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CRITIQUES DE CONCERTS 20 février 2018

Nouvelle production d’Egisto de Cavalli dans une mise en scène de Benjamin Lazar et sous la direction de Vincent Dumestre à l’Opéra Comique, Paris.

Egisto dans la pénombre
© Pierre Grosbois

Marc Mauillon (Egisto)

L’opéra vénitien, Vincent Dumestre et Benjamin Lazar en ont exploré les causes, de Florence à Rome, et les conséquences, avec Cadmus et Hermione de Lully. La création française d’Egisto de Cavalli promettait donc un émerveillement garanti d’époque. Chanteurs et metteur en scène n’en ratent pas moins leur rencontre attendue avec l’idiome du dramma per musica.
 

Opéra Comique - Salle Favart, Paris
Le 01/02/2012
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Faire enfin se rencontrer les Français et Cavalli. Telle est la mission que se sont assignée Vincent Dumestre et Benjamin Lazar. D’autant plus délicate, eu égard à l’histoire de la représentation, que c’est à Paris que le compositeur a connu ses premiers échecs.

    Non pas celui de cet Egisto, dont une découverte récente a montré qu’il n’était pas, comme on l’a longtemps cru, l’opéra représenté en février 1646 au Palais-Cardinal. Mais de Xerse, créé à Venise en 1654, remanié à la hâte pour les noces de Louis XIV et Marie-Thérèse d’Espagne, et représenté au Louvre le 22 novembre 1660. Et surtout d’Ercole amante, commandé par Mazarin pour le susdit mariage, qui inaugura enfin la salle des Machines des Tuileries le 7 février 1662 – le cardinal était mort un an avant…

    Au siècle dernier même, la France, et surtout Paris, sont demeurés en marge de la Cavalli Renaissance initiée par Raymond Leppard. Quelques représentations ou versions de concert éparses ont abouti à la création au Théâtre des Champs–Élysées de la Calisto, aussi tard qu’en mai 2010, et dans une production sans éclat de Macha Makeïeff. En attendant la Didone sur la même scène en avril prochain, Egisto a-t-il conquis Paris ? Oui, à en croire le triomphe réservé à la troupe du Poème Harmonique par le public conquis d’avance de l’Opéra Comique. Et pourtant…

    Benjamin Lazar, auquel on ne fera pas le mauvais procès d’appliquer à la favola drammatica musicale de Giovanni Faustini les codes de la tragédie lyrique, ne parvient pas à revivifier son langage, qui se borne à une gestuelle a minima, esquissée par des chanteurs qui ne reprennent que subrepticement leurs poses baroques ou assimilées pour désigner le ciel, la terre, l’onde ou les Enfers – de ce point de vue, le Sant’Alessio de Landi était plus abouti.

    Et puis, s’il abandonne les toiles peintes, châssis symétriques, et perspectives qui tournent court faute de moyens, il se prend au piège d’un plateau tournant couvert de deux niveaux de ruines labyrinthiques, qui contraignent le jeu à l’avant-scène – comment faire autrement quand les bougies entretiennent une semi pénombre, il est vrai propice à la confusion amoureuse ?

    Mais ce qui manque avant tout à ce théâtre où l’on s’effleure lorsque le livret enfonce crûment le clou, c’est une distance ironique, de la fantaisie, de l’audace, cette irrévérence qui fait le sel du genre, et qui le mènera à sa perte, quand les doctes académiciens de l’Arcadie s’emploieront à y remettre de l’ordre.

    Voyez cette scène où Amour est poursuivi par ses victimes, Didon, Sémélé, Phèdre, j’en passe et des mégères, qui se disputent sur le meilleur moyen de se venger. Sans une once de second degré. Ou encore la vieille nourrice Dema, triste comme un jour sans pain – à peine si l’on remarque qu’elle dévoile sa poitrine décharnée… Où est, miroir de la pastorale dramatique, la comédie fantasque que promettait Vincent Dumestre ?

