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CRITIQUES DE CONCERTS 15 aoűt 2020

Nouvelle production de l’Italienne à Alger de Rossini dans une mise en scène de David Hermann et sous la direction de Paolo Olmi à l’Opéra national de Lorraine.

Une Italienne dans la jungle
© OpĂ©ra de Lorraine

En coproduction avec l’Opéra-Théâtral de Metz Métropole et le Théâtre national de Bratislava, l’Opéra national de Lorraine présente l’Italienne à Alger dans une mise en scène débordante de loufoquerie de David Hermann. Malgré un orchestre sans raffinement, le plateau s’en donne à cœur joie, mené par le couple invraisemblable formé par Yijie Shi et Marie-Nicole Lemieux.
 

Opéra de Lorraine, Nancy
Le 19/02/2012
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Un avion de ligne Ă©crasĂ© au cĹ“ur de la jungle tropicale ? DĂ©cor idĂ©al – et plus vrai que nature – pour une pièce Ă  sauvetage. Et qui permet au metteur en scène David Hermann de faire mouche dans la nouvelle production de l’Italienne Ă  Alger de Rossini prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Lorraine. Car cet ailleurs indĂ©finissable, sinon par des masques « empruntĂ©s aux arts premiers Â» vaut bien l’Orient de pacotille du livret d’Angelo Anelli, surtout en ces temps troubles oĂą l’opposition des civilisations, par-delĂ  leur rencontre, est Ă  manier avec plus que des prĂ©cautions.

    Et puis ce qui compte dans ce sommet de l’opera buffa – Rossini n’ira jamais aussi loin dans le pur dĂ©lire oĂą la musique entraĂ®ne et dĂ©fait les mots –, c’est cette « folie organisĂ©e Â» qu’admirait Stendhal, cette horlogerie constamment prĂŞte Ă  exploser en plein vol – c’est bien ce qui est arrivĂ© Ă  cet avion pour que ses passagers se retrouvent prisonniers d’un milieu aussi hostile, gouvernĂ©s par ce MustafĂ  aux airs de gĂ©nĂ©ral Tapioca.

    Esprit loufoque de bande dessinée, exotisme débridé, sans arrière-pensée, cette mise en scène a ses invraisemblances – l’ouvrage le veut –, comme le décollage final d’une carcasse censément irrécupérable, mais elle fonctionne de bout en bout, tonique, débordante d’idées, frisant assez malicieusement la vulgarité pour ne pas y sombrer.

    D’autant que le plateau s’en donne à cœur joie, à commencer par Marie-Nicole Lemieux. Pouvait-on s’attendre à moins de la part d’une Mrs Quickly qui plus d’une fois à fait de l’ombre à Falstaff même ? Du tempérament à revendre, et un physique qui ne passe pas inaperçu, voilà ce qu’il faut à Isabella, qui les mène tous par le bout du nez, et fait sa propre loi jusqu’au fin fond de nulle part. Avec cela la rousseur d’une Rita Hayworth aux rotondités voluptueuses. Et surtout un contralto idéalement truculent.

    © Opéra national de Lorraine

    Car bien plus que les travestis baroques, haendéliens ou vivaldiens d’ailleurs, la vocalité rossinienne flatte un instrument au potentiel immense. Dans le haut du registre, le timbre s’épanouit naturellement, d’une sensualité diaprée, quand le grave tonne, poitriné avec une irrésistible gouaille. Les agilités coulent de source, tour à tour langoureuses et facétieuses, tandis que le cantabile témoigne d’une tenue belcantiste – malmenée ailleurs par excès d’énergie héroïque – tout bonnement renversante. Que le Théâtre des Champs-Élysées ne tarde pas à afficher le Tancredi annoncé dans le programme !

    Aussi fluet que sa partenaire est plantureuse, Yijie Shi révèle un métal brillamment projeté, et qui plus est préservé des défauts de la plupart des spécialistes de ce répertoire : pas l’ombre d’un vibrato caprin, ni un soupçon de nasalité. Et des aigus glorieux, jamais déconnectés du reste de la voix. Quand bien même ce Lindoro tombé du ciel ne s’assouplirait au fil de la représentation, ce rien de raideur dans la ligne et ce léger manque de délié dans les coloratures seraient péchés véniels, tant le ténor chinois paraît dominer un sujet hautement acrobatique.

    Si Mustafà ne navigue pas sur les mêmes cimes, c’est que la basse de Donato Di Stefano manque de brio et d’éclat – à ses côtés, le Taddeo de Nigel Smith ne manque ni de l’un, et encore moins de l’autre –, mais l’Italien connaît parfaitement son métier, au point d’en dévoiler parfois les ficelles. Baryton insolent, Igor Gnidii sait se faire remarquer en Haly, et l’Elvira de Yuree Jang domine les ensembles d’un rayon de lumière charnue.

    La fosse dès lors dépare, où l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy semble rien moins que ravi de jouer sous la baguette de son ex-directeur musical, à en croire un fini instrumental bâclé. Paolo Olmi a d’ailleurs beau brandir l’édition critique, il conduit son Rossini comme dans les années 1950 : le bolide file droit, sans se préoccuper du paysage, ni ralentir dans les virages. Mais qu’importe après tout, puisque le moteur ne s’enraye pas et que le rythme ne mollit pas.




    Opéra de Lorraine, Nancy
    Le 19/02/2012
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de l’Italienne à Alger de Rossini dans une mise en scène de David Hermann et sous la direction de Paolo Olmi à l’Opéra national de Lorraine.
    Gioacchino Rossini (1792-1868)
    L’Italiana in Algeri, dramma giocoso en deux actes (1813)
    Livret d’Angelo Anelli

    Chœurs des hommes de l’Opéra national de Lorraine et de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole
    direction : Paolo Olmi
    mise en scène : David Hermann
    décors : Rifail Ajdarpasic
    costumes : Bettina Walter
    masques, perruques : CĂ©cile Kretschmar
    Ă©clairages : Fabrice Kebour

    Avec :
    Donato Di Stefano (MustafĂ ), Yuree Jang (Elvira), Olga Privalova (Zulma), Igor Gnidii (Haly), Yijie Shi (Lindoro), Marie-Nicole Lemieux (Isabella), Nigel Smith (Taddeo).

     



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