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CRITIQUES DE CONCERTS 26 septembre 2020

Troisième soirée du festival Puccini+ de l’Opéra de Lyon, avec Von Heute auf Morgen de Schoenberg mis en scène par John Fulljames et dirigé par Berhard Kontarsky, et Il Tabarro de Puccini mis en scène par David Pountney et dirigé par Gaetano d’Espinosa.

Puccini+ (3) :
Séduction mode d’emploi

Point final au festival Puccini+ de l’Opéra de Lyon avec un Tabarro ultra classique desservi par une petite distribution, après un Von Heute auf Morgen de Schoenberg d’une veine théâtrale transcendée par d’admirables germanophones. Excellentes directions musicales dans les deux cas, à l’image de l’ensemble d’un festival palpitant.
 

Opéra national, Lyon
Le 01/02/2012
Yannick MILLON
 



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  • Si l’on ajoute Ă  son Triptyque le souvenir de la Turandot façon Metropolis vue Ă  Salzbourg il y a dix ans, on se dit que David Pountney aime dĂ©cidĂ©ment les dĂ©cors monumentaux, des gigantesques structures futuristes de la PĂ©kin de la princesse de glace aux coffres-forts de Gianni Schicchi, en passant par l’écrasante Vierge de Suor Angelica et l’énorme container du Tabarro vu ce soir.

    Lecture très sage et scrupuleuse au demeurant, dont l’amoncellement d’objets en désordre sont ce qu’on imagine des alentours d’un chaland des bords de Seine. Des tons marron et un éclairage triste disent bien la misère de cette Bohème-bis explorant la condition des travailleurs s’usant la santé aux plus durs labeurs. Caporale, le petit chat de la Fouine, ici sous forme d’une peluche grossière, montre aussi le refuge de l’imaginaire chez ceux qui doivent s’inventer un bonheur que la vie ne leur offre pas.

    Une mise en scène sans dĂ©tournement, oĂą seule la dernière image pose question, quand après avoir dĂ©couvert le cadavre de son amant, Giorgetta, dos Ă  la scène avec son mari, lui prend la main. Soumission ? Écho volontaire au revirement final du livret d’Une TragĂ©die florentine vue deux jours plus tĂ´t ?

    Sous la baguette toujours aussi acérée de Gaetano d’Espinosa, parfois un peu raide dans sa volonté de fuir tout larmoiement – des cuivres chauffés à blanc –, le plateau est à nouveau dominé par la Frugola de Natascha Petrinsky, voix la plus égale du festival, bien placée, phrasé soutenu, timbre jamais sacrifié aux effets ou aux nuances extrêmes.

    Annoncé souffrant, le Luigi de Thiago Arancam ne manque pourtant pas d’énergie et d’engagement, s’engouffrant à la moindre occasion dans un chant à gorge déployée, avec un timbre barytonnant et des attaques par-dessous guère séduisants mais une réelle générosité et une ligne au sex-appeal très latin.

    De la même manière qu’en Gianni Schicchi, Werner Van Mechelen ne se départit à aucun moment de son timbre gris, de son émission terne qui, pour moins handicaper un Michele fatigué et sans séduction, demeurent décevants, tout comme la Giorgetta de Csilla Boross, fidèle à l’impression laissée en Suor Angelica, voix dure et aigus à l’arrachée.

    © Bertrand Stofleth

    En première partie, John Fulljames proposait une esthétique plus contemporaine et un travail théâtral sur la séduction ô combien plus stimulant dans l’ingrat Von Heute auf Morgen de Schoenberg. Ouvrage difficile, d’une écriture sérielle raffinée et experte mais ne possédant jamais l’expressivité immédiate d’un Alban Berg, ce à quoi un sujet de comédie de mœurs assez insignifiant au premier abord n’est sans doute pas étranger.

    Pour Ă©voquer ce mari et cette femme chatouillĂ©s par leurs hormones extra-conjugales mais qui ne franchiront jamais le Rubicon de l’infidĂ©litĂ©, au grand dam des amants pressentis qui finiront par les taxer de « silhouettes théâtrales fanĂ©es Â», le metteur en scène britannique joue très justement la mise en abyme, avec un cadre de scène indiquant une reprĂ©sentation dans la reprĂ©sentation.

    Au tomber de rideau, l’Amie de la femme et le Ténor finiront occis par le couple traditionnel retourné à son confort bourgeois, tellement préoccupé par son nombril qu’il en oubliera l’éducation de son enfant échoué devant un écran de télé diffusant d’absurdes images de mouches trottant dans l’espace cathodique.

    À l’aide de panneaux multicolores, de travestissements et d’accessoires entrant et sortant de scène sur plateau tournant, modifiant l’atmosphère en un tournemain, le spectacle trouve le juste ton entre humour – l’employé du gaz en chippendale – et arrière-plans grinçants, élevant l’opéra bien au-delà de l’anecdote, révélant même une ambiguïté que laissait difficilement présager la seule lecture du livret.

    Le Mari au timbre voisin d’un Theo Adam de Wolfgang Newerla, dont les aigus sortent tout droit, et la Femme de Magdalena Anna Hofmann, d’une absence de moelleux parfaitement adéquate, délivrent une leçon de déclamation germanique, aussi limpide que la langue parlée, et constamment précise dans les échelles dodécaphoniques infernales du fondateur de la Seconde École de Vienne.

    Ils sont aidés en cela par la direction millimétrée de Bernhard Kontarsky, à l’affût d’un bout à l’autre des premières parties de ce festival Puccini+ dont, au-delà de distributions italiennes assez moyennes, on retiendra le côté laboratoire d’associations musico-dramatiques, qui réaffirme l’exigence intacte de l’Opéra de Lyon de Serge Dorny.




    Opéra national, Lyon
    Le 01/02/2012
    Yannick MILLON

    Troisième soirée du festival Puccini+ de l’Opéra de Lyon, avec Von Heute auf Morgen de Schoenberg mis en scène par John Fulljames et dirigé par Berhard Kontarsky, et Il Tabarro de Puccini mis en scène par David Pountney et dirigé par Gaetano d’Espinosa.
    Arnold Schoenberg (1874-1951)
    Von Heute auf Morgen, opéra en un acte (1930)
    Livret de Gertrud Schoenberg

    Orchestre de l’Opéra national de Lyon
    direction : Bernhard Kontarsky
    mise en scène : John Fulljames
    décors : Johan Engels
    costumes : Marie-Jeanne Lecca
    Ă©clairages : Fabrice Kebour

    Avec :
    Wolfgang Newerla (le Mari), Magdalena Anna Hofmann (la Femme), Ivi Karnezi (l’Amie), Rui Dos Santos (le Chanteur), Marin Bisson (l’Enfant), Pierre Lucat (l’Employé du gaz).



    Giacomo Puccini (1854-1928)
    Il Tabarro, opéra en un acte (1918)
    Livret de Giuseppe Adami d’après la Houppelande de Didier Gold

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Lyon
    direction : Gaetano d’Espinosa
    mise en scène : David Pountney
    décors : Johan Engels
    costumes : Marie-Jeanne Lecca
    Ă©clairages : Fabrice Kebour
    préparation des chœurs : Alan Woodbridge

    Avec :
    Werner Van Mechelen (Michele), Csilla Boross (Giorgetta), Thiago Arancam (Luigi), Natascha Petrinsky (La Frugola), Wynne Evans (Il Tinca), Paolo Battaglia (Il Talpa), Didier Roussel (le vendeur de chansonnettes), Sophie & Fabrice Constans (les amants).

     



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