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CRITIQUES DE CONCERTS 24 octobre 2020

Création à l’Opéra du Rhin des Huguenots de Meyerbeer dans la mise en scène d’Olivier Py, sous la direction de Daniele Callegari.

Contre tous les fanatismes
© Alain Kaiser

Neuf mois après la Monnaie de Bruxelles, l’Opéra du Rhin affiche à son tour les Huguenots signés par Olivier Py. Avec un nouveau chef et une distribution renouvelée, le constat est identique : ni ringard ni démodé, le Grand Opéra de Meyerbeer est un ouvrage majeur de notre répertoire, ne méritant ni l’oubli ni le mépris qui l’ont injustement frappé.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 28/03/2012
Monique BARICHELLA
 



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  • ÉvĂ©nement incontournable de la saison bruxelloise 2010-2011, la production des Huguenots prĂ©sentĂ©e Ă  Strasbourg avant Mulhouse est aussi l’un des moments forts de l’annĂ©e lyrique en cours, non seulement pour l’OpĂ©ra du Rhin, coproducteur du spectacle, mais pour l’Hexagone dans son entier. D’autant qu’il y a trop longtemps que l’OpĂ©ra de Paris ne s’est pas risquĂ© Ă  proposer un ouvrage de Meyerbeer, qui reste un grand inconnu pour le public français.

    On pouvait craindre que sans Marc Minkowski, qui avait insufflé un élan, un rythme et une dynamique irrésistibles, la partition perde une partie de sa force et de son éclat, mais il n’en est rien. D’abord, grâce à la qualité des forces maison : un Orchestre philharmonique de Strasbourg et des chœurs exceptionnels, tels qu’on les a rarement entendus dans un passé récent.

    Très sollicités, les chœurs, remarquablement préparés, réussissent un véritable tour de force salué par une salle enthousiaste. Même constat pour un orchestre impeccable dirigé avec fougue, précision, fluidité et un équilibre parfait entre la fosse et le plateau par un Daniele Callegari évitant débordements sonores et pompiérisme.

    Donnés quasiment dans leur intégralité (quatre heures de musique sans les deux entractes), les Huguenots ne génèrent aucun passage à vide, et jamais la soirée, commencée à 18h30, ne semble trop longue. L’ouvrage, qui nécessite des voix hors du commun, est pourtant réputé inchantable, mais les deux distributions bruxelloises comme le casting homogène affiché par l’Opéra du Rhin démentent en partie cette affirmation.

    Même sans réunir des gosiers aussi glorieux que lors des représentations historiques de la Scala en 1962 (Sutherland, Simionato, Corelli, Ghiaurov, Cossotto), on peut s’accommoder d’un plateau sensiblement moins prestigieux en préservant l’essentiel des prouesses techniques moyennant quelques concessions à un idéal quasiment impossible à atteindre aujourd’hui.

    © Alain Kaiser

    Karine Deshayes qui a toutes les qualités et la virtuosité exigées par le rôle d’Urbain, domine, du moins en valeur absolue, une distribution féminine méritante. Laura Aikin est une Marguerite de Valois crédible et musicale, et Mireille Delunsch affronte à nouveau Valentine avec le volontarisme et l’engagement qu’on lui connaît. Elle prend tous les risques, ne se ménage jamais, dérape parfois sur une note, mais force l’admiration par son courage et sa conviction.

    Pour l’essentiel, Gregory Kunde, dont la santé vocale impressionne, rend justice à Raoul. Certes, il privilégie l’héroïsme au bel canto, mais réussit l’exploit avec un aplomb qui, lui aussi, mérite des louanges. Authentique basse, Wojtek Smilek a les moyens exigés par Marcel, qu’il assure avec une belle solidité.

    Tout aussi irréprochables, Philippe Rouillon (Saint-Bris) et Marc Barrard (Comte de Nevers), exemplaires de style et d’articulation française. Précisons que chez la majorité des chanteurs, le texte est parfaitement intelligible, ce qui permet de suivre facilement l’action. Enfin, les nombreux rôles secondaires sont eux aussi parfaitement tenus.

    La spectaculaire production d’Olivier Py, au meilleur de lui-même, bénéficie d’un grandiose décor modulable de Pierre-André Weitz, qui a aussi signé de beaux costumes mêlant avec dextérité XVIe, XIXe et XXe siècles, à dominante noire, mais avec des taches de blanc et d’or. Évoquant l’architecture de la Renaissance, le décor métallique de couleur bronze se modifie continuellement grâce à des praticables, escaliers et ponts qui se juxtaposent les uns aux autres permettant des changements à vue perpétuels d’une étonnante virtuosité.

    Eux aussi très élaborés, les éclairages contribuent à une atmosphère sombre et tragique. Même s’il se laisse aller à ses habituels péchés mignons (orgies entre mecs, profusion d’hommes aux pectoraux avantageux, figurants des deux sexes inutilement à poil, mais aussi jeux érotiques et licencieux entre femmes), le metteur en scène, dont on apprécie la direction d’acteurs et des foules, a le mérite de mettre l’accent sur l’intemporalité du fanatisme religieux et d’une intolérance odieuse.

    Au-delà des guerres de religion entre catholiques et protestants, et du massacre de la Saint-Barthélémy, il dénonce clairement dans la scène finale l’antisémitisme avec une image forte évoquant les déportations hitlériennes. Dans le même temps, il nous interroge sur tous les fanatismes auxquels nous continuons d’être confrontés aujourd’hui, et que Meyerbeer avait soulignés dans son chef-d’œuvre.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 28/03/2012
    Monique BARICHELLA

    Création à l’Opéra du Rhin des Huguenots de Meyerbeer dans la mise en scène d’Olivier Py, sous la direction de Daniele Callegari.
    Giacomo Meyerbeer (1791-1864)
    Les Huguenots, grand opéra en cinq actes (1836)
    Livret d’Eugène Scribe et Émile Deschamps

    Coproduction avec la Monnaie de Bruxelles

    Chœurs de l’Opéra du Rhin
    Orchestre philharmonique de Strasbourg
    direction : Daniele Callegari
    mise en scène : Olivier Py
    décors, costumes & maquillages : Pierre-André Weitz
    Ă©clairages : Bertrand Killy

    Avec :
    Laura Aikin (Marguerite de Valois), Mireille Delunsch (Valentine), Karine Deshayes (Le Page, Urbain), Gregory Kunde (Raoul), Marc Barrard (Nevers), Philippe Rouillon (Saint-Bris), Wojtek Smilek (Marcel), Xavier Rouillon (Cossé), Marc Labonnette (Thoré), Avi Klemberg (Tavannes), Mark Van Arsdale (Bois-Rosé), Arnaud Rouillon (Retz), Patrick Bolleire (Méru).

     



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