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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Nouvelles productions de Cavalleria rusticana de Mascagni et Pagliacci de Leoncavallo dans une mise en scène de Giarcarlo Del Monaco et sous la direction de Daniel Oren à l’Opéra de Paris.

Drame et mélo
© Mirco Magliocca

Productions du Teatro Real de Madrid, donnés dans la même soirée à la Bastille, Cavalleria rusticana, pour la première fois à l’Opéra de Paris, et Pagliacci, connaissent des sorts différents. Si ce dernier atteint un niveau d’expressivité saisissant, confortant son vérisme, le premier demeure dans des excès vocaux parfois à la limite du supportable.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 13/04/2012
Claude HELLEU
 



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  • Cavalleria rusticana et Pagliacci, deux succès populaires de l’opéra italien de l’ère vériste, composés à deux ans d’intervalle, semblent devenir inséparables. Leur nature et leur durée permettant leur succession au cours d’une même soirée, on finirait par en oublier les différences.

    Elles sont pourtant criantes dans la représentation que nous en donne l’Opéra de Paris. Sous la direction remarquable de Daniel Oren, le climat tout de suite instauré par l’orchestre évolue avec une bien plus grande subtilité dans l’opéra tragique de Leoncavallo, compositeur également auteur d’un livret à la théâtralité très humaine, qu’il n’a perduré dans le melodramma de Mascagni.

    Pourtant prometteuse est l’ambiance lourde et triste que projette en ouverture de celui-ci les élans musicaux distillés par le chef israélien – états d’âme qui ne seront jamais aussi nuancés et suggestifs que par la voix de cet orchestre. S’y introduit Sergey Murzaev en costume de ville, de plain pied avec les spectateurs pour leur chanter le prologue de Pagliacci, parfaitement adapté à Cavalleria rusticana, et leur rappeler ainsi les fragilités des acteurs qu’ils verront jouer.

    Le rideau se lève sur un village aux constructions symboliques d’une seule couleur, blocs d’un blanc craie, sur fond de ciel uniforme gris pâle. Une femme en noir, comme tous les personnages qui traverseront ce lieu, se lamente. Noirs et blancs se figeront hélas dans les protestations, les cris et les hurlements d’interprètes trop souvent au maximum de leur puissance, même s’ils chantent juste et bien.

    Violeta Urmana en amoureuse abandonnée, Marcello Giordani en amant infidèle nous assourdissent de leurs scènes, sans dérailler pour autant. Stefania Toczyska en mère sicilienne, Nicole Piccolomini en épouse adultérine, ne trahissent pas leurs rôles et chantent un peu moins à gorge déployée. Chez tous, les vibratos deviennent lignes vocales.

    Quant à l’histoire, elle se passe un dimanche de Pâques où les Alleluïa du chœur, comme toujours excellent, hommes et femmes à genoux, bérets et voiles noirs sur la tête, saluent un chemin de croix du Vendredi Saint ! Alleluïa, le Christ est ressuscité avant d’être crucifié !
    La mort remettra chacun à sa place, une tâche rouge de sang sur le sol est alors d’un bel effet, mais que de vociférations pour y parvenir ! Seul l’orchestre nuance, quand la partition le permet, un drame devenu simple mélo bruyant. Heureusement, Pagliacci succède à ce Cavalleria rusticana pour la première fois représenté à l’Opéra de Paris.

    Liesse populaire d’entrée, la foule attend et célèbre l’arrivée de la roulotte de Paillasse. Double meurtre pour finir. Le temps d’un après-midi et d’un spectacle, trois vies basculent. Histoire passionnelle qu’annonce sans en prévoir la portée le premier air du clown, marqué par un vibrato là aussi exagéré.

    Vladimir Galouzine n’en sera que plus remarquable au fur et à mesure qu’il contrôlera ses excès d’amplitude et que s’exacerbe sa souffrance, tant dans la voix projetée que dans le jeu, pour devenir tout simplement bouleversant. Jolie, sensuelle et désirable, Nedda a de quoi rendre jaloux son époux. La légèreté du timbre de Brigitta Kele élève son chant vers des oiseaux où passe celui de Siegfried. La pureté et le naturel du phrasé en confortent la séduction.

    Tassis Christoyannis mérite son amante, l’assurance précise et convaincante. Le bossu fou de désir, Sergey Murzaev, impose sa vilénie sur un plateau où règnent concupiscence, sensualité, angoisse, fureur et malheur derrière la joie d’un public innocent, chœur de l’Opéra complété des voix d’enfants.

    Sentiments extrêmes, intensité revendiquée : la mise en scène ultra classique et efficace de Giancarlo Del Monaco impose le réalisme d’une tragédie parfaitement dédoublée d’une comédie à l’ambiguïté sinistre, incarnée par une distribution sans faille.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 13/04/2012
    Claude HELLEU

    Nouvelles productions de Cavalleria rusticana de Mascagni et Pagliacci de Leoncavallo dans une mise en scène de Giarcarlo Del Monaco et sous la direction de Daniel Oren à l’Opéra de Paris.
    Pietro Mascagni (1863-1945)
    Cavalleria rusticana, melodramma en un acte (1890)
    Livret de Giovanni Targioni-Tozzetti et Guido Menasci d’après une nouvelle de Giovanni Verga
    Ruggero Leoncavallo (1858-1919)
    Pagliacci, opéra en deux actes (1892)

    Maîtrise des Hauts-de-Seine/Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris
    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Daniel Oren
    mise en scène : Giancarlo Del Monaco
    décors : Johannes Leiacker
    costumes : Birgit Wentsch
    éclairages : Vinicio Cheli
    préparation des chœurs : Patrick Marie Aubert

    Avec :
    Cavalleria rusticana :
    Violeta Urmana (Santuzza), Marcello Giordani (Turridu), Stefania Toczyska (Lucia), Franck Ferrai (Alfio), Nicole Piccolomini (Lola).
    Pagliacci :
    Brigitta Kele (Nedda), Vladimir Galouzine (Canio), Sergey Murzaev (Tonio), Florian Laconi (Beppe), Tassis Christoyannis (Silvio).

     



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