquine à l’hôtel de Transylvanie.

    Et que dire des bigotes sur patins à roulettes à Saint-Sulpice ou du cortège de militaires de toutes les époques depuis l’armée romaine en guise d’archers escortant Manon sur la route du Havre au dernier tableau ? Rétrospectivement, on s’en veut presque d’avoir été aussi sévère avec le Faust de Jean-Louis Martinoty qui, du moins, avait le mérite d’un concept, d’une réflexion et d’un vrai travail.

    Mais on s’interroge : comment un directeur de théâtre de l’envergure de Nicolas Joel, dont les productions personnelles se sont toujours signalées par leur élégance et leur respect de l’œuvre, a-t-il pu cautionner un projet aussi inepte quand il en a pris connaissance ?

    Pourtant, le plus grand scandale est celui du tronçonnage de la partition, émaillée de nombreuses coupures rendant le livret incompréhensible. Il ne reste par exemple quasiment rien du rôle de Guillot. Dans la mesure où manque la fin du I où il déclare « je veux être vengé de cette perfidie » et qu’une grande partie du Cours-la-Reine passe à la trappe, on ne comprend plus ni son acharnement, ni pourquoi il murmure à la belle « je vous avais bien dit que je me vengerais » quand il la fait arrêter.

    Dans un rôle idéal pour ses moyens, Frank Ferrari domine le plateau. Le Comte Des Grieux de Paul Gay est bienvenu, Luca Lombardo est parfait dans le trop peu qui lui reste et les trois cocottes sont irréprochables. Après deux actes honorables, Giuseppe Filianoti chante de plus en plus en force et avec de fréquents écarts d’intonation.

    Dans une salle beaucoup trop grande pour elle, Natalie Dessay assume crânement le rôle-titre où on l’avait connue nettement plus à l’aise au Liceu de Barcelone dans la production de McVicar il y a bientôt cinq ans. À la Bastille, la voix manque d’étoffe dans le médium, même si l’aigu passe la rampe sans problème. On lui doit néanmoins les deux uniques minutes d’émotion de la soirée quand Manon chancelante, tel un petit oiseau apeuré, transi par le froid, retrouve son Chevalier lors de la scène finale.

    Alors qu’on avait été séduit par l’idiomatisme et la justesse de sa direction dans Faust à Covent Garden à l’automne, même Evelino Pidò ne rend guère justice à la délicatesse de la partition de Massenet, souvent malmenée avec une brutalité et un manque de raffinement eux aussi fatals. Pauvre Manon !




    Opéra Bastille, Paris
    Le 10/01/2012
    Monique BARICHELLA

    Nouvelle production de Manon de Massenet dans une mise en scène de Coline Serreau et sous la direction d’Evelino Pidò à l’Opéra de Paris.
    Jules Massenet (1842-1912)
    Manon, opéra comique en cinq actes et six tableaux (1884)
    Livret d’Henri Meilhac et Philippe Gille d’après le roman de l’Abbé Prévost

    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Evelino Pidò
    mise en scène : Coline Serreau
    décors : Jean-Marc Stehlé & Antoine Fontaine
    costumes : Elsa Pavanel
    préparation des chœurs : Patrick Marie Aubert

    Avec :
    Natalie Dessay (Manon), Giuseppe Filianoti (le Chevalier Des Grieux), Frank Ferrari (Lescaut), Paul Gay (le Comte Des Grieux), Luca Lombardo (Guillot de Morfontaine), André Heyboer (De Brétigny), Olivia Doray (Poussette), Carol Garcia (Javotte), Alisa Kolosova (Rosette), Christian Tréguier (l’Hôtelier), Alexandre Duhamel, Ugo Rabec (deux gardes).

     



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