    Pas tout à fait dans la fosse non plus. Quelle luxuriance obtient le chef théorbiste d’un ensemble à peine plus étoffé que ce que permettait l’exiguïté, l’économie des théâtres vénitiens ! Mais les combinaisons instrumentales, les alliages de timbres semblent privilégier les harmoniques graves, et partant fondent la palette extraordinairement mobile de Cavalli, qui ne cessera, dans ses œuvres suivantes, d’accentuer les contrastes, dans un continuum sonore capiteux. La diversité des formes, qui, du récitatif à l’air, en passant par la mezz’aria ou la canzonetta, se cherchent certes une autonomie à ce stade de l’évolution du dramma per musica, s’en trouve aplanie.

    Sur le strict plan vocal, le plateau laisse circonspect. Parmi les divines et allégoriques utilités se détachent la pulpe de Caroline Meng (Hero et Bellezza), l’Apollo élancé de David Tricou, et le bel Amore, doux et piquant – ainsi frappent ses flèches – d’Ana Quintans. Hipparco flatte le registre inférieur délicatement assombri de Cyril Auvity, qu’il pousse tout de même un peu trop bas dans ses retranchements.

    Anders J. Dahlin est dans Lidio d’une étonnante facilité, plus à l’aise en tout cas que dans les emplois de haute-contre à la française qui exigent une étoffe que ne possèdent pas ces registres mixés avec une pointe de narcissisme évanescent. Rien à attendre de Claire Lefilliâtre, sèche, droite, inconsistante. Mais qu’est-il arrivé à Isabelle Druet, qui passe la soirée à courir après son timbre, une assise, la justesse même ?

    Nous avons cependant assez souvent pesté sur les interprètes trop soucieux de leur instrument dans ce répertoire pour ne pas nous arrêter à l’orthodoxie du chant – quoique le soin de l’intonation ne soit pas en option. Va pour des comédiens qui chantent, plus que des chanteurs qui jouent la comédie. Car il faut du texte, clamé haut et clair. Mais dans un italien aux voyelles moins plates et vertes, qui en perd toutes ses couleurs, et les séductions de son idiome poétique.

    Il faut de l’expression, surtout. Et là le bât blesse davantage encore. Pour un Anders J. Dahlin idéal de frivolité, d’inconstance, peut-on se satisfaire d’une Clori – Claire Lefilliâtre – comme indifférente ou constamment effarée, et d’une Climene – Isabelle Druet – en quête désespérée de son personnage, au moins autant que de sa voix ?

    L’Egisto de Marc Mauillon est le seul qui, par-delà toutes les réserves techniques qui valent aussi pour lui, impose une vraie présence. Plus qu’un morceau de bravoure, ses scènes de folie sont une épreuve de vérité, constamment sur le fil de la parole et du chant – recitar cantando –, éloquent jusque dans l’excès, en un mot, habité. On n’en attendait pas moins de cet Egisto. Les Français du Poème Harmonique ont-ils pour autant rencontré Cavalli ?




    Opéra Comique - Salle Favart, Paris
    Le 01/02/2012
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production d’Egisto de Cavalli dans une mise en scène de Benjamin Lazar et sous la direction de Vincent Dumestre à l’Opéra Comique, Paris.
    Pier Francesco Cavalli (1602-1676)
    Egisto, favola drammatica musicale en un prologue et trois actes (1643)
    Livret de Giovanni Faustini

    Le Poème Harmonique
    direction : Vincent Dumestre
    mise en scène : Benjamin Lazar
    décors : Adeline Caron
    costumes : Alain Blanchot
    éclairages : Christophe Naillet
    maquillages et coiffures : Mathilde Benmoussa

    Avec :
    Marc Mauillon (Egisto), Anders J. Dahlin (Lidio), Claire Lefilliâtre (Clori), Isabelle Druet (Climene), Cyril Auvity (Hipparco), Ana Quintans (Aurora, Amore, Prima Hora), Serge Goubioud (Notte, Dema), Luciana Mancini (Didone, Voluptia), Caroline Meng (Hero, Bellezza), Mariana Flores (Semele, Cinea), Mélodie Ruvio (Fedra, Venere), David Tricou (Apollo).

     



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