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CRITIQUES DE CONCERTS 26 mai 2018

Concert Bartók du Philharmonia Orchestra sous la direction d’Esa-Pekka Salonen, avec la participation du violoniste Christian Tetzlaff au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Éblouissements

Dans le cadre du cycle Bartók du Philharmonia et Salonen au TCE, on ne pouvait rêver plus magistrales interprétations. Suite de danses, Deuxième Concerto pour violon transcendé par Christian Tetzlaff, et le Mandarin merveilleux après une pause Debussy magique. Une soirée où se succèdent les éblouissements, où la perfection semble couler de source.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 27/01/2012
Claude HELLEU
 



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  • Debouts sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées, les musiciens britanniques ont fière allure. Leur chef arrive, toujours juvénile, en simple complet au col mao noir, et aussitôt monté sur son estrade, corps concentré, sa battue décisive et détaillée commande la perfection.

    Avec une ampleur et une précision remarquables, Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia magnifient Bartók. Sorte de voyage initiatique à l’esprit populaire, mais pas exclusivement hongrois, la Suite de danses ouvre la soirée, et ce n’est pas seulement la dynamique de ses rythmes multiples et accentués qui nous entraîne.

    Sous cette baguette aimablement impérieuse, au fil des six mouvements, les styles diversifient les atmosphères. Moderato, Allegro molto, Allegro vivace, toutes cordes fondues en un seul pupitre, les vents comme autant de voix impératives, dont celle à l’humour sec du basson ; on danse, on frappe du talon, on saute, on rebondit.

    On se retrouve aussi à l’entrée sombre du Château de Barbe-Bleue, Molto tranquillo, comodo. Tension tragique où la danse devient déchirement, retour au calme. La fureur du Finale triomphe des différent climats de ce folklore imaginaire.

    Il a fallu la cadence du premier mouvement du Deuxième Concerto pour violon pour que Christian Tetzlaff s’élève à sa hauteur et y demeure désormais magnifiquement. Si les phrasés avaient auparavant quelque peu disparu dans leurs diminuendi, si l’interprétation impeccable ne se projetait guère, si la fièvre ou la méditation gardaient sage mesure, l’extravagance de la cadence métamorphose le soliste.

    Désormais possédé, Tetzlaff se donne corps et âme aux acrobaties d’un lyrisme volubile, extatique ou volcanique, mais toujours rigoureux. La complexité contrapuntique limpide sous un tel archet rejoint celle de l’orchestre, dont les musiciens donnent à entendre toute l’inventivité sonore de la partition.

    Le drame, l’élan, l’élévation, les cataclysmes subliment les dissonances. La sonorité chaude du Peter Greiner rayonne de sensualité. Sur la plénitude des accords, le son droit nous offre à l’occasion un vibrato d’une poésie poignante. L’inépuisable portée du chant et le cisèlement des détails réalisent des numéros d’équilibriste haletants et pourtant naturels.

    Pause radieuse avec le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, compositeur que Bartók vénérait et dont il revendiquait l’influence. La flûte solo ouvre la porte au chatoiement des timbres d’un tissu orchestral en perpétuel devenir. Les subtilités de l’harmonie changeante coulent de source.

    Invisible sous la liberté de cette musique inspirée du poème de Stéphane Mallarmé, la rigueur du chef nous mène dans « la nostalgie et la lumière, avec finesse, avec malaise, avec richesse », selon les mots du poète sur l’œuvre du compositeur.

    Et puis arrive le Mandarin merveilleux. Une merveille. Entendre la rudesse, l’excitation fiévreuse, la continuité chaleureuse de cette musique ainsi portée à son paroxysme tient de l’hallucination sonore. Les premières mesures fusent, cinglent. Frénésie immédiate. Tutti orchestral irrésistible, altos brûlants, violons incisifs, vents solistes telles des apparitions soudaines, cuivres percutants, bois inquiétants.

    La violence des harmonies sauvages, les accents syncopés des cuivres étincelants, les rythmes heurtés, hachés, explosifs, le tourbillon superbement assourdissant d’un tohu-bohu inexorable, la voix de la clarinette aguicheuse, les sentiments nés au cours de ce ballet dont les images ne sont pas nécessaires pour en apprécier l’expressivité, toute l’aventure du Mandarin merveilleux subjugue.

    Relief et luminosité des plans sonores sont portés à leur incandescence. Les déchaînements sauvages enfantent un lyrisme haletant, quand bien même nous avons affaire ce soir à la suite d’orchestre, et non au ballet intégral. Car la direction d’Esa-Pekka Salonen a la pureté d’un diamant bleu. Sa netteté cassante au service d’une exigeante inspiration offre les éblouissements d’un miracle.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 27/01/2012
    Claude HELLEU

    Concert Bartók du Philharmonia Orchestra sous la direction d’Esa-Pekka Salonen, avec la participation du violoniste Christian Tetzlaff au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Béla Bartók (1881-1945)
    Suite de danses Sz. 77
    Concerto pour violon et orchestre n° 2, Sz. 112
    Christian Tetzlaff, violon
    Claude Debussy (1862-1918)
    Prélude à l’après-midi d’un faune
    Béla Bartók
    A csodálatos mandarin, suite d’orchestre
    Philharmonia Orchestra
    direction : Esa-Pekka Salonen

     


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