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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Première à l’Opéra de Valence de Thaïs de Massenet dans la mise en scène de Nicola Raab, sous la direction de Patrick Fournillier.

Un Athanaël phénoménal
© Tato Baeza

Après Simon Boccanegra, Rigoletto et avant Nabucco, Foscari et Germont qu’il abordera la saison prochaine, l’incroyable Plácido Domingo ne fait à Valence qu’une bouchée d’Athanaël, sans doute le plus complexe des rôles de baryton français, dans une production passionnante de Thaïs venue de Göteborg. Encore un triomphe à l’actif du tenorissimo.
 

Palau de les arts Reina Sofia, Valencia
Le 03/04/2012
Monique BARICHELLA
 



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  • Plácido Domingo n’a pas fini de nous surprendre, autant par sa santé vocale que par les défis incessants qu’il continue à assumer. Alors qu’il ne s’était guère ménagé en plus de cinquante ans de carrière, il n’a pas hésité à aborder tardivement Gluck ou Haendel, ni à prendre part à l’irrésistible The Enchanted Island, pasticcio proposé récemment par le Met.

    C’est désormais vers les grands rôles de baryton lyrico-dramatiques qu’il se tourne, dans une tessiture qui ne lui pose aucun problème, la qualité de l’instrument étant miraculeusement intacte. Après Simon Boccanegra et Rigoletto, il s’impose dans l’un des rôles les plus fascinants du répertoire français, Athanaël dans la Thaïs de Massenet, un personnage hors du commun tourmenté par ses ambiguïtés et ses contradictions.

    À l’origine, le projet était prévu en coproduction avec le Châtelet et les représentations planifiées en juin à Paris. Ce n’est que très tardivement que le TMP renonça finalement à une entreprise peut-être trop risquée au niveau d’une mise en scène et d’une interprète du rôle-titre adéquates.

    Difficile en effet de représenter Thaïs sans tomber dans le kitsch (production de Washington donnée ensuite au Met), et tout aussi périlleux d’en proposer une relecture sans trahir et du même coup casser l’ouvrage dont le livret est basé sur la nouvelle d’Anatole France, écrivain bien oublié aujourd’hui.

    Faute de coproducteur, Helga Schmidt, l’intendante du Palau de les arts s’est tournée avec perspicacité vers un spectacle monté par l’Opéra de Göteborg, qui a le mérite de surmonter la plupart des problèmes posés par le livret, même s’il ne les résout pas entièrement.

    Ancienne assistante de Carsen, Decker et Pountney, Nicola Raab et son décorateur-costumier Johan Engels situent l’action dans l’univers symboliste et allégorique de Gustave Moreau, préservant le côté exotique de l’ouvrage, son faste et son luxe, sans tomber dans les outrances hollywoodiennes.

    Avec dextérité, le décor tournant nous installe avec brio dans une mise en abyme, et plus exactement un opéra dans l’Opéra dès l’apparition de Thaïs dans un vertigineux costume de Sphinge, sur la scène du théâtre d’Alexandrie où on reconnaît le rideau de l’Opéra de Paris.

    Les Cénobites (en costume XIXe) sont une secte mystérieuse dont le comportement, les rites et la dégénérescence finale évoquent la communauté dévoyée des Chevaliers du Graal dans Parsifal. Même les rapports d’Athanaël et Thaïs ne sont pas sans rappeler le festival scénique sacré de Wagner où le moine serait un mélange de Parsifal et Amfortas. Quant au duo final, il est virtuel, dans l’imaginaire d’Athanaël désespéré et presque fou.

    Nous verrons ainsi la sainte expirer dans les bras des sœurs blanches dès son arrivée à l’ermitage d’Albine et sa montée au ciel. Dès lors, le Je ne la verrai plus ! est un cri définitif et l’apparition de Thaïs dans la scène finale, où les deux protagonistes ne sont pas sur le même plan, une illusion, un rêve, un fantasme.

    Cheveux longs avec le look de Samson, svelte, rajeuni, Domingo est un Athanaël exalté, égaré, enragé et déchirant, d’une confondante maîtrise vocale assurant rigoureusement toutes les exigences de la partition de Massenet. Le timbre n’est évidemment pas celui de José Van Dam, la référence moderne du rôle, mais la qualité et l’impact sont identiques.

    Physiquement et dramatiquement, Malin Byström est une Thaïs idéale : belle, expressive, engagée, avec un port altier et une présence captivante. Les moyens vocaux sont imposants, mais ce ne sont guère ceux du rôle : la voix est dure, sans souplesse, les problèmes d’intonation fréquents, le suraigu laborieux, entre le cri et le craquage.

    Jolie voix, excellent français, le Nicias de Paolo Fanale ne passe pas inaperçu, et le Palémon de Gianluca Buratto est de premier ordre, comme l’ensemble du plateau : excellent duo de Myrtale (Marina Rodríguez-Cusí) et Crobyle (Micaëla Oeste).

    À la tête de chœurs et d’un orchestre somptueux, Patrick Fournillier, justement acclamé par le public, rend à cette partition largement sous-estimée sa splendeur, son raffinement, ses coloris, sa vérité profonde : un magnifique travail stylistique autant qu’une sensibilité et un instinct subtils.

    Dans le contexte parisien d’une saison lyrique morose, après l’échec de Faust et le désastre de Manon, une belle occasion manquée pour le Châtelet ! Mais le spectacle sera repris à Séville en octobre, avec une nouvelle Thaïs, Mme Byström attendant un heureux événement.




    Palau de les arts Reina Sofia, Valencia
    Le 03/04/2012
    Monique BARICHELLA

    Première à l’Opéra de Valence de Thaïs de Massenet dans la mise en scène de Nicola Raab, sous la direction de Patrick Fournillier.
    Jules Massenet (1842-1912)
    Thaïs, opéra en trois actes (1894)
    Livret de Louis Gallet d’après le roman éponyme d’Anatole France

    Cor de la Generalitat Valenciana
    Orquestra de la Comunitat Valenciana
    direction : Patrick Fournillier
    mise en scène : Nicola Raab
    décors & costumes : Johan Engels
    éclairages : Linus Fellbom

    Avec :
    Plácido Domingo (Athanaël), Paolo Fanale (Nicias), Gianluca Buratto (Palémon), Aldo Heo (servant), Malin Byström (Thaïs), Micaëla Oeste (Crobyle), Marina Rodríguez-Cusí (Myrtale), María José Suárez (Albine).

     



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