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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Concerts de l’Orchestre du Théâtre Mariinski sous la direction de Valery Gergiev, avec la participation du pianiste Boris Berezovsky au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

À la gloire de Stravinski
© Marco Borggreve

Une ode à la gloire d’Igor Stravinski, telles apparaissent les deux soirées symphoniques à marquer d’une pierre blanche données au Théâtre des Champs-Élysées par le maestrissimo du moment, Valery Gergiev, et ses forces du Théâtre Mariinski, chœur comme orchestre semblant exalter la musique du compositeur de toute leur âme.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 08/03/2012
Claude HELLEU
 



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  • Deux soirs de suite, Valery Gergiev, l’Orchestre et le Chœur du Théâtre Mariinski nous mènent dans la Russie âpre et profonde pénétrée par Igor Stravinski. Essentiellement grâce aux sonorités typiques des voix russes, nous nous évadons d’abord dans le climat populaire de Noces théâtralisées par le compositeur.

    Les couleurs de ces timbres particuliers compensent les aléas d’une interprétation fortissimo menée tambour battant – on dépasse allègrement les indications métronomiques de l’auteur – et avec une certaine désinvolture par un chef qui connaît peut-être trop bien l’étrange suite de scènes d’un mariage traditionnel qu’un texte fantaisiste de Ramuz (présenté ici dans sa traduction russe surtitrée) est censé conter.

    Le chœur des hommes, alignés d’un côté de la scène du Théâtre des Champs-Élysées, celui des femmes de l’autre, les quatre pianistes face au public, couvercles des instruments retirés, les six percussionnistes derrière, les solistes devant, Valery Gergiev, toujours sans baguette, poignets et doigts d’une agilité surmultipliée de plain pied parmi eux, se livrent sans grand souci de nuances à toute la truculence de la partition.

    Le flux sonore de paroles plus instrumentales que significatives ne souffre guère de l’uniformité de cette interprétation tant il sonne viscéralement vrai, dominé par la remarquable soprano Mlada Khudoley. Peu importe dès lors les imperceptibles imprécisions des rythmes complexes aux pianos ou la permanence du fortissimo.

    Ces vertus sonores du texte, Stravinski les privilégie sous la forme latine dans Oedipus Rex. Elle tisse un destin implacable entre les musiciens du Mariinski et le chœur exclusivement masculin, commentateur rituel du théâtre antique, ainsi que les quatre solistes hommes aux voix droites, précises, notamment le ténor Sergei Semishkur, Œdipe remarquable face à la Jocaste passionnée et expressive de Yekaterina Semenchuk.

    Gérard Depardieu, récitant dont chaque intervention met le théâtre sur la scène, commente en français, au fur et à mesure de ses étapes, ce drame d’Œdipe qui découvre peu à peu avoir tué son père, épousé sa mère, et n’a donc plus qu’à se crever les yeux tandis que celle-ci se pend.

    Fusions étranges du chœur d’hommes et des cuivres, virtuosité des bois – fascinant échange avec Jocaste et Œdipe –, crudité des tessitures élevées tant à l’orchestre que chez les solistes, gouffre des cordes graves, noirceur des rythmes serrés, haletants et accents inquiétants du timbalier captivent.

    En ouverture du deuxième concert, Petrouchka ne bénéficie pas de la même précision. Sur une musique souvent criarde et toujours provocatrice, les timbres russes ne suffisent à compenser certaines faiblesses des suggestions du ballet. Ses rythmes souffrent parfois de pesanteur, énergiques mais alors peu incisifs, ses stridences gagneraient à être plus aiguisées, on aimerait plus vivantes les images d’un pantin grotesque et émouvant.

    Heureusement, la netteté des interventions solistes des bois ou des cuivres, de la percussion ou du piano personnalise leur éloquence. La poupée de son aura gentiment vécu des aventures un peu brouillonnes, avant de laisser place à son compatriote de chair et de sang, Boris Berezovski, soliste du Capriccio pour piano et orchestre du même Stravinski.

    Élasticité du toucher et technicité parfaite se jouent des staccatos, des attaques percussives, des rythmes jazzy, des fulgurances. Décontracté et concentré, le pianiste célèbre les dissonances d’une partition qu’il domine en parfaite entente avec l’orchestre dans un duo bientôt éblouissant, où trompette et flûte se singularisent particulièrement. En réponse au délire du public, le dernier mouvement sera bissé, dans un geste encore plus jubilatoire.

    La Symphonie de Psaumes, « poèmes d’exaltation mais aussi de colère, de jugement et même de malédiction » conclut en apothéose les deux soirées. Évocations là encore créées du tressage des instruments et des voix de l’orchestre et du chœur.

    Violoncelles et contrebasses pour les introduire, cuivres et bois, puis chœur en sourdine derrière les vents, fugue entre leurs chants, reprises et répétitions d’une expressivité profonde, densité de la montée en puissance, notes tenues des cordes et des vents en accompagnement du chœur. Inspiration et intensité d’expression communient dans la même ferveur.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 08/03/2012
    Claude HELLEU

    Concerts de l’Orchestre du Théâtre Mariinski sous la direction de Valery Gergiev, avec la participation du pianiste Boris Berezovsky au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Noces
    Mlada Khudoley, soprano
    Olga Savova, alto
    Alexander Timchenko, ténor
    Gennady Bezzubenkov, basse
    Oedipus Rex
    Yekaterina Semenchuk (Jocaste)
    Sergei Semishkur (Œdipe)
    Alexei Markov (Créon)
    Mikhaïl Petrenko (Tiresias)
    Alexander Timchenko (un berger)
    Gérard Depardieu (récitant)
    Petrouchka
    Cappriccio pour piano et orchestre
    Boris Berezovsky, piano
    Symphonie de psaumes
    Chœur et Orchestre du Théâtre Mariinski
    direction : Valery Gergiev

     


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