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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Récital du pianiste Stephen Hough à l’Auditorium du Louvre, Paris.

Sonates en lumière

Quatre sonates qualifiées d’étranges par Stephen Hough affirment leur unité lors de ce récital de l’Auditorium du Louvre. Célèbres pour celles de Beethoven, Scriabine et Liszt, elles bénéficient d’un éclairage rigoureux. La propre Sonate du Britannique enrichit ce programme et s’impose parmi les précédentes dans l’interprétation du pianiste compositeur.
 

Auditorium du Louvre, Paris
Le 14/03/2012
Claude HELLEU
 



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  • Étranges sonates, tel est le titre fédérateur sous lequel Stephen Hough présentait son programme, où, précisait-il, « une sonate est toujours l’affirmation d’une unité – voire d’une uniformité ». Indépendamment de l’unité d’une sonate, quelle qu’elle soit, l’unité que met Stephen Hough dans chacune de ses interprétations s’impose au fil de son récital à l’Auditorium du Louvre.

    Une sorte de verticalité de la lecture y favorise une balance idéale entre les deux mains, la gauche souvent prépondérante quand son chant s’en trouve magnifié. L’attaque, qui détache et aère l’importance des détails, sert la transparence de trajectoires d’un classicisme scrupuleux. Un jeu de pédales particulièrement présent accompagne le chant des mélodies.

    La Sonate au clair de lune de Beethoven commence dans l’immobilité du célèbre Adagio sostenuto. Les basses, au rôle trop souvent occulté, y soutiennent le mystère de triolets généralement étales qui semblent là découvrir des nuances nouvelles à leur contemplation. La pédale raffine, estompe et prolonge ce lavis de couleurs.

    Crescendo provisoire, temps suspendu, alternance du chant sur les différents registres du clavier, la précision de cette apparente improvisation en affirme les découvertes. Changement d’humeur de l’Allegretto dansant. Emportement du Presto agitato, rageur, violent, passionné, arpèges sur les accords de la main gauche d’une énergie combative. Autrement saisissant, le clair de lune a perdu sa paix et déconcerte mais comble aussi nombre d’auditeurs.

    Pour sa Cinquième Sonate, Scriabine reprend quatre vers du Poème de l’extase, dont elle est contemporaine : « Je vous appelle à la vie, ô forces mystérieuses !... ». Apparemment impassible et toujours aussi sobrement, Hough en exalte l’âme avec une détermination complice.

    Martèlements d’accords, rythmes souvent syncopés, bondissements, suspenses et sursauts vibrent dans la lumière de leur verticalité. Seuls des traits virtuoses paraissent parfois quelque peu brouillés, leur élan semblant prévaloir sur toute autre considération.

    L’accompagnant du jeu de pédales, décidément magique, la calme mais décisive autorité du pianiste ressuscite les illuminations du compositeur, ses extases et ses emportements vécus dans la passion de leur foi en un monde supérieur.

    Entre ces deux sonates, le pianiste place la partition de la sienne sur l’instrument. Elle s’ouvre sur un prélude (Automne) et se conclut avec un postlude (Printemps) qui symbolisent la renaissance de toute existence, quelles qu’aient été ses plaies.

    Le pianiste compositeur revendique la profession de foi de cette œuvre en seize petites sections, chacune brève et suspendue, branches d’un même arbre dont il précise la dimension spirituelle : « Je suis le cep, vous êtes les sarments, dit le Christ à ses disciples dans l’Évangile de saint Jean ».

    Mélodies aérées, notes ciselées sur une basse lancinante, ici chant repris par la main gauche et trilles à la main droite pour l’accompagner, là jeux de sonorités piquées, accords rythmés en contretemps, peu de traits de virtuosité pure mais des lignes qui traversent les silences.

    Ces miniatures à l’écriture précise et contrastée suggèrent des sentiments divers, doute, désespoir mais aussi espérance. Jamais elles n’agressent notre écoute mais la gardent, l’émeuvent, la provoquent et l’interpellent pour le meilleur de son attention.

    Sur le seuil de la Sonate en si mineur de Liszt, attente… Et la même note répétée s’élève des profondeurs du piano dans une mystérieuse résonnance, entrecoupée par un silence. Stephen Hough pénètre l’immense mouvement polymorphe. Son art à valoriser chaque disparité y atteindra des sommets d’expressivité.

    Frappe étonnamment détachée, sans sécheresse, rafales des traits d’octaves parallèles où l’épaisseur du son contraste avec la netteté habituelle, accords pianissimo, effets de halo et visions, tempi mouvants parfaitement construits projettent les changements de climats intérieurs et extérieurs sans s’égarer du chemin choisi.

    Sous la liberté d’invention, la structure aux multiples aspects montre sa cohérence, son architecture complexe devient évidente, raffinements et audaces s’enchaînent clairement. La détermination de ce parcours passionnant ne faiblit jamais.

    La même intensité nous garde suspendus à sa grandeur, son éclat, ses colères ou ses émerveillements, son humilité et ses questionnements. Jusqu’aux dernières minutes de l’œuvre gigantesque, quand deux accords s’isolent et se répondent au seuil du silence où retourne la note ultime, basse infinie.




    Auditorium du Louvre, Paris
    Le 14/03/2012
    Claude HELLEU

    Récital du pianiste Stephen Hough à l’Auditorium du Louvre, Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate pour piano n° 14 en ut# mineur op. 27 n° 2 « Clair de lune »
    Stephen Hough (*1961)
    Sonate pour piano
    Alexandre Scriabine (1872-1915)
    Sonate pour piano n° 5 en fa# majeur op. 53
    Franz Liszt (1811-1886)
    Sonate en si mineur S 178
    Stephen Hough, piano

     


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