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CRITIQUES DE CONCERTS 14 août 2018

Nouvelle production d’une version de chambre de Kátia Kabanová de Janáček dans une mise en scène d’André Engel et sous la direction d’Irène Kudela au Théâtre des Bouffes du Nord, Paris.

Pourquoi les gens ne volent-ils pas ?

Bien sûr, il manque l’orchestre de Janáček, mais cette version de chambre de Kátia Kabanová touche à la vérité profonde de cette tragédie de la banalité. Car André Engel a pris le temps, dans le cadre de la Fondation Royaumont, de faire surgir les personnages de l’espace propre aux corps chantants. Intime et écorché, le Théâtre des Bouffes des Nord fait l’effet d’une loupe.
 

Théâtre des Bouffes du Nord, Paris
Le 17/01/2012
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Face à l’objet opéra, la plupart des metteurs en scène de théâtre nourrissent sensiblement les mêmes réticences, si ce n’est les mêmes craintes. C’est qu’il leur faut dompter le rythme. Non seulement celui que la musique impose, mais aussi celui de production. Une fois les répétitions commencées, l’heure n’est plus à la recherche, ni à l’improvisation. Temps nécessaire, pourtant, à l’inscription du corps chantant dans son espace propre, où germera le personnage – à moins de se contenter d’une simple mise en place, ou de soumettre l’interprète à la loi du concept, ce qui, dans un cas comme dans l’autre, revient à le traiter en pantin.

    Ce temps, André Engel le prend, hors du cadre traditionnel de la représentation, à l’abbaye de Royaumont. Ainsi, le metteur en scène a préparé ses deux plus récentes productions d’opéras, « sous les frondaisons, dans le parc et les jardins à côté des ruines ou face à un bâtiment ». Mises à l’épreuve, non du plateau, mais de jeunes chanteurs professionnels, les œuvres se révèlent, à travers une expérience organique du texte, de la musique – sous la responsabilité d’Irène Kudela – et du mouvement, dans toute leur épaisseur humaine.

    C’est ce travail sur Kátia Kabanová de Janáček dont Engel présente l’aboutissement. Non que quelque chose se soit perdu de la spontanéité, du naturel des stagiaires lorsqu’Emily Magee, Deborah Polaski, Klaus Florian Vogt les ont « supplantés » à la Staatsoper de Vienne en juin dernier – les enjeux, l’échelle du spectacle n’étaient de toute manière pas les mêmes. Mais simplement parce que ce qui n’avait pas vocation à être plus qu’un work in progress, presque une séance d’essayage, « méritait d’être vu ».

    Est-il un lieu plus propice à pareille mise en nu que le Théâtre des Bouffes du Nord ? Si le décor de Nicky Rieti prolonge ses murs éraflés, il paraît presque trop monumental, cinématographique : le toit d’un immeuble, portant les premières lettres de l’enseigne Kabanov, qui surplombe un fleuve, peut-être – une seule issue possible : l’envol. Et soudain, les lumières d’André Diot sculptent un éclatant orage, palliant les nuances chromatiques que l’orchestre, réduit pour piano seul, ne peut exprimer, malgré le soutien infaillible de Nicolas Chesneau. Mais l’essentiel est ailleurs.

    Dans la proximité de ces êtres, pitoyables à force de bassesses – l’image du triomphe de Kabanicha, arrachant l’anneau de mariage de sa bru à son doigt à peine raidi –, de bêtise, de désirs, parfois si mesquins. Nul besoin de circonlocutions dramaturgiques : Kátia Kabanová est une tragédie de la banalité. Tout en ouvrant çà et là des brèches poétiques – d’où vient, où va cet homme coiffé d’un chapeau melon tout droit sorti d’un tableau de Magritte, avec ses ballons noirs ? –, le théâtre d’André Engel la passe à la loupe. Ne pas y chercher l’humour impitoyable de Marthaler, son sens aiguisé de l’absurde. Plutôt une vérité, qui relève non d’un certain réalisme, mais de la littéralité profonde qui exsude du physique des chanteurs.

    Dikoj spectral de Michel Hermon, colère étouffée et corps brisé face à la Kabanicha maîtresse femme d’Elena Gabouri, à l’opulence cinglante. Cheveux gras, engoncé dans un costume démodé, et le dos toujours courbé, José Canales incarne un Tikhon saisissant de médiocrité. Boris l’est à peine moins, sourire figé, maladivement maladroit, en tout cas dépassé par l’épreuve de l’amour – l’émission bizarrement contrainte de Paul Gaugler le rend encore plus fuyant. Fluide et tendre, le Koudriach de Jérôme Billy insuffle une touche salvatrice de légèreté éclairée.

    Et Kelly Hodson porte le rôle-titre avec une émotion sincère, par sa voix ronde et lumineuse, réminiscence d’un autre temps où Kátia vivait « libre comme un oisillon », et cette présence égarée, coupable, un instant fébrile, la silhouette aussi frêle qu’une brindille. Et pourtant non, elle ne s’envolera pas…




    Prochaines représentations les 24, 27, 29 et 31 janvier, 2 et 4 février au Théâtre des Bouffes du Nord.




    Théâtre des Bouffes du Nord, Paris
    Le 17/01/2012
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production d’une version de chambre de Kátia Kabanová de Janáček dans une mise en scène d’André Engel et sous la direction d’Irène Kudela au Théâtre des Bouffes du Nord, Paris.
    Leoš Janáček (1854-1928)
    Kát’a Kabanová, opéra en trois actes (1921)
    Version de chambre
    Livret du compositeur d’après l’Orage d’Ostrovski dans la traduction tchèque de Vicenc Cervinka
    direction musicale et études linguistiques : Irène Kudela
    mise en scène : André Engel
    collaboration artistique : Ruth Orthmann
    décors : Nicky Rieti
    costumes : Chantal se la Coste-Messelière
    éclairages : André Diot

    Avec :
    Kelly Hodson (Kátia Kabanová), Elena Gabouri (Kabanicha), Paul Gaugler (Boris), José Canales (Tikhon Kabanov), Céline Laly (Varvara), Jérôme Billy (Váňa Kudrjáš), Michel Hermon (Savjol Dikoï), Mathilde Cardon (Glaša), Douglas Henderson (Kuligine).

     



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