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CRITIQUES DE CONCERTS 24 mai 2018

Récital du pianiste Arcadi Volodos au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

On croyait les connaître…

Des œuvres connues révèlent des chants secrets. Des trésors apparaissent sous l’éclairage nouveau qui les pénètre. Ce pourrait être un orchestre que dirige Arcadi Volodos dans la Sonate de Liszt, après que Schubert et Brahms ont vécu à découvert en notre présence. Un récital surprenant et captivant, un concert à nul autre comparable.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 20/06/2012
Claude HELLEU
 



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  • Un accord et son silence telle une pénétration amoureuse… L’aventure passionnelle qu’Arcadi Volodos va vivre devant nous avec la Sonate en si mineur de Franz Liszt ne cessera un instant de nous subjuguer.

    Si cette partition grandiose et d’un seul tenant marque une étape au XIXe siècle dans l’écriture du piano, l’interprétation que le pianiste russe en donne au TCE marque une nouvelle étape dans sa lecture. Avec une fidélité absolue au texte, l’identification de l’interprète à l’esprit qui l’emporte non seulement en illumine les moindres intentions, mais éclaire des richesses soudain apparues à notre écoute stupéfaite.

    Personnalisée au-delà de toute attente, orchestrée par une maîtrise sidérante de ses harmonies, libre, ample, inspirée, humaine et grandiose, la Sonate en si nous plonge et nous soulève irrésistiblement dans ses extrêmes. Il suffit d’écouter et de se laisser emmener par elle, avec elle et en elle…

    Mystère d’un climat sombrement méditatif, pulsation relancée de silences abrupts ou habités, révolte soudaine, rafales, octaves staccato saisissants, accents révélateurs de lignes de chant jusqu’alors intériorisées, solennité de basses incroyablement profondes, arpèges sensuels, détermination derrière l’extase, émerveillements sobrement intenses, rebondissements et défis, renoncement et sagesse de la sérénité enfin.

    Le jeu peut et dit tout. La perfection technique est absolue. Sa puissance transcendante, le toucher magique hautement personnel se vouent à l’intelligence et à la sensibilité d’un message dont l’entité ne cesse de se renouveler. Tenus en haleine, nous partageons, fascinés, l’humanité exceptionnelle d’un interprète hors norme.

    Ce tempérament captivant s’était auparavant imposé dès les premières mesures de la Sonate en la mineur de Franz Schubert op. posthume 143, D 784 – la Seizième Sonate et non quatorzième comme écrit sur le programme. La décision des accords interpelle aussitôt l’écoute. Le détachement des thèmes découvre l’énergie sous-jacente aux émois changeants, qu’ils soient farouchement combatifs ou pudiquement introspectifs, ou les deux simultanément.

    Étonnamment abrupt quand le climat épique le réclame, le jeu pratiquement sans pédale appréhende dans sa profonde dualité l’éternel combat du compositeur « en proie à une affliction inouïe » face à la mort sue prochaine et adorateur des plaisirs de la vie. La netteté des sonorités pourrait parfois frôler la sécheresse si leur plénitude était moindre.

    Mais cette plénitude d’harmonies précisément identifiées valorise aussi bien contemplations, nostalgie, souffrance et tempêtes. En osmose avec le compositeur, la sobriété dont Arcadi Volodos intensifie le pouvoir de son éloquence révèle des secrets rarement perçus.

    Autres confidences, celles de l’op. 117 de Brahms. Les trois Intermezzi échappent à leur atmosphère habituelle. La recherche y est là parfois déroutante. « Dors paisible, mon enfant, dors paisible et sage, j’ai tant de peine à te voir pleurer », cite Brahms en préface du Premier Intermezzo. Bercé en rubati inédits, le tendre poème perd de sa simplicité.

    L’atmosphère générale n’est plus en demi-teintes. Éclairées de l’intérieur, les résonnances priment, en pleine lumière. Les tempi s’y soumettent. La réflexion parfois désagrège la spontanéité de ces pages. Mais polyphonie du Deuxième Intermezzo et jeux d’arpèges entrelacés sortent des lignes de chant de leur cachette.

    Cette clarté harmonique plonge au-delà des mélodies du Troisième Intermezzo. Le clair-obscur dont on nuance généralement ce mystérieux op. 117 a laissé place à d’autres éclairages pour baigner sa splendeur. Et nous combler différemment.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 20/06/2012
    Claude HELLEU

    Récital du pianiste Arcadi Volodos au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Sonate en la mineur n°16 op. 143 D 784
    Johannes Brahms (1833-1897)
    Trois Intermezzi op. 117
    Franz Liszt (1811-1886)
    Sonate en si mineur op. 7 S. 178
    Arcadi Volodos, piano

     


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