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CRITIQUES DE CONCERTS 15 août 2018

Nouvelle production de Nixon in China de John Adams dans une mise en scène de Chen Zhi-Zheng et sous la direction d’Alexandre Briger au Théâtre du Châtelet, Paris.

Nixon has been ?
© Marie-Noëlle Robert

L’opéra de John Adams Nixon in China, vingt-cinq ans après sa création, parvient toujours à interpeller dans une nouvelle production proposée par le Châtelet. Mais figé, statique, il ne séduit jamais totalement malgré une distribution magnifique. On aurait aimé plus de grinçant et de férocité, tout ce qui faisait le sel du spectacle de la création.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 10/04/2012
Nicole DUAULT
 



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  • Quel coup au cœur quand l’énorme boeing Air Force One avait atterri sur la scène de Bobigny apportant dans ses bagages Richard et Pat Nixon ! Ainsi débutait un opéra d’un genre nouveau autant par le sujet que par la musique. C’était à Bobigny en 1991, quatre ans après la création de ce Nixon in China à Houston.

    Le public français fut subjugué par la lancinante rythmique de la musique répétitive de John Adams. La mise en scène aussi époustouflante qu’ironique de Peter Sellars, auteur du sujet, mettant en évidence la manipulation et l’incompréhension des puissants, avait achevé de convaincre qu’on tenait là l’un des grands opéras de la fin du XXe siècle.

    Vingt ans plus tard, la vision a changé. La production nouvelle de cette œuvre au Châtelet la remet dans un contexte bien différent. La rencontre en 1972 du maître du monde occidental à l’allure de cow-boy et au parfum de coca-cola, Richard Nixon, face au Grand Timonier Mao Zedong ne représente plus qu’un épisode de l’Histoire.

    Elle est même surréaliste dans la confrontation des idées et des régimes comme dans le choc des cultures. Son intérêt aurait été de susciter, dans les esprits de notre époque, le doute sur le pouvoir. C’était esquissé dans la mise en scène de Sellars jadis. Il n’en reste rien aujourd’hui, et c’est la principale critique que l’on peut adresser au metteur en scène et cinéaste Chen Shi-Zheng.

    Il nous avait éblouis jadis avec le longuissime et intense Pavillon aux pivoines et irrités dans un Così fan tutte ridicule d’orientalisme au festival d’Aix-en-Provence. Chen Shi-Zheng a, dit-il, souffert, avec sa famille, de la Révolution culturelle. Bourgeoisement installé entre Pékin et New York, il porte sur cette œuvre de John Adams un regard de presbyte. Que n’a-t-il pris davantage de distance !

    Sa mise en scène sans grâce est d’une certaine manière aussi obsolète que la musique de John Adams. Certes, le milieu musical français, d’abord subjugué, se déchire depuis longtemps sur la validité artistique de la musique répétitive américaine. On l’a vu récemment avec la superbe production d’Enstein on the beach de Phil Glass à Montpellier.

    L’intensité du sujet et la production très poétique de Bob Wilson ont fasciné les plus allergiques à la musique minimaliste. Un mois plus tard, on est encore sous le charme. L’art de John Adams est plus fourni, plus intense, plus subtil et plus riche que celui de Glass mais ses mélodies certes efficaces ne se révèlent que simplistes et presque uniment cinématographiques.

    Il se réfère sans cesse aux grands anciens en multipliant les citations, ici Wagner, là Mahler et voici Stravinski, puis la Symphonie alpestre de Strauss. Le compte est bon. Des références ? Tous les compositeurs se nourrissent du passé. Mais encore faut-il qu’ils subliment ces influences et citations. Ce qui n’est pas le cas d’Adams dont ce Nixon in China est pourtant l’œuvre fétiche.

    La distribution proposée par le Châtelet est remarquable, impressionnante de talents divers. Avec sa voix ample, le baryton Franco Pomponi incarne un Nixon fanfaron. Quant à June Anderson, dans ses robes serrées, portant des mini-sacs des sixties, elle est plus vraie que Pat Nixon. Sa voix est lumineuse et colorée.

    Sumi Jo vocalise allègrement de son ton cristallin en Jiang Qing, redoutable, perfide et intransigeante épouse d’un Mao – le ténor Alfred Kim – dont les aigus parfois brisés incarnent la personnalité instable du grand timonier. Quant à Peter Sidhom, il fait de Kissinger un double un peu facile et factice de DSK.

    L’Orchestre de chambre de Paris (ancien Ensemble orchestral) exalte cette partition difficile sous la baguette du chef Alexander Briger qui, étonnamment, est un élève de l’opposé d’Adams, le chef et compositeur Pierre Boulez. Cet opéra est une sorte de visite historique, muséale.

    Peter Sellars, en proposant comme thème d’opéra à John Adams la visite de Nixon à Mao avait innové, ironisé, caricaturé. Le fox trot du président des États-Unis dansant et se remémorant des réflexions amères, au final de l’opéra, était aussi décalé qu’époustouflant. Ici, il tombe à plat. Ce qui manque dans cette production malgré tout passionnante, c’est la satire et un troisième degré.

    L’ironie n’est plus ce qu’elle était, mais l’opéra d’Adams reste tout de même un jalon essentiel du lyrique de notre époque.




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 10/04/2012
    Nicole DUAULT

    Nouvelle production de Nixon in China de John Adams dans une mise en scène de Chen Zhi-Zheng et sous la direction d’Alexandre Briger au Théâtre du Châtelet, Paris.
    John Adams (*1947)
    Nixon in China, opéra en trois actes et six tableaux (1987)
    Livret d’Alice Goodman

    Chœur du Châtelet
    Orchestre de chambre de Paris
    direction : Alexander Briger
    mise en scène : Chen Shi-Zeng
    décors : Shilpa Gupta
    costumes : Petra Reinhardt
    éclairages : Alexander Koppelmann
    vidéo : Olivier Roset

    Avec :
    Franco Pomponi (Richard Nixon), Alfred Kim (Mao Zedong), June Anderson (Pat Nixon), Sumi Jo (Madame Mao), Peter Sidhom (Henry Kissinger), Kyung Chun Kim (Chou En-Laï), Sophie Leleu (Première secrétaire), Alexandra Sherman (Deuxième secrétaire), Rebecca de Pont Davies (Troisième secrétaire).

     



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