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CRITIQUES DE CONCERTS 10 décembre 2019

Première Ă  l’OpĂ©ra du Rhin de la Kátia Kabanová de Janáček mise en scène par Robert Carsen, sous la direction de Friedemann Layer.

Apothéose lacustre
© Alain Kaiser

Maillon jusqu'ici le plus incontestable du cycle Janáček de Robert Carsen Ă  l’OpĂ©ra du Rhin, cette Kátia Kabanová en forme de ballet aquatique d’amour et de mort, outre sa mise en scène merveilleusement Ă©vocatrice, bĂ©nĂ©ficie de la meilleure Ă©quipe musicale des trois volets dĂ©jĂ  entendus, entre une distribution impeccable et une direction au souffle canalisĂ©.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 21/01/2012
Yannick MILLON
 



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  • MĂŞme si l’Affaire Makropoulos avait un peu moins fait l’unanimitĂ© que Jenůfa et que cette Kátia, le cycle Janáček de Robert Carsen importĂ© en partie de l’OpĂ©ra de Flandre et prĂ©sentĂ© sur quatre saisons par l’OpĂ©ra du Rhin – la Petite Renarde devrait boucler la boucle en 2012-2013 – n’avait jusqu’ici déçu qu’en raison des lacunes de ses forces musicales.

    Cette fois, aucune réserve ne vient ternir les sublimes images aquatiques du metteur en scène canadien, grâce notamment à une distribution parmi les plus homogènes qu’on ait entendues dans l’ouvrage, et qui a trouvé en Andrea Danková une titulaire du rôle-titre absolument remarquable.

    Native de Slovaquie et donc rompue aux consonnes si particulières de la langue tchèque, la soprano est une Kátia qui, passé quelques instants initiaux un rien incertains, prend son envol dès la deuxième scène avec un frémissement, un engagement et une fragilité lumineuse absolument merveilleuses, délivrant des aigus radieux de féminité brisée, investissant chaque réplique au point de rendre le surtitrage superflu.

    Loin des habituelles contraltos slaves aux voix de poitrine gigantesques, Julia Juon campe une Kabanicha sopranisante, au timbre coupant, figure desséchée et intraitable qui en scène évoquerait une Isabelle Huppert rongée et décatie.

    Dans un emploi souvent sacrifié, Anna Radziejewska est une Varvara espiègle dans son incitation au péché, touchante dans son appel à la liberté, et portée par une émission pleine de ferveur. Toujours aussi frappant de projection tout métal dehors, Oleg Bryjak est un Dikoï idéalement brutal et infect.

    On notera aussi le nuancier impeccable dans la distribution des ténors, du charmant Koudriach aux pointes de couleur latine d’Enrico Casari au grand lyrique superbement déployé du Boris de Miroslav Dvorsky, vigoureux d’accents et d’élocution, en passant par le Tikhon de Guy de Mey, exactement à mi-chemin des deux précédents, veule à souhait, dont les velléités d’indépendance sont immanquablement broyées par une mère abusive.

    © Alain Kaiser

    Surtout, Friedemann Layer, dont la battue tonitruante avait desservi tant Jenůfa que Makropoulos, semble avoir trouvĂ© la bonne tempĂ©rature et une canalisation du geste salutaires pour ce dernier opĂ©ra de tradition de Janáček. Il faut dire aussi que la pâte sonore large privilĂ©giĂ©e par le chef autrichien trouve dans les derniers effluves de romantisme de Kátia un terrain d’accomplissement nettement supĂ©rieur. Sentiment d’arche, ample respiration et silences habitĂ©s, le souffle tragique est omniprĂ©sent, sans dĂ©bordements outranciers.

    Il est jusqu’à l’Orchestre symphonique de Mulhouse, un rien fragile d’embouchure chez les cuivres, de porter admirablement la battue, aussi éloquent dans les envolées que dans l’obstination des trépignements rythmiques, avec des timbres individualisés et juste assez acérés, sans écraser cette fois à aucun moment le plateau.

    Quant à la mise en scène de Robert Carsen, elle compte parmi ses plus incontestables réussites, et fait le choix d’un retour à l’élémentaire et en l’occurrence à la Volga si présente dans le livret du compositeur basé sur la pièce d’Ostrovski, avec des éclairages de toute beauté rappelant rien moins qu’un Bob Wilson.

    Une vaste étendue lacustre structurant divers espaces par le biais de caillebotis déplacés par des créatures aquatiques en forme de doubles de Katia, qu’on imagine être d’anciennes suicidées, permet des changements de dispositif scénique à vue en occupant les transitions musicales avec la plus grande habileté.

    Formes géométriques, du rectangle figurant la maison des Kabanov aux lignes parallèles des pontons séparés par l’eau à la scène finale, symbolisant l’éloignement inéluctable des amants, le visuel émerveille à chaque instant, diffusant les reflets de l’onde jusque sur le plafond de la salle et ses balcons, mais aussi sur un cyclo donnant un sentiment d’immersion aussi fascinant que caractéristique de l’enfermement claustrophobe dont souffre la jeune femme. Une production d’anthologie pour l’Opéra du Rhin.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 21/01/2012
    Yannick MILLON

    Première Ă  l’OpĂ©ra du Rhin de la Kátia Kabanová de Janáček mise en scène par Robert Carsen, sous la direction de Friedemann Layer.
    Leoš Janáček (1854-1928)
    Kát’a Kabanová, opéra en trois actes (1922)
    Livret du compositeur d’après l’Orage d’Alexander Ostrovski

    Production de l’Opéra de Flandre

    Chœurs de l’Opéra national du Rhin
    Orchestre symphonique de Mulhouse
    direction : Friedemann Layer
    mise en scène : Robert Carsen
    décors & costumes : Patrick Kinmonth
    Ă©clairages : Robert Carsen & Peter Van Praet
    chorégraphie : Philippe Giraudeau
    préparation des chœurs : Michel Capperon

    Avec :
    Oleg Bryjak (Dikoï), Miroslav Dvorsky (Boris), Julia Juon (Kabanicha), Guy de Mey (Tikhon), Andrea Danková (Kátia), Enrico Casari (Koudriach), Anna Radziejewska (Varvara), Peter Longauer (Kouliguine), Nadia Bieder (Glacha), Yasmina Favre (Fiekloucha), Violeta Poleksic (une femme).

     



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