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CRITIQUES DE CONCERTS 02 avril 2020

Nouvelle production de Macbeth de Verdi dans une mise en scène de Christof Loy et sous la direction d’Ingo Metzmacher au Grand Théâtre de Genève.

Macbeth Ă  Manderley
© GTG / Monika Rittershaus

Les Vêpres siciliennes avaient révélé jusqu’à l’ennui le plus profond les limites du système Loy. Rien de tel avec la nouvelle production de Macbeth présentée au Grand Théâtre de Genève, baignée dans un noir et blanc hitchcockien dont la direction d’Ingo Metzmacher cisèle toutes les nuances de gris. En Lady Macbeth, Jennifer Larmore fait une prise de rôle majeure.
 

Grand Théâtre, Genève
Le 13/06/2012
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Au seuil de la mort – celle de la version initiale, greffĂ©e sur la rĂ©vision parisienne de 1865 –, Macbeth, le tyran comme emmurĂ© vivant dans sa glaçante demeure, voit dĂ©filer les Ă©vĂ©nements qui l’ont rĂ©duit Ă  un si pitoyable Ă©tat.

    Malgré ce procédé cinématographique dont le finale lève les ultimes zones d’ombre – c’est-à-dire tout ce qui dans la première scène avait pu conforter les contempteurs d’un regisseur adepte du détournement de livret –, Christof Loy s’incline devant le texte. Et jusqu’aux ballets de Thomas Wilhelm, parenthèses nostalgiques, ironiques et colorisées, dont les sylphides disloquées sont comme une signature.

    Car nul besoin de rectifier un « sujet tirĂ© de l’une des plus grandes tragĂ©dies dont le théâtre peut s’enorgueillir, et dont j’ai cherchĂ© Ă  extraire, le plus fidèlement possible, toutes les situations dramatiques. Â» Ainsi parle Verdi. N’est-ce pas lui d’ailleurs qui dicte ce flashback, en faisant entendre dès l’ouverture le prĂ©lude de la scène du somnambulisme ?

    À la volonté enfouie de Macbeth, son esprit faible peuplé de soubrettes barbues et de courtisans travestis, qui ne sont autres que le reflet déformé de son quotidien, s’oppose le caractère de sa Lady, ancré dans la réalité, et la nécessité du meurtre.

    Mais plus que dans la lecture psychologique, la force, la pouvoir de fascination même de cette mise en scène résident d’une part dans l’extrême économie des effets, qui le plus souvent n’en sont pas – exemple le plus frappant sans doute, la scène du banquet où la seule veste de Banco, abandonnée par ce dernier sur le dossier d’une chaise avant son assassinat, suffit à entraîner Macbeth au bord du gouffre –, d’autre part dans l’utilisation du noir et blanc.

    Cette mise à distance anxiogène, qui repose en grande partie sur la splendeur austère et monumentale du décor conçu par le plasticien Jonas Dahlberg comme une citation de Manderley, château des Winter dans Rebecca d’Alfred Hitchcock, où Lady Macbeth évoque immanquablement la terrible Mrs. Danvers, s’accroît jusqu’au vertige grâce aux lumières de Bernd Purkrabek et ses ombres de roses qui d’emblée projettent comme une forêt de Birnam en marche.

    Malgré quelques décalages persistants tant dans la fosse qu’avec le plateau, Ingo Metzmacher cisèle des nuances de gris en textures étouffées, raréfiées par une dynamique arachnéenne, et des mouvements retenus jusqu’à l’immobilité, d’où la déclamation verdienne émane avec un relief saisissant. Dans cette direction fouillée à l’extrême, Jennifer Larmore puise les étonnantes ressources d’une prise de rôle inattendue, et qui laisse pantois.

    Certes, la vocalité escarpée de Lady Macbeth transforme en qualités les bizarreries d’émission de la mezzo américaine, qui jamais ne contrefait le soprano drammatico ululando qu’elle n’est pas : ces sonorités parfois sourdes sont bien celles que le compositeur appelait de ses vœux dans une lettre fameuse citée à tort et à travers. Mais surtout, Larmore inscrit le rôle dans une juste filiation belcantiste.

    La précision des abbellimenti de la cabalette de son air d’entrée, et plus encore du Brindisi, dont pas un trille ne manque à l’appel, passe néanmoins au second plan comparée à la tenue de l’instrument jusque dans l’extrême aigu – ce contre-ré même, un peu trop bémol, tendu entre autres pièges sur un fil di voce – et à l’intelligence d’une incarnation portée par une diction acérée, dont le recours aux raucités du parlando s’inscrit dans les limites d’une approche philologique de la partition, qui nous éclaire au moins autant que les témoignages discographiques de Maria Callas et Shirley Verrett sur les intentions à double tranchant de Verdi.

    Davide Damiani ne manque d’ailleurs pas d’achopper sur ses injonctions Ă  s’exprimer « d’une voix sourde qui inspire la terreur. Â» Car son Macbeth pousse, tire, hurle, chuchote, sans ligne ni justesse, c’est-Ă -dire qu’il tombe dans le piège en oubliant de chanter, et finit Ă©puisĂ©, malgrĂ© les robustes Ă©clats d’un timbre mâchonnĂ©.

    De Banco, Christian Van Horn n’a pas tout à fait l’ampleur, ni le creux, mais phrase intensément. Quant au Macduff d’Andrea Carè, quelques nasalisations, le voile qui ternit certains certaines voyelles, ne sauraient déparer un chant d’une insolente franchise. Et encore moins l’atmosphère prégnante d’une production aussi aboutie.




    Grand Théâtre, Genève
    Le 13/06/2012
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Macbeth de Verdi dans une mise en scène de Christof Loy et sous la direction d’Ingo Metzmacher au Grand Théâtre de Genève.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Macbeth, melodramma en quatre actes (1847/1865)
    Livret de Francesco Maria Piave d’après Shakespeare.

    Chœurs du Grand Théâtre de Genève
    Orchestre de la Suisse Romande
    direction : Ingo Metzmacher
    mise en scène : Christof Loy
    décors : Jonas Dahlberg
    costumes : Ursula Renzenbrink
    chorégraphie : Thomas Wilhelm
    Ă©clairages : Bernd Purkrabek
    dramaturgie : Yvonne Gebauer

    Avec :
    Davide Damiani (Macbeth), Jennifer Larmore (Lady Macbeth), Christian Van Horn (Banco), Andrea Carè (Macduff), Emilio Pons (Malcolm), Natalia Gavrilan (Dama di Lady Macbeth).

     



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