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CRITIQUES DE CONCERTS 26 mai 2018

Première à l’Opéra de Paris de l’Hippolyte et Aricie de Rameau mis en scène par Ivan Alexandre, sous la direction d’Emmanuelle Haïm.

Le sort des songes
© Agathe Poupeney

Sa mise en scène d’Hippolyte et Aricie, Ivan Alexandre l’avait conçue pour le Capitole de Toulouse comme une invitation au songe. Au Palais Garnier, l’onirisme de cette évocation d’un théâtre baroque s’estompe en un spectacle grandiose et magnifique, figé par la distance. La direction d’Emmanuelle Haïm ne parvient pas davantage à animer un plateau inégal.
 

Palais Garnier, Paris
Le 17/06/2012
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Il n’est pas question d’en vouloir à Ivan Alexandre de ne pas renouveler le miracle toulousain de mars 2009 – n’est-ce pas d’ailleurs l’inévitable sort des songes ? Sans doute cela tient-il à l’espace du Palais Garnier, qui modifie les couleurs de cet Hippolyte et Aricie, plus ternes, et même sombres, que délicieusement fanées, trouble la fluidité des enchaînements, et surtout impose une distance, presque un cordon de sécurité : nous ne rêvons plus avec, mais sommes conviés à nous extasier. Cela tient aussi à certains détails, qui tendent à parfaire l’unité du spectacle, et pourtant entravent celle de notre souvenir.

    Au Capitole, le théâtre baroque avait été « simulé » sur un plancher moderne, et tout était, ajoute le metteur en scène, « à la manière de ». Tandis qu’à Garnier, tout est « tel quel ». De même qu’à Toulouse, certains éléments n’étaient pas peints, créant un décalage propice à l’accomplissement du songe – et n’en déplaise à Ivan Alexandre, son monstre en soie et en volume faisait davantage d’effet.

    Pour reprendre, et donc approfondir le spectacle, la préparation gestuelle a été confiée à « une autorité indiscutable » – en l’occurrence Béatrice Cramoix. Le mouvement parfois s’en trouve figé, et surtout n’y gagne pas en homogénéité : les choristes avancent en ordre, et plus encore en gestes dispersés – en tenue vocale aussi. Reste bien sûr l’expression d’une culture scénographique, certaines idées renversantes aussi, et qui relèvent bel et bien d’un art de l’interprétation, de l’imagination d’un érudit poète, comme ces Parques la tête en bas. Mais de l’émerveillement, hélas, ne surgit plus le théâtre, et l’ennui guette.

    Plus prestigieux qu’à Toulouse – ce qui n’est pas sans en compromettre l’équilibre –, le plateau n’y est pas étranger. Le français n’est pas à cause, assez supérieurement articulé par tous. Mais le style, son unité, sont mis à mal par des vocalités trop disparates. Andrea Hill est bien trop floue, presque indifférente en Diane, d’autant que la Grande Prêtresse d’Aurélia Legay a, malgré une certaine épaisseur de trait, bien plus de mordant. Jaël Azzaretti refait son Amour agile et piquant, avec moins de charme sans doute qu’il y a trois ans.

    Anne-Catherine Gillet retrouve quant à elle Aricie. Serons-nous comme alors seul à ne pas lui tresser de lauriers ? Car enfin ce timbre en pointe – de diamant paraît-il –, ces voyelles plates, ce vibrato repiqué d’un 78 tours, ces maniérismes systématiques du jeu comme du chant réduisent sa palette à une seule expression, uniment sonore. Moins à l’aise dans la tessiture d’Hippolyte que dans les Mozart italiens qui sont désormais son emploi naturel, Topi Lehtipuu projette ses mots avec moins de constance, mais au moins en varie-t-il le sens.

    Cheveux défaits, posture débridée, Sarah Connolly brise le marbre de Phèdre, dont elle livre, par-delà des couleurs éteintes, une incarnation musicale avant que d’être éloquente. Dès lors, Stéphane Degout domine tout – à Toulouse déjà –, par le poids du verbe et de la voix, l’expression concentrée, la noblesse brisée. Même si le hiératisme wilsonien le stimulait davantage que la pose baroque ou assimilée.

    Salomé Haller (Œnone), et Marc Mauillon (Tisiphone), sont également ingrats de timbre. Idéalement incisifs aussi – c’est par eux que la tragédie soudain s’anime –, tandis que François Lis n’a pour ses divinités – Pluton et Jupiter – qu’un instrument creux, à l’aigu dispersé et au grave aminci par un diapason à 400 Hz. Mais qu’il est percutant comparé à la basse défaite, dépourvue de noyau, de Jérôme Varnier, Neptune lointain, qui en Parque ne relève pas un trio atone.

    C’est que le Concert d’Astrée, aux Enfers comme ailleurs, est avare de contrastes, de progression, de climax. Défaut patent d’architecture, qui tient au geste d’Emmanuelle Haïm, qui nivelle le discours de la raideur. Et puis son orchestre jouait mieux à Toulouse, et surtout à Lille dans Dardanus, ou même, pour s’en tenir au Palais Garnier, dans Giulio Cesare de Haendel. À l’image de la scène, le son paraît atténué. Nous ne rêvons décidément plus avec, et c’est à peine si nous nous sommes extasié.




    Palais Garnier, Paris
    Le 17/06/2012
    Mehdi MAHDAVI

    Première à l’Opéra de Paris de l’Hippolyte et Aricie de Rameau mis en scène par Ivan Alexandre, sous la direction d’Emmanuelle Haïm.
    Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
    Hippolyte et Aricie, tragédie en musique en un prologue et cinq actes (1733)
    Livret de l’abbé Simon Joseph Pellegrin d’après Phèdre de Racine

    Chœur et Orchestre du Concert d’Astrée
    direction : Emmanuelle Haïm
    mise en scène : Ivan Alexandre
    décors : Antoine Fontaine
    costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
    éclairages : Hervé Gary
    chorégraphie : Natalie van Parys

    Avec :
    Topi Lehtipuu (Hippolyte), Anne-Catherine Gillet (Aricie), Sarah Connolly (Phèdre), Stéphane Degout (Thésée), Salomé Haller (Œnone), Andrea Hill (Diane), Manuel Nuñez Camelino (Mercure, un suivant de l’Amour), Jaël Azzaretti (l’Amour), François Lis (Pluton, Jupiter), Jérôme Varnier (Neptune, troisième parque), Marc Mauillon (Tisiphone), Aurélia Legay (la grande prêtresse de Diane, une chasseresse), Nicholas Mulroy (Première parque), Aimery Lefèvre (Arcas, Deuxième parque), Sydney Fierro (un chasseur).

     



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