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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Concert des Wiener Philharmoniker sous la direction de Sir Simon Rattle au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Une alchimie jubilatoire
© Mat Hennek

Depuis leurs premiers concerts ensemble et même si leurs retrouvailles restent rares, Sir Simon Rattle et le Philharmonique de Vienne ont toujours trouvé un terrain d’entente étonnant, dans des exécutions souvent en marge des options du chef britannique quand il dirige ses Berliner. Nouvelle démonstration avec ce concert époustouflant au TCE.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 19/06/2012
Yannick MILLON
 



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  • On a fréquemment souligné dans ces colonnes les limites du système Rattle, sa tendance renforcée à la coquetterie depuis qu’il a pris les rênes du Philharmonique de Berlin voilà bientôt dix ans, et le nombre non négligeable de ratés de leurs collaborations, tant au disque qu’au concert.

    Et si le chef anglais a cherché depuis son arrivée en terre germanique à dégraisser le son Karajan, dans la lignée des années Abbado en plus radical, on est toujours étonné de son plaisir manifeste à faire jouer les concurrents autrichiens que sont les Wiener Philharmoniker avec un tapis de cordes profus.

    En témoigne la Troisième Symphonie de Brahms qui ouvre ce concert de fin de saison au Théâtre des Champs-Élysées. Même à Berlin, Rattle semblait avoir laissé de côté ses excentricités dans le répertoire brahmsien – que l’on se réfère à son intégrale discographique pour EMI –, mais il va ici plus loin encore dans l’exaltation d’un jeu de cordes plein à ras bord et d’une générosité qu’il se refuse d’ordinaire.

    On demeure pantois devant la densité insufflée aux raclements des contrebasses au début du développement du premier mouvement, la largeur d’un énoncé de premier thème ardent et passionné, subtilement propulsé, et dont le dernier retour gagnera une tension supplémentaire grâce à un tempo un brin plus rapide.

    Pour autant, Rattle ne tourne jamais le dos à la transparence et à l’équilibre caractérisant ses interprétations, et qui, doublées ce soir d’un savant rubato, engendrent des plages contemplatives crépusculaires à souhait, des transitions portées à leur acmé expressif par les couleurs automnales de la formation viennoise.

    Si l’on y ajoute le cor solo mordoré de Ronald Janezic, écho impalpable à des violoncelles lumineux comme une aube sur le Wörthersee dans le Poco allegretto, on tient là une grande Troisième de Brahms, dont la seule coquetterie résidera dans une conclusion où sous le magnifique choral des vents, une petite intervention de timbales façon lapin Duracell n’ajoutera rien à la gloire de l’ensemble.

    Après l’entracte, changement radical de décor avec les Six pièces pour orchestre op. 6 de Webern et leur richesse sonore inépuisable jusque dans les silences, qui décidément ont tout à gagner aux chatoiements d’une formation au top niveau, expressive sur le moindre solo, autant capable de faire fuser les plus cruelles dissonances des cuivres bouchés – Bewegt – que d’étirer avec une réserve de puissance phénoménale un crescendo – marche funèbre.

    Aucune sécheresse dans cette interprétation lorgnant nettement plus du côté de Wozzeck que de l’abstraction boulézienne, et ce malgré le choix de la version révisée de 1928 pour orchestre d’envergure plus limitée que l’original, moins dans l’abondance des Trois pièces op. 6 de Berg.

    Pour clore une soirée où aura régné une alchimie de chaque instant, une Symphonie Rhénane de Schumann de la plus belle matière, où l’on n’aura à déplorer que le changement de timbalier, Anton Mittermayer laissant la place à son jeune confrère Klaus Zauner, tout à fait inexistant dans le premier mouvement où les cordes devront redoubler d’attaques très au talon de l’archet pour assurer la carrure.

    Passé cette déconvenue initiale, on se laisse porter par l’élan, l’énergie jamais raide d’une exécution vive et très tenue, sans scories, d’une souplesse exemplaire – Scherzo –, où un pupitre de cors en forme olympique transcendera chacune de ses interventions en une véritable fête de la plénitude.

    Après avoir imprimé un dégraissage sans concession à un Feierlich moderne dans son découpage séquentiel, Sir Simon traverse le Lebhaft conclusif comme sur un nuage, avec un mélange de rebond et d’assise unique que viendront clore deux accords finaux jubilatoires de classe et de juste dosage entre tranchant et rondeur. Cette alchimie aussi, on en redemande !




    Diffusion sur France Musique le 3 août à 20h.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 19/06/2012
    Yannick MILLON

    Concert des Wiener Philharmoniker sous la direction de Sir Simon Rattle au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Johannes Brahms (1833-1897)
    Symphonie n° 3 en fa majeur op. 90
    Anton Webern (1883-1945)
    Six pièces pour orchestre op. 6
    Version de 1928
    Robert Schumann (1810-1856)
    Symphonie n° 3 en mib majeur op. 97 « Rhénane »
    Wiener Philharmoniker
    direction : Sir Simon Rattle

     


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