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CRITIQUES DE CONCERTS 11 juillet 2020

Concert d’Anima Eterna sous la direction de Jos van Immerseel, avec la participation de la soprano Karina Gauvin à l’Auditorium de Dijon.

Ascèse debussyste

À l’occasion des vingt-cinq ans d’Anima Eterna, son chef et fondateur Jos van Immerseel a choisi de prendre part aux célébrations du cent cinquantième anniversaire de la naissance de Debussy. Mais passé un Prélude à l’après-midi d’un faune d’une sveltesse inouïe, la rigueur de l’approche musicologique provoque une dissection de la matière sonore qui en fige le mouvement.
 

Auditorium, Dijon
Le 08/02/2012
Mehdi MAHDAVI
 



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  • L’odyssĂ©e d’Anima Eterna dĂ©bute Ă  six en 1985, prĂ©histoire d’un ensemble qui n’était encore qu’un quintette Ă  cordes rĂ©uni par Jos van Immerseel autour d’un projet baroque. Deux ans plus tard, le groupe devient orchestre avec dix-sept musiciens, et traverse la frontière symbolique du classicisme viennois.

    Mais les voici partis dès le début de la décennie suivante à la conquête du romantisme, convaincus, comme le sont John Eliot Gardiner et son Orchestre Révolutionnaire et Romantique, Philippe Herreweghe et son Orchestre des Champs-Élysées, de la nécessité de relire les répertoires plus tardifs avec cette même rigueur musicologique qui a donné une impulsion refondatrice aux territoires inexplorés de la musique ancienne.

    Alors que le XXe siècle devient le siècle dernier, Anima Eterna passe ce nouveau cap, avec Ravel en 2005, et puis Poulenc en 2009. Cent cinquantième anniversaire de sa naissance oblige, mais pas seulement – il fallait être prêt aussi, car ce n’est pas le désir qui manquait, et depuis longtemps –, Jos van Immerseel a choisi Debussy pour célébrer les vingt-cinq ans de son orchestre.

    Tels des sphinx, gardiens de la vĂ©ritĂ© sonore originelle, deux harpes se font face devant un escadron de quatre-vingt-un archĂ©ologues prĂŞts Ă  mettre au jour le PrĂ©lude Ă  l’après-midi d’un faune tel qu’il fut crĂ©Ă© le 22 dĂ©cembre 1894. Cette « respiration nouvelle Â», selon Pierre Boulez, la flĂ»te, et plus gĂ©nĂ©ralement les bois français d’époque, la restituent, par l’envoĂ»tante sveltesse d’un son surgi d’un paradis perdu.

    Passée la fascination initiale, Images fait figure de laboratoire, où les musiciens suivent scrupuleusement le protocole expérimental édicté par le chef, et qui, s’agissant de Debussy, peut sembler aller de soi : clarté de la matière, mais aussi de la pulsation. C’est aller à l’encontre assurément des démonstrations orchestrales hédonistes dont ces œuvres symphoniques sont devenues le terrain privilégié, sous le vague prétexte de leur impressionnisme – quand le compositeur se réclame davantage du symbolisme.

    Disséquées au scalpel, les partitions sont ainsi scrutées au microscope. Gigues y gagne en mystère, soudain presque caustique. Mais ailleurs, les cordes en boyaux paraissent rêches, étroites, pauvres en harmoniques, et la clarté vire à la transparence, pire, à l’absence de couleur – ce qui est fatal aux contrastes, aux explosions d’Ibéria. Geste parcimonieux, Jos van Immerseel tient certes la pulsation, sa netteté, mais l’inscrit comme entre parenthèses. L’ascèse gagne alors la perception du temps.

    Dans Shéhérazade de Ravel, il s’avère absolument étale. Il y faut donc tout l’art de diseuse, mieux de conteuse, – et la technique de souffle à toute épreuve – de Karina Gauvin pour animer les poèmes de Tristan Klingsor. Charnu, iridescent, le timbre tranche avec le jeu de l’orchestre, de même que ces consonnes bondissantes, savourées jusqu’au dernier suc.

    Asie demande une assise naturellement plus basse, peut-ĂŞtre, pour ĂŞtre ainsi susurrĂ©, mais les mots, les courbes surtout de la FlĂ»te enchantĂ©e et de l’IndiffĂ©rent sont sculptĂ©s dans un frĂ©missement, un dĂ©hanchement extatique de la ligne vocale, qui effleure comme en confidence, murmure sensuel, effluve opiacĂ©, « tour Ă  tour langoureux et frivole Â», « comme un mystĂ©rieux baiser Â».

    Que la Mer ensuite paraît glacée, statique jusque dans ses ultimes soubresauts, alors qu’elle n’est que traduction d’un mouvement imprévisible ! C’est que Jos van Immerseel et Anima Eterna lorgnent Stravinski, non pas celui, sauvage, du Sacre du printemps, qu’ils aborderont en 2013 pour le centenaire de sa création, mais celui, objectif, parfois aride, de la période néoclassique.




    Auditorium, Dijon
    Le 08/02/2012
    Mehdi MAHDAVI

    Concert d’Anima Eterna sous la direction de Jos van Immerseel, avec la participation de la soprano Karina Gauvin à l’Auditorium de Dijon.
    Claude Debussy (1862-1918)
    Prélude à l’après-midi d’un faune (1894)
    Images (1905-1912)
    La Mer (1905)
    Maurice Ravel (1875-1935)
    Shéhérazade (1903)
    Karina Gauvin, soprano
    Anima Eterna
    direction : Jos van Immerseel

     


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