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CRITIQUES DE CONCERTS 26 février 2018

Version de concert de la Walkyrie de Wagner sous la direction de Kent Nagano au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

La stature du drame

Après leur Parsifal d’anthologie la saison passée, les forces de l’Opéra de Munich offrent aux spectateurs du Théâtre des Champs-Élysées une Walkyrie en version de concert tout aussi marquante, d’une tenue orchestrale et d’un souffle magistraux. Dans un geste puissant, Nagano galvanise un plateau d’excellente facture, au Siegmund près.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 24/04/2012
Yannick MILLON
 



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  • Naguère célébré principalement dans le répertoire du XXe siècle pour ce qui est de l’opéra, Kent Nagano semble de plus en plus à l’aise dans Wagner. Pour preuve, le Parsifal magique d’il y a juste un an dans le même TCE, qui réserve cette fois encore un triomphe à tout rompre à une Walkyrie absolument grisante.

    Dans des tempi assis et une durée globale d’un peu plus de quatre heures, le chef américain donne d’emblée la couleur dans un orage introductif aux cordes chauffées à blanc, qui garderont toute la soirée durant ce grain, cette chair qui devraient être la base de toute interprétation wagnérienne. La tradition munichoise d’un quintette chargé de tension fait ici des miracles et ne cèdera à aucun moment à la fatigue.

    On l’a dit, Nagano conçoit sa Walkyrie large, prenant le temps de sculpter les articulations, de presser toute la pulpe des phrasés, en gardant toujours dans le viseur la densité. Et si la battue affiche parfois une certaine retenue – premières pages du duo du I, prélude du II, fuite des jumeaux, chevauchée –, elle n’en relâche pour autant l’imminence du drame, porté ici non par l’électricité, mais par une lame de fond.

    La scène de Fricka, souvent longuette, trouve alors un ton qu’on avait rarement entendu aussi tragique dans l’accompagnement, tout en ruptures et en contrastes. Il faut dire aussi que l’Orchestre d’état de Bavière connaît son Wagner sur le bout des archets, et trouve à chaque instant le son juste, la couleur adéquate.

    Les cors, transcendants de plénitude, le violoncelle solo à pleurer de Peter Wöpke, des cuivres graves d’une grandeur dramatique constante viennent renforcer une conception un rien intimidante mais toujours à l’affût de l’expressivité – le climax des Adieux de Wotan, déchirant.

    Quand au surplus, la distribution se hisse au même niveau, on ne peut que partager l’enthousiasme d’un public survolté, jusque dans les applaudissements de la boutade d’un spectateur criant juste avant l’entrée du chef au II : « Bravo pour la mise en scène, tellement meilleure qu’à la Bastille ! »

    Seule paille d’un plateau de très belle qualité, le Siegmund de Lance Ryan sera d’ailleurs le moins acclamé aux saluts. On sait l’Américain très à l’aise dans la jeunesse débridée du sauvageon Siegfried, et on pouvait l’imaginer endosser facilement la douleur du père.

    Las, ce timbre de crapaud, ces vilaines résonances nasales, cette émission débraillée, guettant la moindre occasion pour rugir avec une totale impudeur, cantonnent le personnage aux éclats d’un Heldentenor binaire, d’un manque cruel de tempérance aux antipodes de la douleur rentrée du Wälsung.

    Son inverse en tout, la Sieglinde d’Anja Kampe est une révélation, beau matériau jamais forcé ou sujet aux contorsions, diseuse habile et aigu bien en place, engageant des ressources qui confèrent une intensité brûlante aux passages les plus exposés. Elle en remontrerait à la Brünnhilde de Nina Stemme, tellement plus hautaine.

    Sa Walkyrie de glace reste pourtant parmi les mieux chantées qu’on puisse imaginer, d’une égalité des registres, d’un aigu dardé probablement sans concurrence aujourd’hui. On cherchera ailleurs le frémissement – un Der diese Liebe où l’émission, trop verticale, commence à hululer – mais force est de constater que la Suédoise s’acquitte des difficultés du rôle comme d’autres font leur marché.

    Au diapason des choix de Nagano, la Fricka de Michaela Schuster, avec son timbre écorché, insuffle une grandeur tragique saisissante à l’épouse bafouée, sans verser dans les éclats de sorcière qui avaient fait le sel de sa Nourrice straussienne à Salzbourg. Sentiment inverse pour le Hunding très salon de thé d’Ain Anger, petite voix sans creux ni noirceur qui pourrait aussi bien parler chiffons.

    Enfin, même s’il n’a pas l’ampleur d’un authentique Wotan, Thomas Johannes Mayer se tire admirablement de sa partie dans une salle de cette taille, et affiche même, à défaut d’une projection bétonnée ou de nuances qui ne soient pas détimbrées, un troisième registre bien accroché, venant à bout de toutes les difficultés dues au courroux paternel.

    Une soirée où chacun aura contribué à donner toute sa stature au drame wagnérien.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 24/04/2012
    Yannick MILLON

    Version de concert de la Walkyrie de Wagner sous la direction de Kent Nagano au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Die Walküre, première journée du festival scénique Der Ring des Nibelungen (1870)
    Livret du compositeur

    Lance Ryan (Siegmund)
    Anja Kampe (Sieglinde)
    Ain Anger (Hunding)
    Thomas Johannes Mayer (Wotan)
    Michaela Schuster (Fricka)
    Nina Stemme (Brünnhilde)
    Danielle Halbwachs (Gerhilde)
    Golda Schultz (Ortlinde)
    Heike Grötzinger (Waltraute)
    Anaïk Morel (Schwertleite)
    Erika Wueschner (Helmwige)
    Roswitha C. Müller (Siegrune)
    Okka von der Damerau (Grimgerde)
    Alexandra Petersamer (Roßweiße)

    Bayerisches Staatsorchester
    direction : Kent Nagano

     


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