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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Récital de la soprano Natalie Dessay accompagnée au piano par Philippe Cassard dans la série des Grandes Voix à la salle Pleyel, Paris.

Quand Natalie sourit
© Simon Fowler / EMI

Natalie Dessay n’avait plus chanté de mélodies depuis la fin des années 1990. Pour le cent cinquantième anniversaire de Debussy, Philippe Cassard l’a convaincue d’enregistrer des pièces de jeunesse du compositeur. Si le disque n’a convaincu qu’à demi, le concert présenté à la salle Pleyel dans la série des Grandes Voix réserve de beaux moments d’émotion retrouvée.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 26/02/2012
Mehdi MAHDAVI
 



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  • En interview, Natalie Dessay a une tendance irrépressible à partir en vrille, multipliant les déclarations fracassantes – que ce soit sur les plateaux de télévision, les ondes, ou dans la presse, en l’occurrence le Figaro, où elle affirmait : « puisque je ne peux changer ce monde, je n’ai qu’à changer de monde » – sur le manque de professionnalisme de ses collègues. De quoi irriter lorsqu’elle-même, à l’issue de chaque représentation de Manon de Massenet à l’Opéra Bastille, recevait la mine renfrognée les applaudissements de spectateurs ayant déboursé jusqu’à 180 euros pour l’écouter : une artiste aussi exposée peut avoir ses états d’âme, mais qu’elle les garde pour les coulisses.

    Et sa maison de disques de recadrer nécessairement ses propos via les réseaux sociaux : « Qu’on se le dise, que les gens se rassurent, Natalie Dessay va bien, merci ! Natalie Dessay a juste décidé de prendre une année sabbatique en 2015 ; elle ne renonce pas au chant ! Loin de là ! Natalie a simplement envie de se reposer, de se recentrer, de profiter de sa famille et de s’ouvrir, peut-être à d’autres formes d’expression et d’art. Quoi de plus normal dans la vie d’une artiste ? Et comme vous avez pu le constater aux dernières Victoires de la Musique classique, Natalie a le sourire ! »

    Justement, ce 26 février à la salle Pleyel pour son récital de mélodies en compagnie de Philippe Cassard, Natalie avait le sourire. Et cela change tout. Car un petit miracle s’est produit, comme dans la Traviata d’Aix-en-Provence, et par-delà les réserves purement vocales. Quand Natalie est heureuse de chanter, et ne se retrouve pas simplement là pour faire le job, elle retrouve quelque chose de l’élan insouciant, poétique de ses meilleures années. On s’en était moins étonné dans Violetta, à cause d’un désir constamment réaffirmé de se perdre dans ce personnage.

    Pour ce bouquet de mélodies de Debussy, le disque précédait le retour au récital, abandonné à la fin des années 1990 – sans Ruben Lifschitz, qui a formé toute une génération de chanteurs français, au premier rang desquels Stéphane Degout, à cet exercice délicat, la soprano n’avait plus osé s’y confronter. Et les micros ne sont pas tendres avec une voix qui a perdu une part de sa facilité, dont la chair s’est étriquée, la lumière ternie, surexposant ce que le bas-médium et le grave, que ce répertoire sollicite, peuvent avoir de grêle et de gris. Le disque donc, n’a convaincu qu’à demi – il aurait fallu le faire cinq ans, dix ans plus tôt…

    Mais comment Philippe Cassard aurait-il pu convaincre Natalie Dessay de relever un tel défi si une belle rencontre n’avait pas eu lieu autour de ces partitions de jeunesse, dont quatre inédites, du compositeur dont on célèbre le cent cinquantième anniversaire ? Pièces de jeunesse, pas tout à fait encore affranchies des influences de glorieux aînés, avec cette grâce virtuose inspirée au jeune Achille-Claude par la voix aiguë de Marie Vasnier, rencontrée au cours de chant de madame Moreau-Sainti qu’il accompagne chaque mardi et vendredi, et dont il devient l’amant.

    Pas de pose de récitaliste lovée dans le creux du piano, Dessay mime plus qu’elle ne chante – et d’un geste excessif, crispé, celui qui lui sert à exprimer l’hystérie de certaines héroïnes – la première mélodie. Petit à petit pourtant, l’instrument se libère de ses tensions, et l’interprète s’ouvre à l’expression. Le grave reste chétif, parfois graillonneux, avec quelques trous d’air qui interrompent la ligne, et qui ces dernières années ont eu tendance à se multiplier. Le timbre s’illumine, chatoie même quand il faut, la vocalise crépite.

    Dans Pleyel, les mots se perdent. Et pourtant ils se devinent, par le naturel de la langue, que n’affecte aucune manière de spécialiste. C’est aussi que Philippe Cassard la porte, attentif aux inflexions, aux failles même de la voix. Ce piano fluide, lumineux, sans rien d’évanescent pourtant, étranger à ce flou artistique sous lequel certains noient Debussy sous fallacieux prétexte d’impressionnisme, ce piano donc, est un rêve. Et Natalie Dessay peut s’y abandonner.

    Ce ne sont cependant pas les Debussy qui bouleversent, mais dans cette parenthèse qui réunit Chabrier, Chausson et Duparc, le Temps des lilas du second. Peut-être parce que Natalie Dessay soudain parle d’elle-même ? Et puis en bis, surtout, Tu m’as donné le plus doux rêve, adieu de – et à – Lakmé de Léo Delibes, dont l’évidence nostalgique, la ciselure blessée tirent des larmes.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 26/02/2012
    Mehdi MAHDAVI

    Récital de la soprano Natalie Dessay accompagnée au piano par Philippe Cassard dans la série des Grandes Voix à la salle Pleyel, Paris.
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    Philippe Cassard, piano

     


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