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CRITIQUES DE CONCERTS 19 février 2018

Concert du London Philharmonic Orchestra sous la direction de Vladimir Jurowski, avec la participation du violoncelliste Truls Mørk au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Le nouveau Tsar
© Sheila Rock

Programme passionnant et exécuté avec une implacable maestria au cours de ce concert du London Philharmonic au TCE, devant une salle pourtant plutôt clairsemée. Ou comment le jeune Vladimir Jurowski confirme qu’il est devenu en quelques années l’une des baguettes les plus captivantes de la scène internationale, au détriment de ses ainés russes.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 11/06/2012
Yannick MILLON
 



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  • Le marketing a encore de beaux jours devant lui, si l’on en juge par le taux de remplissage relativement faible qui accueillait le concert du LPO au Théâtre des Champs-Élysées et son austère patron Vladimir Jurowski, dont l’intelligence aiguë, le travail de fond, la gestique minimaliste sont tellement éloignés de ce dont raffole le star system.

    Et pourtant, il s’agissait probablement de l’un des grands concerts symphoniques de la saison parisienne, entamé par une suite de la Petite Renarde rusée qui annonçait la couleur d’entrée de jeu. Aucune concession à la séduction facile, au sentimentalisme auquel peut virer cette fable animalière qui symbolise tellement bien la condition humaine.

    Tempo rapide, angles saillants, précision diabolique dans la mise en valeur de timbres hors du commun, cliquetis d’horlogerie et col legno des cordes, toute la modernité de Janáček est là, coupante, abrupte, avec son orchestre en acuité, ciselé au cutter. La cruauté du règne animal, de l’homme face à la bête sous des oripeaux lyriques teintés de rythmique obsessionnelle, Jurowski tape en plein dans le mille.

    Dans le romantisme Mitteleuropa de Dvořák, même succès, auquel vient contribuer le violoncelle de Truls Mørk. Attentif à la variété des modes de jeu et d’attaque, le Norvégien, avec un son jamais énorme, affiche une unité, une fusion, une respiration avec le chef rares aujourd’hui, au bénéfice d’un Concerto pour violoncelle d’une magnifique grandeur.

    Pudeur, hauteur de vue, chef et soliste se gardent de toute facilité, et délivrent un camaïeu de couleurs, de nuances touchant à l’ineffable, en soignant des transitions souvent en apesanteur – no man’s land violoncelle-flûte dans le mouvement liminaire, Adagio sublime – avec quelques empoignades dans les tutti relançant idéalement la machine symphonique.

    En bis, nouveau moment de grâce avec le Chant des oiseaux de Casals de la part d’un violoncelliste à la carrière aussi discrète et patiente que son chef d’un soir, outre le fait que peu de ses confrères peuvent se targuer d’une telle qualité de phrasé et d’intonation. Un pur bonheur.

    On aborde donc avec confiance l’univers brucknérien par le biais de la bouillonnante Première Symphonie, sans doute l’ouvrage le plus frondeur d’un auteur qui développera très vite des plages contemplatives à peine en germe ici, notamment dans la version initiale de la partition, celle de la création de 1868, dans l’édition récente de William Carragan, les habituelles « versions de Linz » de Haas et Nowak comprenant en fait nombre de retouches datant des premières années suivant l’installation du compositeur à Vienne.

    Un choix éditorial d’autant plus judicieux que Jurowski joue à plein des ruptures, d’une nervosité quasi beethovénienne, exaltant le côté abrupt de l’écriture plutôt que de wagnériser le premier Bruckner comme tant de ses confrères qui cherchent à gommer les maladresses et hardiesses d’une partition encore largement expérimentale.

    Rectitude parfaite des répétitions et gradations rythmiques, réserve de puissance pour les climax – une coda de premier mouvement rageuse –, coups d’archets nets et sans bavure, sans pseudo mysticisme prétexte à toutes les approximations, cuivres et timbales au magnifique aplomb – un Scherzo lapidaire à souhait –, le jeune Bruckner a tout à y gagner, et le London Philharmonic s’en fait le champion.

    Une nouvelle preuve de versatilité chez un chef bosseur comme il en est peu, tout aussi capable de transcender une représentation de Don Giovanni ou de Falstaff que de mener sans se perdre en chemin un Bruckner, un Mahler entier, pour ne rien dire de ses Tchaïkovski que ne renierait pas un Mravinski.

    Le doute n’est plus permis : dans la décennie qui s’ouvre, LE grand maître de la direction russe n’est plus Valery Gergiev, dont les trois cents concerts par an ont fini par éroder l’excellence. Le nouveau Tsar se nomme Vladimir Jurowski, et on ne voit pour l’heure que son opposé, le déjanté et intuitif Teodor Currentzis, pour venir lui contester ce titre dans les années qui viennent.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 11/06/2012
    Yannick MILLON

    Concert du London Philharmonic Orchestra sous la direction de Vladimir Jurowski, avec la participation du violoncelliste Truls Mørk au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Leoš Janáček (1854-1928)
    La Petite Renarde rusée, suite pour orchestre
    Arrangement de Charles Mackerras
    Antonín Dvořák (1841-1904)
    Concerto pour violoncelle en si mineur op. 104
    Truls Mørk, violoncelle
    Anton Bruckner (1824-1896)
    Symphonie n° 1 en ut mineur
    Version de Linz, édition Carragan
    London Philharmonic Orchestra
    direction : Vladimir Jurowski

     


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