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CRITIQUES DE CONCERTS 23 octobre 2020

Nouvelle production de Parsifal de Wagner dans une mise en scène de François Girard et sous la direction de Kazushi Ono à l’Opéra de Lyon.

Une Nature épuisée
© Jean-Louis Fernandez

Événement de la saison lyrique lyonnaise, le nouveau Parsifal confié à François Girard insiste sur la damnation et la désolation d’une Nature bafouée par les excès de l’Homme qui se prend pour Dieu. Dans une superbe scénographie, le spectacle, très correctement chanté, souffre avant tout de la lecture orchestrale atone de Kazushi Ono.
 

Opéra national, Lyon
Le 25/03/2012
Yannick MILLON
 



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  • Qu’arrive-t-il Ă  Kazushi Ono, qui a fait pendant des annĂ©es les belles heures de la fosse de la Monnaie de Bruxelles, et qui avait signĂ© Ă  l’OpĂ©ra Nouvel une Lulu d’anthologie ? Le chef japonais, en cette dernière reprĂ©sentation de matinĂ©e Ă  Lyon, ne parvient pas Ă  se mettre en phase avec l’univers de Parsifal, et affaiblit singulièrement une production qui ne demandait qu’à s’épanouir.

    Dans des tempi médians, mais à l’occasion d’une lenteur jamais habitée – le récit de Gurnemanz –, la trame orchestrale ne parvient pas à restituer les voûtes sonores ouvragées du dernier Wagner, et délivre notamment un premier acte étriqué et interminable, où l’orchestre semble constamment éteint et bien fragile de textures.

    Les cordes notamment, lisses, pâles, ont toutes les peines du monde à trouver de la longueur d’archet, du grain pour soutenir une battue dénervée. Et si les éclats et la noirceur du II interpellent plus, le III n’atteint les sphères qu’au moment de la rédemption.

    Et puis, si l’on a souvent évoqué les forces chorales de l’Opéra de Lyon comme les meilleures de France, les chœurs de ce Parsifal déçoivent, en raison peut-être d’une altération de la matière vocale par une spatialisation maladroite, donnant l’impression de voix féminines hors scène compressées et synthétiques, absorbant jusqu’à la pureté angélique des timbres de la Maîtrise.

    La distribution, peu encouragée par la fosse, reste toutefois honorable. Champion de l’applaudimètre, le Gurnemanz de Georg Zeppenfeld donne la leçon. Timbre bien placé, jamais grossi, le baryton campe un doyen du Graal plus clair que la tradition, d’une grande noblesse, d’une stature de Liedersänger auquel ne manque qu’un aigu aussi déployé que le reste de la voix.

    Alexandro Marco-Buhrmester, habitué d’Amfortas à Bayreuth, est saisissant en Klingsor, imposant un ton mordant, une morgue, une frustration dans ce timbre métallisant qui dessinent d’emblée la rancœur du mage noir. Après la dizaine de rois maudits de Detlef Roth entendus ces dernières années, on apprécie de retrouver une vraie matière wagnérienne chez l’Amfortas de Gerd Grochowski, même si ses inflexions restent assez sommaires.

    Nikolaï Schukoff, belle plastique et personnage parfait d’innocence, est un Parsifal aux élans d’héroïsme, très engagé, mais depuis son Siegfried du Châtelet, la voix, qui a trouvé une largeur adéquate, semble s’être installée pour de bon dans la gorge, et ses débuts de phrases sont parfois redoutables d’appui laryngé.

    La Kundry d’Elena Zhidkova enfin trouve sa substance dans un grave nourri, d’une couleur sombre, couverte, sans s’effrayer d’aigus finement dardés à la fin du II, mais l’incarnation ne marque au final guère dans cet emploi parmi les plus riches du répertoire, qui nécessite une implication psychologique un peu courte ici.

    © Jean-Louis Fernandez

    Pour la partie scénique, François Girard, le réalisateur du Violon rouge, a conçu son Parsifal autour de l’épuisement naturel, en imaginant un univers de terre asséchée, craquelée, manquant cruellement d’eau, en lieu et place de laquelle une faille tectonique suinte le sang du péché et de la damnation, avant une extase du Vendredi saint de chair triste, toute de poussière, de stérilité du sol, sans la moindre trace de végétal.

    Des projections vidéo discrètes, entre phénomènes météorologiques et mysticisme spatial façon Melancholia participent aussi à l’atmosphère de crise écologique, d’une Terre ravagée par la bêtise de l’Homme, et notamment d’une confrérie du Graal sectaire et terriblement misogyne.

    Visuellement, le II reste le plus saisissant, situé dans les profondeurs du rift de Montsalvat, sur les parois duquel se reflète une mare de sang, et où les créatures de Klingsor, telles des possédées hagardes, plantées derrière des lances, semblent téléguidées par le sorcier maléfique.

    Le metteur en scène oppose d’ailleurs constamment le masculin-oppresseur au féminin-oppressé, et il faut attendre le dénouement pour que les silhouettes de femmes voilées et errantes pendant l’intégralité des actes impairs soient délivrées de leur asservissement par le rédempteur Parsifal.

    On déplorera seulement une direction d’acteurs faible quant aux souffrances outrées d’Amfortas, souvent trop appuyée ailleurs, mais la scénographie demeure en soi assez forte pour faire oublier cet écueil dans une production déplorant avec impact une Nature violée.




    Opéra national, Lyon
    Le 25/03/2012
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Parsifal de Wagner dans une mise en scène de François Girard et sous la direction de Kazushi Ono à l’Opéra de Lyon.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, festival scénique sacré en trois actes (1882)
    Livret du compositeur

    Coproduction avec le Metropolitan Opera de New York et l’Opéra de Toronto

    Maîtrise, Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Lyon
    direction : Kazushi Ono
    mise en scène : François Girard
    décors : Michael Levine
    costumes : Thibault Vancraenenbroeck
    Ă©clairages : David Finn
    vidéo : Peter Flaherty
    préparation des chœurs : Alan Woodbridge

    Avec :
    Gerd Grochowski (Amfortas), Kurt Gysen (Titurel), Georg Zeppenfeld (Gurnemanz), Nikolaï Schukoff (Parsifal), Alexandro Marco-Buhrmester (Klingsor), Elena Zhidkova (Kundry), Daniel Kluge (Erster Ritter), Lukas Schmid (Zweiter Ritter), Heather Newhouse (Erster Knappe / Blumenmächen 4), Katharina von Bülow (Zweiter Knappe / Blumenmädchen 3), Pascal Pittie (Dritter Knappe), Oleksiy Palchykov (Vierter Knappe), Ulrike Helzel (altsolo / Blumenmädchen 6), Tehmine Yeghiazaryan (Blumenmädchen 1), Ivi Karnezi (Blumenmädchen 2), Sonja Volten (Blumenmädchen 5).

     



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