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CRITIQUES DE CONCERTS 21 septembre 2020

Lady Macbeth de Chostakovitch par le th√©√Ętre H√©likon au festival de Radio-France et de Montpellier

Un opéra anti-mafia

Th√©√Ętre iconoclaste situ√© juste en face du Bolcho√Į de Moscou, l'H√©likon se caract√©rise par la hardiesse parfois outranci√®re de ses productions. Avec Lady Macbeth de Chostakovitch donn√© en juillet dernier √† Montpellier, il n'a pas failli √† sa r√©putation.

 

Festival de Radio France et Montpellier, Opéra Berlioz Le Corum,
Le 27/07/2000
Olivier BERNAGER
 



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  • Apr√®s le demi-√©chec du concert rassemblant Madalenna de Prokofiev et Mavra de Stravinski, on attendait Dmitri Bertmann dans Lady Macbeth de Mzensk, op√©ra qui marque un tournant dans l'oeuvre de Chostakovitch. Compos√© en 1930-1932, trois ans apr√®s son op√©ra-bouffe Le nez d'apr√®s Gogol, interdit au nom du r√©alisme socialiste en 1936, revu en 1962, Lady Macbeth a support√© le poids de l'incompr√©hension des autorit√©s sovi√©tiques avant de devenir l'oeuvre lyrique la plus jou√©e du compositeur.
    Un choeur, un orchestre, des techniciens, une troupe de chanteurs qui se produisent sur la sc√®ne d'un superbe palais moscovite, voici le Th√©√Ętre H√©licon de Moscou. Il y a dix ans, son directeur Dmitri Bertman a fond√© cette compagnie avec quelques copains, des bouts de ficelles et beaucoup d'imagination. Aujourd'hui largement subventionn√©e, elle emploie quatre cents personnes. V√©ritable sc√®ne alternative dans la capitale, le Th√©√Ętre H√©licon a sign√© plus de cent spectacles, dont cinq seulement sont connus en dehors des fronti√®res de Russie : Carmen, Madalena-Mavra (le spectacle f√©tiche, la premi√®re aventure de la troupe), Les contes d'Hoffmann, La dame de Pique et Lady Macbeth. Ses productions vont du grand op√©ra jusqu'√† la revue de music-hall, en passant par l'op√©ra de chambre et le " happening ".

    Dimitri Bertman poursuit dans tous ses spectacles une observation sans complaisance de la soci√©t√© actuelle. Le sujet de Lady Macbeth de Mzensk tombait donc √† point pour montrer la soci√©t√© mafieuse qui s√©vit actuellement en Russie, s'offrant le luxe d'une r√©ponse subtile √† la mafia de la pens√©e qui, dans les ann√©es trente-cinq mirent √† l'index cette oeuvre outranci√®re, noire et d'une ma√ģtrise musicale digne du Wozzeck d'Alban Berg. Les deux oeuvres d'ailleurs ont tir√© leur substance d'un fait divers, les deux sont √©crites dans un langage d'une sophistication exemplaire, les deux enfin explorent les capacit√©s musicales de la repr√©sentation sc√©nique.
    Bertman signe donc l√† une mise en sc√®ne qui √©pingle la r√©alit√© russe de l'apr√®s Perestro√Įka. Pour ce faire, il d√©place le lieu de l'action. La t√©n√©breuse Lady Macbeth, dans le livret √©crit d'apr√®s une nouvelle de Nicola√Į Leskov, promenait son bovarysme v√©n√©neux dans le cadre rural d'une petite ville de province, Bertman l'installe dans un parking en sous-sol, avec ses cages de s√©curit√© pour limousines de la nomenklatura, ses ventilateurs sortis d'un polar de Jean-Jacques Beneix, et ses corridors grillag√©s, dans l'entreb√Ęillement desquels plusieurs sc√®nes de luxure se succ√®dent. L'enjeu sexuel de ce drame de sous-pr√©fecture dont Claude Chabrol aurait pu faire ses d√©lices, est clairement signifi√© au-devant de la sc√®ne par un fauteuil rouge vermillon tr√®s ann√©es soixante √©voquant la corolle d'un sexe f√©minin. Le reste, constitu√© de grillages parle de l'enfermement de l'individu dans ses fantasmes en m√™me temps qu'il permet de faire ressortir la r√©alit√© souterraine du monde urbain moscovite.


    Ce d√©cor accompagn√© d'un parti pris d'obsc√©nit√© dans les postures des chanteurs, de caricature de revue de music-hall dans certains mouvements d'ensemble, et globalement d'une √©vidente volont√© de choquer le bourgeois, offre √† la musique d√©j√† distanc√©e et grin√ßante de Chostakovitch, un grossissement surdimensionn√© qui ne parvient cependant pas √† l'√©touffer. Par exemple, la spectaculaire sc√®ne de flagellation au cinqui√®me tableau, trait√©e comme le rappel de Metropolis de Fritz Lang o√Ļ des ouvriers fondeurs, v√™tus de cuir, mart√®lent le sol de leurs ceintures avant de strier le dos de l'infortun√© Sergue√Į, met en branle un tourbillon musical et sc√©nique que seule l'orchestration sauve de la vulgarit√©. Remplacez Chostakovitch par de la techno, cette sc√®ne serait une rave sado-maso. Mais c'est par ce genre d'outrance que le th√©√Ętre de Bertman est int√©ressant car sa vulgarit√© parle de nous. Lorsque la musique de Chostakovitch s'√©loigne volontairement de la repr√©sentation sc√©nique, dans cette distance s'immisce le regard de Bertman. L√†, il est le plus fort. L√†, il s√®che la gaudriole d'un J√©r√īme Savary, parce que son dard est plus pointu, que son art est moins graisseux, et que peut-√™tre son exotisme en dehors de ses fronti√®res est encore plus √©loquent. Les quatre principaux r√īles chant√©s de cette production montraient un abattage digne d'√©loges et, dans une direction d'acteur r√©gl√©e au cordeau, sont parvenus ici √† effacer le mauvais souvenir laiss√© par les chanteurs de l'H√©licon lors de pr√©c√©dentes productions.

    D'une voix ample, manquant parfois de nuances, mais sachant toujours jouer sur le registre de l'√©motion, Anna Kazakova (soprano) campait une Lady Macbeth tout √† fait cr√©dible et tr√®s s√Ľre techniquement. M√™me remarque pour l'amant, Sergue√Į chant√© par Alexe√Į Kossaref (t√©nor) qui faisait preuve d'une belle vaillance tant vocale que physique. L'orchestre √©tait dirig√© par Vladimir Ponkin avec une souplesse f√©line indispensable pour une telle mise en sc√®ne. √Ä noter que le mauvais temps avait rapatri√© √† la salle Berlioz l'op√©ra qui devait √™tre donn√© √† la Cour des Ursulines. Il n'a rien perdu au change et force le coup de chapeau aux √©quipes techniques du Festival et de l'H√©likon.




    Festival de Radio France et Montpellier, Opéra Berlioz Le Corum,
    Le 27/07/2000
    Olivier BERNAGER



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