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CRITIQUES DE CONCERTS 19 février 2018

Concert de l’Orchestre de l’Âge des Lumières sous la direction de Sir Simon Rattle, avec la participation du pianiste Pierre-Laurent Aimard au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

L'OAE sans éclat
© Mat Hennek

Sous la direction irrésistible de Simon Rattle, l’Orchestra of the Age of Enlightenment a donné le meilleur de lui-même dans un concert de musique française où se constataient les qualités mais aussi les limites des instruments anciens de cette formation créée il y a vingt-cinq ans par de jeunes musiciens londoniens.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 04/06/2012
Claude HELLEU
 



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  • Un concert de musique française qui commence dans l’enchantement. La sonorité fruitée des cordes et de la petite harmonie de l’Orchestre de l’Âge des Lumières servent avec une grande délicatesse le Pelléas et Mélisande de Fauré, composé en deux temps avant l’opéra de Debussy, d’abord en en confiant l’orchestration à un de ses élèves, Charles Koechlin, puis en tirant de cette composition une suite symphonique d’une subtile éloquence.

    Unisson et légèreté des pupitres, chant du hautbois, couleurs de la flûte, reflets de la harpe, pureté des instruments se prêtent à l’expressivité du symbolisme qui l’inspire et dont Simon Rattle nuance les évocations mystérieuses de toute leur subtilité.

    De quand datent ces instruments dont la chaleur s’épanouit au cours du Prélude, de la Fileuse, de la Chanson de Mélisande, de la Sicilienne et de la Mort de Mélisande ? De la fin du XIXe siècle ?

    Le programme nous apprend que l’Orchestra of the Age of Enlightenment a été créé il y a vingt-cinq ans par de jeunes musiciens « au regard acéré » qui ont décidé « de repartir de zéro… de demeurer inventifs… de ne pas nommer un seul et unique chef d’orchestre… de garder une soif créative inextinguible… », mais sans préciser sur quels instruments.

    De même ignorons-nous quel est ce piano de facture ancienne et sans nom apparent où vient s’asseoir Pierre-Laurent Aimard pour le Concerto pour la main gauche de Maurice Ravel. Un Erard 1932, apprendrons-nous à l’entracte après enquête.

    Certes, le concerto de Ravel est créé en janvier 1932. Mais si Ravel avait eu le choix entre un Streinway contemporain, tel un de ceux que Pierre-Laurent Aimard teste dans Pianomania, film dont il est un héros passionnant, et ce magnifique Erard à la sonorité étouffée, on peut s’interroger sur son choix. Affaire d’équilibre entre les instruments, nous voici donc confrontés à un passé dépassé.

    Accompagnée de beaucoup de pédale, la résonnance du piano n’en demeure pas moins petite et souvent frustrante. Aimard semble ne pas dominer tout du long sa partition. Prise plutôt lentement, avec quelque rubato inédit, si elle s’impose dans les cadences à découvert, elle se perd souvent dans l’orchestre. Disparaît alors le relief de leur duel.

    Le dramatisme, les rythmes jazzy, les moments de tendresse, l’âpreté, l’agressivité, cette étonnante diversité de genres confrontés par Ravel se banalisent entre les partenaires. Aucun éclat ne vient saisir l’auditeur, rien ne le heurte non plus. Écoute tranquille. Jusqu’au moment où le piano devient le meneur de jeu face aux cuivres veloutés.

    Paroxysme d’une sarabande aux accents vigoureux, clarté de la virtuosité, des attaques, des rythmes, superbe ultime cadence et reprise avec l’orchestre galvanisé par Sir Simon. Pierre-Laurent Aimard est un grand pianiste et le prouve au point de faire oublier alors le retour en arrière de l’exécution d’une œuvre à la modernité fracassante.

    Ce perfectionniste du son nous offrira en bis Des pas sur la neige de Debussy magiques après nous avoir expliqué que sa main droite n’ayant rien joué depuis vingt minutes, elle réclame de la lenteur. Pour l’écouter, Rattle demeure assis sur son estrade.

    Ainsi, selon leur caractère, les œuvres interprétées rayonnent de la sonorité chaleureuse de l’Orchestra of the Age of Enlightenment ou accusent son manque d’éclat. De Claude Debussy, le Prélude à l’après-midi d’un faune nous emmène dans ses rêves. La « lente pamoison » de la flûte rayonne sur le panthéisme voluptueux ressuscité par le chef. Rien ne manque aux chatoiements de l’orchestre.

    Quand elle dialogue avec le vent, la Mer, en revanche, réclame la grandeur de leur violence. Après l’aube et sa lumière, l’éblouissement aux cuivres du soleil de midi de la première esquisse, les Jeux de vagues animés de la deuxième, l’ampleur de la troisième jamais n’explose.

    Simon Rattle insuffle une tension magnifique à la profondeur des cordes graves, aux forte pleins des pupitres inspirés, aux élans fiévreux, mais tempête et chaos se limitent à des emportements feutrés. La musicalité de l’Orchestre de l’Âge des Lumières et son bonheur sous la direction de Simon Rattle n’en remportent pas moins un triomphe mérité.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 04/06/2012
    Claude HELLEU

    Concert de l’Orchestre de l’Âge des Lumières sous la direction de Sir Simon Rattle, avec la participation du pianiste Pierre-Laurent Aimard au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Gabriel Fauré (1845-1924)
    Pelléas et Mélisande, suite op. 80
    Maurice Ravel (1875-1937)
    Concerto pour la main gauche
    Pierre-Laurent Aimard, piano
    Claude Debussy (1862-1918)
    Prélude à l’après-midi d’un Faune
    La Mer, trois esquisses symphoniques
    Orchestra of the Age of Enlightenment
    direction : Sir Simon Rattle

     


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