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CRITIQUES DE CONCERTS 21 novembre 2018

Reprise de la Dame de Pique de Tchaïkovski dans la mise en scène de Lev Dodin, sous la direction de Dmitri Jurowski à l’Opéra de Paris.

La métamorphose d’Hermann
© Elisa Haberer

Distribution d’une très belle homogénéité pour cette reprise de la Dame de Pique selon Lev Dodin à la Bastille. N’était une Lisa au timbre de plus en plus altéré, une équipe vocale solide voit triompher l’Hermann littéralement métamorphosé de Vladimir Galouzine tandis que dans la fosse, le benjamin de la dynastie Jurowski fait des débuts prometteurs.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 19/01/2012
Yannick MILLON
 



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  • Treize ans et trois reprises après sa création, la Dame de Pique tripatouillée et délocalisée dans un asile par Lev Dodin divise toujours autant le public de l’Opéra de Paris, comme en témoignent les huées accueillant le metteur en scène, venu retravailler l’ouvrage à la Bastille quand tant d’autres délèguent la tâche à leurs assistants.

    Le DVD du spectacle avait retenu notre attention. En salle, sans les gros plans soigneusement sélectionnés, la production aurait tendance à perdre en immédiateté. Et si le concept – la transposition dans l’espace mental d’Hermann, nettement plus proche de Pouchkine que du livret de Modest Tchaïkovski – n’a rien perdu de son audace en labourant l'un des plus intéressants sillons de l’intrigue, le spectacle dans sa continuité peine à entretenir constamment l’attention.

    Un certain statisme se dégage ainsi de l’ensemble, où filtre pourtant un vrai climat, poignant par la détresse et la confusion mentale du héros, l’acharnement d’un entourage malveillant, jubilant presque à le voir réduit à un simple fou parmi les fous. Et la scénographie reste d’autant plus valable qu’elle ne sombre à aucun moment dans le misérabilisme ou la laideur érigée en système de tant de relectures souvent venues d’outre-Rhin.

    Le point fort de cette reprise réside donc avant tout dans la puissance dramatique de son exécution musicale. Seule source de déception, la Lisa d’Olga Guryakova, dont le chant de plus en plus monolithique ne parvient plus à séduire dans un emploi où les délicatesses valent bien autant que le volume. Émission trop large, timbre induré, tendance à passer en force, on ne s’étonne même pas d’un si aigu un bon quart de ton trop bas.

    En revanche, on ne tarira pas d’éloges sur l’Hermann de Vladimir Galouzine, fixé dans les mémoires avec tant d’irrégularités que l’on reçoit comme un choc ce chant littéralement métamorphosé, toujours aussi électrisant mais débarrassé des scories qui l’ont si souvent entaché. La projection reste phénoménale, le timbre a perdu de son engorgement au profit d’un surcroît de clarté, et la ligne a gagné en nuance, en souplesse, sans que l’incarnation perde en prestance, en impact physique. Une telle mue dans une carrière aussi avancée laisse pantois.

    Ludovic Tézier offre toujours une leçon de chant, conduite admirable des phrases et du souffle, timbre d’une parfaite égalité, et même si cet art scrupuleux n’a jamais collé le frisson, il sert ici au mieux la noblesse un rien distante du Prince Eletski, trop corseté pour que Lisa termine dans ses bras. Nettement plus jeune que l’ordinaire, la Comtesse de Larissa Diadkova réaffirme les qualités d’une voix bien centrée, au petit noyau, ne ressortissant pas au registre du mort-vivant vocal.

    Evgeni Nikitin, parfait dans le registre baryton clair, darde ses aigus comme à la parade dans les Try Karty de Tomski, tandis que parmi des seconds rôles dans l’ensemble très bien tenus se signale à notre oreille le timbre franc du collier du Tchekalinski de Martin Mühle.

    Pour ses débuts à l’Opéra de Paris, Dmitri Jurowski, petit dernier de sa lignée, délivre quelques fulgurances d’anthologie et une pâte sonore bien creusée – éducation musicale allemande, ceci expliquant cela – exaltant les moments clé du drame – un chœur final, une conclusion des cordes prenant aux tripes –, saisissants par leur legato, leur soutien, leurs cuivres et leurs timbales magnifiquement mis en valeur – duo du I, suicide de Lisa.

    On regrette d’autant plus une tendance à négliger çà et là les épisodes de demi-caractère – un Chœur des petits soldats, une Pastorale imprécis et ahanés –, voire à expédier sans vraiment les tenir les traits virtuoses, engendrant un certain nombre de décalages plateau-fosse. Et pourtant, les chœurs trouvent une belle articulation, un mordant qu’on avait fini par oublier.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 19/01/2012
    Yannick MILLON

    Reprise de la Dame de Pique de Tchaïkovski dans la mise en scène de Lev Dodin, sous la direction de Dmitri Jurowski à l’Opéra de Paris.
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Pikovaïa Dama, opéra en trois actes et sept tableaux (1890)
    Livret de Modest Tchaïkovski d’après Pouchkine

    Coproduction avec le Nederlandse Opera d’Amsterdam et le Teatro comunale de Florence

    Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris
    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Dmitri Jurowski
    mise en scène : Lev Dodin
    décors : David Borovsky
    costumes : Chloé Obolensky
    éclairages : Jean Kalman
    préparation des chœurs : Alessandro Di Stefano

    Avec :
    Vladimir Galouzine (Hermann), Evgeny Nikitin (Comte Tomski), Ludovic Tézier (Prince Eletski), Martin Mühle (Tchekalinski), Balint Szabo (Sourine), Fernando Velasquez (Tchaplitski), Yves Cochois (Naroumov), Larissa Diadkova (la Comtesse), Olga Gurakova (Lisa), Varduhi Abrahamyan (Pauline), Nona Javakhidze (Macha), Robert Catania (le Maître de cérémonie).

     



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