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CRITIQUES DE CONCERTS 25 mai 2018

Recréation de la production originale d’Einstein on the beach de Philip Glass dans la mise en scène de Robert Wilson au Corum de Montpellier.

Le rêve éveillé de Bob Wilson
© Lucie Jansch

Sa création fut révolutionnaire en 1976 au festival d’Avignon. Trente-six ans plus tard, l’ouvrage l’est toujours autant. Einstein on the beach, opéra de Philip Glass mis en scène par Bob Wilson et en danse par Lucinda Childs, a été accueilli vendredi au Corum de Montpellier par un triomphe et des jets de roses blanches, point de départ d’une tournée mondiale.
 

Corum, Montpellier
Le 16/03/2012
Nicole DUAULT
 



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  • Quatre heures et demie de musique répétitive sans le moindre entracte sont-elles supportables ? La beauté des images l’a emporté sur l’ensorcelant déferlement sonore. Einstein on the beach n’a pas vieilli, et trente-six ans après sa création, cet opéra repris par les créateurs à Montpellier avant une tournée mondiale est toujours aussi innovant.

    Certes, la musique répétitive de Phil Glass, belle, intense, souvent assez simpliste et jouée ici notamment par un ensemble à cordes, trois saxophones, une clarinette et deux synthétiseurs, n’est plus dans l’air de notre temps. Lancinante, voire hypnotique, elle a un côté soporifique, et l’on a vu bien des spectateurs plonger de la tête.

    Mais il est vrai que pour une fois, il était admis que le public pouvait quitter sa place. Histoire d’aller prendre l’air, avant de s’immerger à nouveau dans cette musique dont l’auteur explique qu’elle n’est pas faite de répétitions mais toujours en progression. Il prend l’exemple d’un baigneur qui nage sur place dans une piscine. S’il cessait de faire des mouvements, il coulerait.

    La répétition selon Glass s’inscrit dans une combinaison rythmique en déplacement constant. Sa musique relève d’un rituel qui soutient le spectacle avec ses forces telluriques. Elle s’intègre dans l’essentiel, le découpage et la mise en scène de Bob Wilson dont l’art est ici accompli. Les images de papier glacé dont il pare d’habitude ses réalisations lyriques trouvent leur finalité et leur sens dans les évocations dont il nous submerge.

    Cet opéra prend pour thème le scientifique que tout le monde connaît, héros du siècle dernier, pacifiste et père de la théorie de la relativité qui a conduit à la bombe atomique. Einstein est représenté par un violoniste : même tignasse blanche, mêmes moustaches, même regard rêveur et perplexe. Il est situé en surplomb de la fosse d’orchestre. Il revient d’une manière récurrente pendant toute l’œuvre. Il joue de son violon qui était son principal divertissement.

    Dans chacun des quatre tableaux, il est évoqué par différentes manières de représenter l’espace, par exemple une locomotive stylisée qui avance et recule. C’est en effet avec un train que le savant expliquait la relativité. Autres repères : un tribunal, une soucoupe volante…

    Les interprètes sont vêtus d’une chemise blanche, d’un pantalon à taille haute tenu par de fines bretelles : cet uniforme se réfère aux portraits que l’on connaît du scientifique. Jamais narratif, l’opéra est une succession de chocs esthétiques avec des images sidérantes de luminosité.

    À la source également d’Einstein on the beach figure un enfant autiste obsédé par les mathématiques dont Bob Wilson en tant que thérapeute s’était occupé. Il s’était ému de cette maladie qui enferme dans un rêve. Les textes empreints de non sens dus au jeune autiste (Christoher Knowles) sont l’un des fils conducteurs du spectacle.

    La chorégraphie de Lucinda Childs tient une place considérable. Le texte est présent. Il est parfois volontairement murmuré, voire inaudible. On saisit des mots simples comme « ce pourrait » qui revient tel un leitmotiv, et l’on pense à ce jeu des enfants à partir de « faisons comme si j’étais… ».

    Le texte est parfois très poétique comme au final l’échange de deux amoureux assis sur un banc. On entend déclamer : « Mon amour pour toi est plus haut que les cieux, plus profond que l’Hadès et plus large que la terre. Il n’a pas de limites, pas de bornes. Tout doit avoir une fin hormis mon amour pour toi ». Voici un opéra toujours avant-gardiste et pourtant empreint d’un romantisme lumineux.

    Présenté seulement pour trois représentations au Corum de Montpellier, Einstein part en tournée mondiale. Il ne passera pas par Paris. Jean-Luc Choplin, directeur du Châtelet, un moment tenté par la production, y a renoncé compte tenu de son prix, comme d’ailleurs Stéphane Lissner à Milan.




    Corum, Montpellier
    Le 16/03/2012
    Nicole DUAULT

    Recréation de la production originale d’Einstein on the beach de Philip Glass dans la mise en scène de Robert Wilson au Corum de Montpellier.
    Philip Glass (*1937)
    Einstein on the beach, opéra en quatre actes (1976)
    Textes de Christopher Knowles, Samuel L. Johnson et Lucinda Childs
    mise en scène : Robert Wilson
    chorégraphie : Lucinda Childs
    Ensemble Philip Glass
    Compagnie de danse Lucinda Childs sous la direction de Michael Riesman
    Avec Helga Davis, Kate Moran, Antoine Silverman

     


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