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CRITIQUES DE CONCERTS 24 mai 2018

Nouvelle production de la Muette de Portici d’Auber dans une mise en scène d’Emma Dante et sous la direction de Patrick Davin à l’Opéra Comique, Paris.

La Muette donne de la voix
© Elisabeth Carecchio

La Muette de Portici, l’un des plus grands succès du romantisme français, chef-d’œuvre d’Auber, que notre époque associe avant tout à une la foule compacte d’une station de métro parisienne archi-bondée, sort enfin du purgatoire. Elle ressurgit à l’Opéra Comique dans une mise en scène défrisante et une distribution dominée par le ténor Michael Spyres.
 

Opéra Comique - Salle Favart, Paris
Le 05/04/2012
Nicole DUAULT
 



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  • La maladie des huées, d’habitude réservée à l’Opéra de Paris, atteint la salle Favart. Incompréhensibles, ces manifestations de mauvaise humeur à la première de la Muette de Portici ! Elles s’adressaient non pas à l’œuvre mais à la mise en scène de l’Italienne Emma Dante.

    Celle-ci, peu connue en France, s’était illustrée en décembre 2011 dans une Carmen qui déchaîna l’ire des spectateurs à la Scala de Milan. Par snobisme et pour montrer qu’il connaît ce qui se passe de l’autre côté des Alpes, le public parisien, à son tour, a manifesté son courroux. Sans raison.

    Emma Dante propose une esthétique fort éloignée de ce que l’on voit d’habitude, mais inventive, jouant sur le titre de l’œuvre et multipliant des portes qui ont ainsi un rôle essentiel : calfeutrées pour les nantis, de cabanes pour les pêcheurs. Elles tournent, claquent et virevoltent au gré de l’action. L’Italienne se réfère également aux marionnettes napolitaines qui pullulent, comme si les héros de l’affaire n’étaient que de pauvres poupées de chiffon.

    Draps, étendards, bannières et rideaux achèvent un décor étonnant. Quant aux costumes des notables, ils vont jusqu’à la bouffonnerie baroque et factice qui sans doute était celle de la cour de Naples à l’époque où se situe l’action. Le héros Masaniello, homme du peuple vociférant d’égalitarisme, évoque irrésistiblement en cette campagne électorale la figure de M. Mélenchon, dont il a la poigne et l’emphase de tribun. L’intrigue plonge dans un authentique épisode de révolte anarchique à Naples à la fin des années 1640. Il incarne l’indignation populaire face à un pouvoir oppresseur.

    Son aventure idéalisée fit écrire non sans outrance à Alexandre Dumas que « Masaniello n’est plus un chef, n’est plus un roi, Masaniello est un Dieu ». Créée en 1828, la Muette serait prémonitoire : deux ans plus tard, la Révolution de Juillet éclatait à Paris. En Belgique, ce serait à l’issue d’une représentation de l’opéra que se serait développé le mouvement qui conduisit à la création du pays.

    L’héroïne, Fenella, sœur de Masaniello, est privée de la parole. Sauvageonne blessée par la vie, elle ne s’exprime que par la pantomime et la danse. Elle a, dit encore Alexandre Dumas, « l’éloquence du peuple ». Le personnage fut interprété par les plus grandes danseuses et actrices de l’époque, y compris Harriet Smithson, future femme d’Hector Berlioz.

    Ici, Fenella est interprétée non pas par une ballerine mais par une actrice-danseuse touche-à-tout qui fut l’élève du mime Marceau. Elena Borgogni déploie une énergie proche de l’hystérie. Elle est irrésistible comme que le ténor américain Michael Spyres, idéal Masaniello. Bravache sentimental, d’une présence scénique et vocale autant dans la berceuse que lors du contre-ut final, il est époustouflant, alors que l’Elvire d’Eglise Gutíerrez, semble ce soir en mauvaise forme.

    Beaux seconds rôles de Maxim Mironov et de Laurent Alvaro. Tous possèdent une qualité rare : une prononciation limpide du français au point que les surtitres paraissent superflus. Voici de quoi démonter à ceux qui en doutent combien, de Lully à Auber, le français peut être une langue musicale.

    Le Chœur de la Monnaie de Bruxelles, théâtre avec lequel a été réalisée cette production, se montre sans faille. L’Orchestre de la Monnaie, sous la direction de Patrick Davin, sonne équilibré. Bravo à Jérôme Deschamps, directeur de l’Opéra Comique, pour la défense du grand opéra romantique français.

    Six représentations, c’est bien peu pour séduire un large public. Il est incompréhensible que de telles productions, à part Paris et Bruxelles, ne soient pas données dans d’autres maisons de l’Hexagone : c’est l’une des faillites du ministère de la Culture qui préconise pourtant l’art, la musique et l’opéra pour tous et ne fait rien pour cela.




    Opéra Comique - Salle Favart, Paris
    Le 05/04/2012
    Nicole DUAULT

    Nouvelle production de la Muette de Portici d’Auber dans une mise en scène d’Emma Dante et sous la direction de Patrick Davin à l’Opéra Comique, Paris.
    Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871)
    La Muette de Portici, opéra en cinq actes (1828)
    Livret d’Eugène Scribe et Germain Delavigne

    Chœur et Orchestre du Théâtre royal de la Monnaie de Bruxelles
    direction : Patrick Davin
    mise en scène : Emma Dante
    décors : Carmine Maringola
    costumes : Vanessa Sannino
    éclairages : Dominique Bruguière

    Avec :
    Elena Borgoni (Fenella), Maxim Mironov (Alphonse), Eglise Gutíerrez (Elvire), Michael Spyres (Masaniello), Laurent Alvaro (Pietro), Tomislav Lavoie (Borella), Jean Teitgen (Selva), Martial Defontaine (Lorenzo).

     



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