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CRITIQUES DE CONCERTS 26 mai 2018

Concert de musique française de l’Orchestre de Paris sous la direction de Lorin Maazel à la salle Pleyel, Paris.

Démonstrative dissection

L’Orchestre de Paris suit parfaitement Lorin Maazel dans un programme Ravel où Ma Mère l’Oye, la Rhapsodie espagnole et la Valse connaissent des apothéoses d’une conception à l’opposé de celle de Charles Munch. Dans la même veine, les couleurs de l’Apprenti sorcier de Paul Dukas atteignent leur plus démonstrative amplitude.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 01/02/2012
Claude HELLEU
 



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  • Répertoire bien connu des musiciens de l’Orchestre de Paris, Ravel et Dukas connaissent des éclairages pour le moins divers selon les chefs qui les dirigent. Fièvre exaltante de Charles Munch, à l’opposé et lors de leur dernier concert, analyse impressionnante de Lorin Maazel, toutes partitions en tête dirigées par cœur. Celui-là transcendait des partitions fascinantes d’acuité. Celui-ci en découpe et souligne la richesse, toutes partitions en tête dirigées de mémoire.

    Transparence d’une certaine froideur dans sa lecture des cinq pièces de Ma Mère l’Oye. Écrite, pourrait-on croire, pour les merveilleux bois de l’Orchestre de Paris, exécutée très lentement, la première, Pavane de la Belle au bois dormant, plane au-dessus de l’univers enfantin cher à Maurice Ravel.

    Même climat éthéré pour le Petit Poucet, qui ne paraît guère surpris que « les oiseaux aient mangé toutes ses miettes ». Laideronnette, impératrice des pagodes, garde des couleurs pastel, y compris dans ses sonorités stylisant des carillons orientaux. Clarinette et contrebasson des Entretiens de la Belle et la Bête ravissent par leur expressivité, comme tous les vents solistes personnalisés par le compositeur.

    Technicien hors pair, réalisant de main de maître ce qu’il veut, Lorin Maazel magnifie les sons, laisse au temps encadrer leur portée. Sans interférer aucune fantaisie dans les textures diaphanes proches d’une musique de chambre, sa direction sans hâte privilégie la dissection des timbres si savamment multiples à la vitalité qu’ils donnent aux contes inspirés de Perrault ou d’amies chères, le dernier, le Jardin féérique, l’étant par un beau jour hivernal.

    Enchaînement en quatre séquences, pourrait-on dire, des titres de la Rhapsodie espagnole, de même impeccables et stylisées. Netteté et vigueur de la direction de Maazel, y compris dans la langueur extrême qu’il prête au Prélude à la nuit – langueur plus ou moins bien soutenue par les cordes. Plus sèches que sensuelles, Malagueña et Habanera y perdent leur mystère.

    Traits brillants des vents et percussions joyeuses portent une partition incroyablement colorée sans pour autant rompre la mélancolie qui se dégage de cette interprétation retenue que Feria balaie en éclats impressionnants – contraste époustouflant de ses paroxysmes de puissance. Mais où se terre son ivresse ?

    Quant à Tzigane… La longue et périlleuse cadence qui introduit l’œuvre faussement populaire mais vraiment diabolique prouve sa dangerosité. Sorti du rang de l’Orchestre de Paris, son premier violon, Philippe Aïche, l’affronte sans réussir à la maîtriser.

    Phrasés essoufflés, son tremblé, aigus timides, justesse trop souvent approximative, son archet n’a pas l’acuité de ce qu’il joue, trilles et pizzicati devenus paquets de notes. Quant à sa présence, elle disparaît derrière la harpe dès l’entrée souriante de celle-ci. Est-ce la contagion, la résignation ? L’orchestre quelque peu pagailleux reste en dehors de l’éblouissant morceau de bravoure.

    Basson mystérieux, balai hésitant, notes isolées et silences en écho pleins d’attente, bois aigus et cuivres graves, timbale autoritaire, Apprenti inconscient… Qu’importe l’histoire ? Les bêtises de l’Apprenti sorcier de Paul Dukas n’ont affolé personne.

    Certes, les pupitres mis en valeur imposent leur caractère, dès lors pourquoi se soucier de l’âme qui pourrait les habiter ? Un sorcier analytique, même apprenti, n’est plus un sorcier ! Celui-ci en outre pèse bon poids et s’alourdit encore au fil de son aventure, conclue dans un déferlement teutonique.

    De même la Valse, « tournoiement fantastique et fatal », aboutit-elle à un fortissimo radical, parfaitement exécuté, sans que le moindre frisson saisisse l’auditeur sensible à ses arrachements. Nulle émotion dans les pages d’une richesse orchestrale parfaitement détaillée, danse macabre qui ne l’est plus, écrasée sous le rouleau compresseur d’impitoyables accents.

    En bis réclamé par un public enthousiaste de la musique surlignée qu’il a entendue, l’Arlésienne de Bizet parachève avec toute la brillance requise ce magnifique programme de musique française.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 01/02/2012
    Claude HELLEU

    Concert de musique française de l’Orchestre de Paris sous la direction de Lorin Maazel à la salle Pleyel, Paris.
    Maurice Ravel (1875-1937)
    Ma Mère l’Oye, suite orchestrale
    Tzigane
    Philippe Aïche, violon
    Rhapsodie espagnole
    La Valse
    Paul Dukas (1865-1935)
    L’Apprenti sorcier
    Orchestre de Paris
    direction : Lorin Maazel

     


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