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CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2018

Reprise de Don Giovanni de Mozart dans la mise en scène de Michael Haneke, sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra national de Paris.

Don Giovanni émietté
© Charles Duprat

Certaines productions trop politisées vieillissent mal. Ce Don Giovanni de Michael Haneke façon lutte des classes, dans des couleurs glauques comme on les aime outre-Rhin, n’est pas sauvé pour cette deuxième reprise par la qualité du jeu de Peter Mattei ni par la direction raffinée de Philippe Jordan. On s’y ennuie ferme.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 15/03/2012
Gérard MANNONI
 



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  • Créé en 2006 au Palais Garnier, ce Don Giovanni était passé à l’Opéra Bastille en 2007 pour sa première reprise. Situant l’action dans un gratte-ciel de bureaux, peut-être à la Défense, le très beau décor de Christoph Kanter s’adapte mieux à cette salle, sans perdre tous les inconvénients de représenter un lieu unique sans aucun rapport avec les déplacements de l’action dramatique voulus par Mozart et Da Ponte.

    Une fois le premier choc visuel passé, on est surtout sensible aux limites d’un système qui cherche à appliquer les principes du cinéma à une sorte de théâtre filmé, contraignant le metteur en scène à utiliser mille subterfuges compliqués et inefficaces pour coller à son concept et qui aboutissent à un émiettement de l’action et à un ralentissement du temps musical vite insupportables.

    Les récitatifs se trouvent débités en tranches avec de longs moments de silence pour permettre à tel personnage d’aller se servir à boire dans un réfrigérateur, pour sortir de scène et revenir, voire pour chanter off. Tout devient d’une lenteur mortelle qui brise l’élan musical de ce qui devrait être une course à la mort et à la damnation.

    Les airs ne peuvent subir le même tronçonnage, mais Haneke s’emploie à mettre les chanteurs dans des positions aussi inconfortables que possible sans justification dramatique, ou à les faire chanter vers le lointain, pensant ainsi, on suppose, donner du naturel à l’ensemble et casser les « stupides traditions de l’opéra » qui veulent que l’on chante face au public, si possible.

    C’est encore la musique qui en pâtit, mais elle semble, comme la vraisemblance de l’action dramatique, passer bien loin, dans l’esprit du metteur en scène, derrière le message politique et social de lutte des classes qu’il tient à asséner, comme tant d’autres l’ont fait, bien mieux que lui et si souvent avant lui.

    Et puis, comment ne pas s’amuser de l’éclairage apporté par une actualité malicieuse aux agissements de ce Don Giovanni grand patron d’aujourd’hui en costume chic et véritable détraqué sexuel qui ne peut s’empêcher de mettre la main aux fesses de toute femme de toute condition passant à sa portée, en particulier les femmes de charges ou de sauter dessus comme un lapin ?

    Cela fait nettement baisser la tension dramatique que devrait créer la remarquable composition de Peter Mattei, stupéfiant d’aisance scénique, d’engagement, aussi naturel en se déshabillant qu’en déshabillant les autres. David Bizic chante bien Leporello mais ne parvient pas à égaler Luca Pisaroni qui était un véritable double de son maître, mi-valet mi-amant sans doute.

    Personne, d’ailleurs, ne chante ni vraiment très bien ni vraiment très mal. Le plus convaincant est le Don Ottavio de Bernard Richter, vrai ténor mozartien idéal pour cet emploi. Les autres ne chantent pas toujours très juste, parfois bien, comme Patricia Petibon dans Non mi dir qui convient mieux à sa voix que Or sai chi l’onore ou même le duo d’entrée où elle a tendance à piailler.

    Véronique Gens a belle allure sans convaincre vraiment, sa haute silhouette distinguée un peu égarée dans cet univers de tripotage graveleux. Personne de déshonorant mais personne qui puisse vraiment nous tirer de l’ennui engendré par les erreurs de jugement et la mauvaise approche musicale du metteur en scène, d’autant que l’effet de surprise est aujourd’hui absent, malgré l’incontestable investissement dramatique de tous les protagonistes.

    Pas même les efforts de Philippe Jordan pour ramener la partition dans son véritable univers, celui où le libertinage n’est jamais vulgaire, où les pulsions sexuelles du héros ont une portée plus métaphysique que celles d’un chimpanzé en rut. Avec calme, subtilité, il tente d’aplanir les écueils dressés par la mise en scène, mais ne peut rien faire pour combler les vides ni hisser la distribution vocale au niveau qu’elle devrait atteindre sur la scène de ce théâtre.

    Même Peter Mattei n’est pas toujours vocalement à son meilleur, tout en restant le seul vraiment capable d’apporter un élément de vie à une soirée qui semble ne devoir jamais finir.

    Et puis, comment ne pas rappeler le procédé très malhonnête qui consiste à faire défiler un surtitrage dans une traduction tronquée, destinée à correspondre à ce que représente le metteur en scène et non à ce que dit le texte ? Ceux qui connaissent la partition ne sont pas dupes, mais ceux qui la découvrent sont trompés sans le savoir. Pas vraiment digne d’un théâtre comme l’Opéra de Paris.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 15/03/2012
    Gérard MANNONI

    Reprise de Don Giovanni de Mozart dans la mise en scène de Michael Haneke, sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra national de Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes (1787)

    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène : Michael Haneke
    décors : Christoph Kanter
    costume : Annette Beaufaÿs
    éclairages : André Diot
    préparation des chœurs : Alessandro Di Stefano

    Avec :
    Peter Mattei (Don Giovanni), Paata Burchaladze (Il Commendatore), Patricia Petibon (Donna Anna), Bernard Richter (Don Ottavio), Véronique Gens (Donna Elvira), David Bizic (Leporello), Nahuel Di Pierro (Masetto), Gaëlle Arquez (Zerlina).

     



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