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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2018

Nouvelle production des Troyens de Berlioz dans une mise en scène de David McVicar et sous la direction d’Antonio Pappano au Covent Garden de Londres.

Des Troyens décevants
© Bill Cooper

Événement incontournable de la saison lyrique 2011-2012, les nouveaux Troyens tant attendus de Covent Garden laissent sur une déception globale certaine, malgré la qualité indiscutable de l’orchestre et des chœurs dirigés par Antonio Pappano. Vibrante Cassandre, Anna Caterina Antonacci domine un plateau homogène où l’Énée de Jonas Kaufmann manque à l’appel.
 

Royal Opera House, Covent Garden, London
Le 01/07/2012
Monique BARICHELLA
 



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  • Sans doute attendait-on trop de ces Troyens qui promettaient un irrésistible trio de choc : Antonacci-Westbroek-Kaufmann ! Après l’annonce du forfait de ce dernier, prévisible depuis les problèmes de santé l’ayant obligé à annuler au dernier moment ses Siegmund du Met fin avril, il était évident que le côté magique du casting était irrémédiablement rompu.

    Non seulement aucun autre ténor capable de chanter Énée ne possède le même charisme, mais aussi parce que le français du bel Allemand est impeccable au niveau du style comme de l’articulation. De plus, on ne gardait pas un souvenir mémorable de son remplaçant, le jeune Américain Bryan Hymel, entendu à Amsterdam dans le même rôle il y a deux ans.

    Pourtant, c’est surtout ailleurs qu’il faut chercher une déception relative mais évidente : si le spectacle ne tient pas toutes ses promesses, la faute en incombe d’abord à la production certes fastueuse mais plate de David McVicar, décidément peu inspiré depuis quelque temps.

    Afin de convenir aux exigences de tous les coproducteurs (Scala, Opéras de Vienne et de Los Angeles), il fallait peut-être se montrer sage et respectueux. Pour autant, alors que la Prise de Troie offre quelques images superbes servant d’écrin à la Cassandre de nouveau anthologique d’Anna Caterina Antonacci, les Troyens à Carthage ne sont pas uniquement consensuels mais d’un conventionnel désespérant, même au niveau d’une direction d’acteurs inexistante – une relation Didon-Énée réduite à un bécotage béat et répétitif.

    Certes, McVicar sacrifie à la mode en situant la Prise de Troie à l’époque de Napoléon III et de la Guerre de Crimée, mais la transposition est purement décorative, sans la moindre motivation dramaturgique. L’habile et imposant décor signé par Es Devlin, sorte de citadelle circulaire sur quatre étages s’ouvrant au centre pour permettre une procession nocturne des Troyens dans une esthétique religieuse inspirée du catholicisme espagnol, a de l’envergure.

    La tête de cheval articulée entièrement composée d’armes de guerre qui émerge, crachant des flammes, impressionne. On n’a pas lésiné sur les moyens. À la toute fin de l’opéra, ce cheval sera remplacé par un Hannibal symbolique de même matière illustrant la prophétie de Didon mourante et la revanche de Carthage sur Rome.

    Sorte de pudding au caramel, en fait une Carthage stylisée en terracotta dans le style marocain, avec, au centre, une maquette de la ville, le décor de la seconde partie est nettement moins heureux, et sombre trop souvent dans le kitsch. Et si l’on est reconnaissant au maestro d’avoir préservé la totalité de la géniale partition berliozienne en ne cédant à aucune coupure, le manque d’inspiration de la chorégraphie est affligeant.

    Frisant le ridicule, les ballets justifieraient qu’on les omette, comme c’est trop souvent le cas. Espérons que Vienne et Milan choisiront de revoir la chorégraphie au lieu d’amputer le plus grand opéra français, auquel Antonio Pappano rend pleinement justice dans l’urgence comme dans les nuances, à la tête d’un orchestre et de chœurs dont le travail magnifique honore la maison.

    © Bill Cooper

    Possédée, hallucinée, secouée par des convulsions, rampant sur le sol, la Cassandre d’Antonacci offre un modèle de chant et de déclamation française, articulant le texte dont on comprend chaque mot. Elle éclipse presque la Didon rayonnante de féminité et sensible mais moins idiomatique d’Eva-Maria Westbroek, dont les aigus lumineux n’ont guère la possibilité de s’épanouir dans cet emploi au registre assez bas.

    Du très beau chant cependant et un français soigné comme celui de la plupart des interprètes, à l’exception du Chorèbe poussif et hors style de Fabio Capitanucci, unique erreur de distribution d’un plateau homogène sinon exaltant.

    Reste que Bryan Hymel s’est beaucoup amélioré depuis deux ans. S’il n’est pas un ténor héroïque – il est nettement plus à l’aise dans les pages lyriques, dont le beau duo d’amour avec Didon – son aigu facile et percutant lui permet de donner le change et d’être un Énée honorable.

    La toute jeune Hanna Hipp est une révélation en Anna, la sœur de la Reine de Carthage, chantée avec style et finesse. Transformé en vieillard chancelant, Narbal est interprété avec conviction par Brindley Sherratt. Enfin, Ed Lyon (Hylas) et Ji-Min Park (Iopas) sont de premier ordre.

    Au final, si l’on ne boude pas son plaisir musical et si l’ensemble de la réalisation ne démérite pas – on est très au-dessus du fiasco scénique de la Fura dels Baus à Valence –, on reste un peu sur sa faim. On n’a en tout cas pas retrouvé l’ivresse des Troyens historiques de Covent Garden avec Colin Davis, Jon Vickers, Anja Silja et Josephine Veasey, plus jamais redonnés depuis 1972.

    Surtout, alors qu’on aurait été prêt à sacrifier toutes les représentations lyriques de la saison s’il avait fallu n’en choisir qu’une seule, il est certain qu’on aurait eu tort !




    Royal Opera House, Covent Garden, London
    Le 01/07/2012
    Monique BARICHELLA

    Nouvelle production des Troyens de Berlioz dans une mise en scène de David McVicar et sous la direction d’Antonio Pappano au Covent Garden de Londres.
    Hector Berlioz (1803-1969)
    Les Troyens, grand opéra en cinq actes et neuf tableaux (1863)
    Livret du compositeur d’après l’Énéide de Virgile

    Royal Opera Chorus
    Orchestra of the Royal Opera House
    direction : Antonio Pappano
    mise en scène : David McVicar
    décors : Es Devlin
    costumes : Moritz Junge
    éclairages : Wolfgang Göbbel
    chorégraphie : Andrew George
    préparation des chœurs : Renato Balsadonna

    Avec :
    Anna Caterina Antonacci (Cassandre), Fabio Capitanucci (Chorèbe), Ashley Holland (Panthée), Ji Hyun Kim (Hélénus), Barbara Senator (Ascagne), Pamela Helen Stephen (Hécube), Robert Lloyd (Priam), Jenna Sloan (Polyxène), Sophia McGregor (Andromaque), Sebastian Wright (Astyanax), Bryan Hymel (Énée), Jihoon Kim (fantôme d’Hector), Lukas Jakobski (un capitaine grec), Eva-Maria Westbroek (Didon), Hanna Hipp (Anna), Ji-Min Park (Iopas), Brindley Sherratt (Narbal), Daniel Grice (Mercure), Ed Lyon (Hylas).

     



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