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CRITIQUES DE CONCERTS 17 novembre 2018

Récital du pianiste Richard Goode dans le cadre de Piano aux Champs-Élysées au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Un piano lumineux

Richard Goode est un pianiste rare. Ses interprétations nous offrent un répertoire d’un classicisme romantique dont nous apprécions d’autant plus l’expressivité que nous en connaissons les chemins. Et c’est un bonheur sans cesse renouvelé que de l’y suivre, comblés par ce guide dont les parcours imposent tranquillement leur évidence.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 21/05/2012
Claude HELLEU
 



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  • Ceux qui le connaissent ne manqueraient pour rien au monde un de ses récitals. Mais Richard Goode, pianiste rare, ne se soucie guère d’éblouir son public autrement que par la profondeur et la subtilité d’un jeu plein, chaud, rond, au service d’un répertoire des plus classiques.

    Il commence par la Fantaisie en ut mineur de Mozart. La pénètre comme s’il la découvrait. Et, tranquillement, l’improvisation lumineuse avance de découvertes en questionnements, habitée d’une sorte de grâce en ses surprises comme en ses silences.

    Les modulations passent d’une main à l’autre dans un équilibre idéal. La profondeur des basses, la légèreté du toucher privilégient la limpidité à la virtuosité. L’imprévu règne. Paix et tempêtes, lumière et sombres couleurs, soupirs, ruptures, éclairs, joie s’enchaînent tout naturellement, exaltant sans jamais un excès l’étonnante liberté de cette œuvre.

    Publiée en même temps et écrite après la Sonate en ut mineur K. 457 afin de lui être une sorte d’introduction, elle demeure dans toute son indépendance un morceau unique. La sonate n’en est pas moins un prolongement dont le pianiste américain révèle la puissance fiévreuse avec la même simplicité.

    Point d’agitation inquiète dans les interruptions et les ruptures de la partition, mais une passion qui s’assume, se déclare et prolonge les aléas et les subtilités de ses révélations. L’évidence d’une telle interprétation nous unit au moindre des sentiments de Mozart dans ces œuvres de sa trentaine, si proches de Beethoven.

    Et c’est l’émerveillement, de la première à la dernière note, de la Sonate en mib majeur op. 31 n° 3 de celui-ci. On ne peut rêver plus parfaite adhésion à son humeur souriante. La sonorité claire et ombrée, la fluidité du legato, un trille aérien sur des arpèges mélodieux ressuscitent son caractère pastoral.

    La vivacité des rythmes stimule la joie d’un climat dont le pittoresque ravit. Le Scherzo galvanisant sur ses doubles croches en staccato léger, où les deux accords fortissimo créent une surprise sans aucune dureté, la diversité des reprises, la vélocité avec sa battue de croches fanfaronnante… tout est lumière, révélation, évidence, et l’est toujours avec ce naturel incomparable, si simplement et profondément expressif.

    Perpétuation de notre bonheur avec Schumann et Chopin. Tout à l’impulsion de l’inspiration des Kreisleriana, écrites en quatre jours dans l’attente confiante d’une lettre de Clara, Goode ressuscite Schumann lui disant : « Un amour vraiment farouche se trouve dans quelques phrases, ta vie, la mienne et plus d’un de tes regards… », ou encore : « Musique bizarre, musique folle, voire solennelle… ».

    Huit pièces d’humeurs opposées nous entraînent dans cet amour magnifiquement romantique. Déclarations fiévreuses, rageuses, suppliques et euphorie, rêves et déchirements, angoisse et volonté conquérante alternent leurs contradictions.

    D’élans tourbillonnants en contrepoints chantants, de rafales coléreuses en espiègleries, la spontanéité règne et se nuance, nous offrant l’intimité d’une passion recréée dans la diversité de ses émotions et les délices de ses tourments.

    Deux mains unies, indépendantes et complémentaires, dix doigts à l’agilité indéfectible, un jeu de pédales aussi léger que le toucher néanmoins profond, une sonorité dont les couleurs se renouvellent au gré des éclairages servent évidemment aussi bellement la Barcarolle en fa# majeur de Chopin.

    Inspirée du chant des gondoliers vénitiens, elle s’engendre dans un balancement renouvelé sans rupture. Sur ce rythme berceur, Richard Goode insuffle chaleur et volupté à la mélopée, ses reflets cristallins parfois assombris de teintes orageuses. Les harmonies s’épanouissent sous la sensualité du toucher, fascinantes.

    Notes volubiles ou scintillantes et basses profondes, accords dans le cœur du piano et transitions subtiles participent de l’enchantement de ce lyrisme et de sa paix unis en une mystérieuse intensité. Un récital d’une pureté exceptionnelle.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 21/05/2012
    Claude HELLEU

    Récital du pianiste Richard Goode dans le cadre de Piano aux Champs-Élysées au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Fantaisie en ut mineur K. 475
    Sonate en ut mineur K. 457
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate n° 18 en mib majeur op. 31 n° 3
    Robert Schumann (1810-1856)
    Kreisleriana op. 16
    Frédéric Chopin (1810-1849)
    Barcarolle en fa# majeur op. 60
    Richard Goode, piano

     


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