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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2018

Récital de la soprano Eva-Maria Westbroek accompagnée par l’Orchestre National de Lille sous la direction d’Evelino Pidò à la salle Pleyel, Paris.

Sans fioriture ni pâmoison

Pour son retour espéré à Paris, Eva-Maria Westbroek, incandescent jugendlich-dramatisch de l’ère Mortier, révélait le versant italien de son répertoire. Privée du feu de l’action qui l’embrase, la soprano hollandaise y déploie une étoffe sculpturale, magnifiée par une dynamique assumée jusque dans ses fêlures, et une désarmante sincérité.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 04/02/2012
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Repérée dans la troupe de l’Opéra de Stuttgart, l’un de ces foisonnants viviers d’outre-Rhin, Eva-Maria Westbroek était à peine plus qu’une inconnue lors de ses débuts à l’Opéra de Paris, dans une reprise de Dialogues des Carmélites de Poulenc. Stupéfaction, malgré une copieuse liste d’engagements à venir déjà mieux que prestigieux, dont cette Lady Macbeth de Mzensk qui n’allait pas tarder à la hisser au sommet, stupéfaction donc, devant cette Madame Lidoine à la ligne onctueuse et à l’aigu infini. Suivie quelques mois plus tard d’une Chrysothémis incandescente.

    En décembre 2007 et janvier 2008, la soprano hollandaise enchaînait deux prises de rôles sur la scène de la Bastille : Elisabeth charnelle d’un Tannhäuser mémorable, Impératrice un rien moins prégnante d’une Femme sans ombre oubliable. Katerina Ismailova enfin, dans la mise en scène pleine de bruit et de fureur de Martin Kušej. Et depuis plus rien. Parce qu’elle fut la grande découverte – confirmée, consacrée – de l’ère Mortier ?

    Ce concert à la salle Pleyel marquait donc un retour espéré à Paris, dans un programme consacré à Verdi, Ponchielli, Puccini et Cilea. Rien d’étonnant de la part d’un soprano certes blond, mais qui a toujours alterné les répertoires. Dans la confession d’Elisabeth de Valois qui ouvre, taillée dans le marbre du sépulcre de Charles Quint, le cinquième acte de Don Carlo, frappe l’évidence du format. Cette lumière cendrée aussi qui, malgré des zones d’ombre dans l’intonation et un vibrato rapidement maîtrisé, se déploie sans cassure sur toute l’étendue, et le soin porté aux mots, à la dynamique, entre nostalgie et résignation. Le noble maintien enfin, du regard et du phrasé.

    Qui, aujourd’hui, peut faire mieux ? Anja Harteros, paraît-il, mais certainement pas Sondra Radvanovsky, dernière titulaire du rôle à l’Opéra de Paris. Et depuis quand n’avait-on pas entendu Ritorna vincitor aussi impérieux ? Sans doute Aïda demande-t-elle une étoffe plus chaude, un phrasé plus élastique – qui plus en concert, sans le feu de l’action, qui immédiatement saisit une interprète aussi hautement inflammable. Car dans le cantabile qui clôt l’air, et déjà dans l’allegro giusto poco agitato qui le précède, la ligne vacille, l’aigu plafonne, le timbre sature. Il est vrai qu’Evelino Pidò n’est d’aucun secours, réfractaire au plus petit soupçon de rubato.

    Là comme ailleurs, le chef italien cravache, toujours plus tendu vers des péroraisons pétaradantes, comme pour ne pas s’attarder là où l’inspiration, la sensibilité même lui font défaut. Le comble du cabotinage autosatisfait est atteint dans la Danse des heures de Ponchielli – en matière de cinéma, on préfère les autruches, les hippopotames, les éléphants et les crocodiles de Fantasia. L’Orchestre national de Lille méritait mieux que d’être traité telle une fanfare, lui qui dans un récent Macbeth à l’Opéra de Lille rugissait d’extase sous la baguette autrement plus stimulante de Roberto Rizzi Brignoli.

    Malgré quelques fêlures dans la ligne, Eva-Maria Westbroek reconquiert sa plénitude dans un Pace, pace mio dio d’une émotion qui ne triche ni ne s’exhibe, osant des pianissimi qui manquent d’une discipline plus italienne, peut-être, pour tenir jusqu’au bout de l’intention – Mme Urmana, sur la scène de la Bastille, ne prenait pas la peine de les tenter.

    Et ce sont les mêmes, suspendus, fragiles, jamais esquivés pourtant, qui dans les airs d’Adrienne Lecouvreur, puis de Manon Lescaut et Gioconda – à la tenue supérieure encore, par-delà des tessitures plus flatteuses, car sans excès véristes ou supposés tels – font sourdre une féminité blessée, qui n’entrevoit la paix que dans la mort. Car ces héroïnes, qu’elles soient reine, actrice, courtisane ou chanteuse des rues, adressent leur prière au tombeau, plaie béante de cœurs consumés par le fatal amour : Un soffio è la mia voce, che al novo di morrà.

    En bis, le Vilja-Lied de la Veuve joyeuse fait dès lors figure d’iridescent pied de nez, avant un Vissi d’arte franc, sans fioriture ni pâmoison, à l’image d’une artiste d’une simplicité désarmante, qui pas un instant ne prend de poses apprêtées – ni ne se regarde, ni ne s’écoute chanter – face au miroir déformant du public adulateur. Rien de tel dans l’ovation chaleureuse et sincère sur laquelle s’est achevé le concert, et qui semblait dire : vous nous avez manqué, quand reviendrez-vous, Eva-Maria ?




    Salle Pleyel, Paris
    Le 04/02/2012
    Mehdi MAHDAVI

    Récital de la soprano Eva-Maria Westbroek accompagnée par l’Orchestre National de Lille sous la direction d’Evelino Pidò à la salle Pleyel, Paris.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Les Vêpres siciliennes, ouverture
    Tu che le vanità (Don Carlo)
    Ritorna vincitor (Aïda)
    La forza del destino, ouverture
    Pace, pace, mio Dio !
    Francesco Cilea (1866-1950)
    Io son l'umile ancella, Poveri fiori (Adriana Lecouvreur)
    Giacomo Puccini (1858-1924)
    Manon Lescaut, Intermezzo
    Sola, perduta, abbandonata
    Amilcare Ponchielli (1834-1886)
    La Gioconda, ballet
    Suicidio
    Eva-Maria Westbroek, soprano
    Orchestre National de Lille
    direction : Evelino Pidò

     


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